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SE MEFIER DES APPROXIMATIONS

(10 Février.)

Je voudrais qu'on laissât une bonne fois au commandement seul le soin d'évaluer les forces qui nous sont ou peuvent nous être opposées sur le front occidental, en vue de la fameuse offensive dont tout le monde parle mais dont personne ne peut indiquer, même avec un semblant de certitude, ni la date ni le point d'application.

Il est facile, pour paraître bien informé, de se livrer à des évaluations fantaisistes ou à des statistiques purement Imaginatives. Nous en avons connu de tout calibre, depuis trois ans, tant sur les forces mobilisées que sur les disponibilités existantes. Aucune n'a jamais reçu la sanction

du fait, et, cependant, les déceptions éprouvées n'ont corrigé personne. Pas plus tard qu'hier matin, je lisais, dans un journal, que l'ennemi avait massé contre nous, de la mer du Nord aux frontières de Suisse, 175 divisions, et dans un autre, qu'il en possédait exactement 220, représentant 1.575.000 baïonnettes, pas une de moins. On nous donne également, à une pièce près, le nombre de canons de tout calibre qui doivent appuyer l'attaque. Pour un peu, on évaluerait, sans nous faire grâce d'une gargousse, le stock des munitions et les cartouches en magasin. Mieux encore. L'un nous dit que les Allemands ne peuvent

(Cl. Barrière.)

Escadrille d'avions de chasse français au repos.

Ll^OLONEL ROUSSET

plus suffire à la consommation d'obus qu'ils sont obligés de faire pour tenir leurs lignes ; par ailleurs, on assure au contraire que cette consommation va toujours en grandissant.

Qui croire, en cette affaire? Personne, j'imagine, car il ne s'agit là que de données spéculatives ou de simples racontars.

Une seule chose est certaine, à savoir , que l'État-major allemand a décidé de lancer, sur le Iront occidental, une attaque du grand modèle. Il y est d'ailleurs obligé, d'abord parce que le prolongement de la» stagnation actuelle porterait une grave

atteinte à son prestige, ensuite parce que la situation intérieure des empires centraux prend une tournure inquiétante, dont seul un succès militaire pourrait changer l'orientation, jt 9 -M Si l'offensive paraît inévitable, aucun renseignement ferme ne permetd'établir un bilan formel, sinon peut-être, comme je le disais en commençant, pour le commandement lui-même, qui ne nous fait part ni de ce qu'il sait ni de ce qu'il prépare. Mais, après tout, . n'en ^va-t-il \ pas mieux ainsi ?

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