LES RESULTATS DE LA GUERRE SOUS-MARINE
(9 Février.)
Un journal hollandais donne des détails intéressants sur la genèse de la guerre sousmarine intensive et les raisons qui ont déterminé l'Allemagne à s'y engager à fond, même au risque de se brouiller avec l'Amérique. Je ne peux évidemment me porter garant de leur authenticité. Mais ils ont un caractère de vraisemblance que personne aussurément ne pourra contester.
L'affaire remonte à la fin de 191 5, époque où Tirpitz était tout-puissant. Ce pangermaniste fanatique, à la barbe de fleuve, fit, àcette époque, rédiger par son état- major un rapport en apparence très étudié, qui, s'appuyant ou semblant s'appuyer sur des statistiques précises concernant le prix des vivres et le taux des frets ou assurances maritimes en Grande-Bretagne, concluait à la mise hors de cause de celle-ci dans un délai de six mois. Mais le chancelier de Bethmann, à qui ce rapport avait été soumis, l'ayant communiqué à Hellferich, celui-ci, plus pondéré ou plus prudent que le chef de l'Amirauté, déclara nettementque les chiffres en question ne reposaient que
surdesdonnéespurementspéculatives. C'est, on le sait, le cas de toutes les évaluations tendancieuses, où les statisticiens à thèse trouvent généralement ce qu'il leur plaît.
La proposition fut donc rejetée. Mais alors, l'Amirauté, invoquant la nécessité: qui s'imposait à l'Allemagne d'agir vite, ' demanda l'avis de dix experts, pris parm les représentants des banques, du commerc c de l'agriculture et de l'industrie charbonnière et métallurgique. Ceux-ci, sur la question de savoir si la guerre sous-marine illimitée viendrait à bout de l'Angleterre, se déclarèrent incompétents. Ils se divisèrent sur les conséquences que pourraient entraîner les projets de Tirpitz, par rapport aux relations avec l'Amérique. Mais ils furent unanimes à déclarer que la situation intérieure de l'Allemagne exigeait, qu'elles qu'en pussent être les conséquences, que l'on recourût à la piraterie. Telle est la version du Handelshlatt, laquelle paraît parfaitement acceptable, à en juger par ce qui est advenu depuis.
On sait que les résultats de cette cam-
(C\. Ollicial l'hotoera
Une section de canons anti-aériens en action sur le front britannique.
U-COLONEL ROUSSET
Bombardement du Goeber
Qaand, après avoir touché une mine, le « Gœben » s'échoua à la pointe de Nagara, des avions anglais le survolèrent, essayant avec leurs bombes de lui faire subir le sort du *Breslau», son compagnon. Ces deux unités germano-turques jouèrent un rôle important
if^^LiZ ^°^*'j!f^- Alors qu'elles appartenaient à l'Allemagne et allaient tomber nnt^f ""'!?:, '^* ^«'■" 'e« revendiquèrent sous prétexte d'un fallacieux
ontrat, - servant deja ainsi les intérêts du kaiser avant de lui obéir ouvertement.
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LuCOLONEL ROUSSET
pagne barbare n'ont pas été tout à fait ceux sur lesquels on avait compté. Elle dure depuis beaucoup plus de six mois, et l'Angleterre est toujours vivante. Même, la lutte contre les sous-marins se traduit, pour l'Allemagne, par des pertes de plus en plus sensibles. Il faut donc que la situation économique de celle-ci ait été, il y a deux ans déjà, bien menaçante, pour avoir décidé un comité de gens d'expérience et de sens pratique à courir, en vue de profits hypothétiques, le terrible aléa d'une rupture avec les États-Unis. Ceux-ci, il est vrai, viennent de subir une douloureuse mésaventure avec la perte du Tuscania, torpillé dans
la mer d'Irlande. Toutefois la catastrophe n'a pas, à beaucoup près, les proportions que les pirates auraient voulu lui donner. Et quant à son effet moral, il est tout juste l'inverse de la dépression ou du découragement. Lisez les journaux américains. Ils sont unanimes à prêcher la résolution, l'opiniâtreté dans la lutte, la volonté formelle de poursuivre celle-ci jusqu'à la victoire. Nous adressons l'hommage de notre sympathie émue à ceux qui furent, après tant d'autres, les victimes d'une agression sauvage. Mais leur mort n'est point de celles qu'il faut déplorer comme inutiles. Elle fera germer une moisson de héros.