LA DECLARATION DE TROTZKY NE SATISFAIT PAS L'ALLEMAGNE
(13 Février.)
La Strassburger Post a bien raison de dire que la déclaration de Trotzky est ce qu'il y a de plus extraordinaire dans l'Histoire. Jamais, en effet, on n'avait vu encore un conflit armé se terminer uniquement parce qu'il a plu à l'un desdeux adversaires de ne plus se battre. « Je ne signe point la paix, dit celui-là, mais je cesse de faire la guerre, et je rentre chez moi. » Seulement, il ne demande point à son antagoniste d'y rentrer aussi, et par là, il risque de se fourrer lui-même dans la gueule du loup.
Une situation pareille est tellement insolite, tellement anormale, qu'elle échappe à tous les commentaires et défie toutes les conjectures. Il est toutefois permis d'en dire qu'elle ne change rien à l'état de choses existant, puisque, depuis plusieurs mois déjà, le feu s'est éteint sur tout le front qui s'étend de la Baltique à la mer Noire. Sur le front, oui, mais non pas à l'intérieur. Et c'est là précisément ce qui refroidit quelque peu l'enthousiasme des populations germaniques auxquellesl'avenir n'apparaît point aussi clarifié qu'on voudrait le leur persuader.
A défaut de l'armée russe, disparue dans un cataclysme moral comme il n'y en eut jamais d'aussi brutalement destructeur, il existe une armée polonaise, dont d'aucuns annoncent l'entrée à Smolensk, une armée roumaine, solide et frémissante, dont les chefs ne paraissent pas vouloir, tant qu'ils n'y seront pas absolument forcés, se résigner à l'abdication ; enfin une masse de cosaques dont l'attitude, mal définie, prête à toutes les interprétations. On parle encore de la formation mystérieuse de bandes de francstireurs russes, qui seront peut-êtrç de simples pillards comme il en surgit toujours aux époques troublées, mais qui, par leur indiscipline même et leur esprit de rébellion, peuvent, dans les steppes immenses où il va falloir s'aventurer, constituer un élément inquiétant et dangereux, '
Or, pour faire face, le cas échéant, à ce prodigieux inconnu, pourreconstituer, à travers un pays bouleversé, des transports déjà insuffisants par eux-mêmes, qui sont de plus complètement désorganisés et livrés, comme tout le reste, à la plus affreuse débandade, on n'a en mains que des protocoles imprécis ou de vagues formulaires, dont le texte.
Lt-COLONEL ROUSSET
par sa confusion peut-être voulue, laisse à peu près toutes choses en question ! C'est peu. Les gens raisonnables d'outre-Rhin trouvent même que ce n'est pas assez.
Lisez les journaux tudesques. L'un, la Gazette de Francfort, revenant prudemment
mande voit beaucoup plus un obstacle à la fin de la guerre que des circonstances f avo ■ râbles à la paix générale. » Il ressort de là que si les bolcheviks sont satisfaits de leur œuvre monstrueuse, tous les Allemands ne le sont pas autant.
(Cl. Beaufrère.)
Compagnie de chasseurs français en reconnaissance sur un sommet italien.
sur ses commentaires de la veille, qui étaient déjà pas mal restrictifs, écrit très nettement : « Il ne faut pas croire que, du jour au lendemain, la situation alimentaire pourra s'améliorer, soit chez nous, soit chez nos alliés. » Un autre, la Gazette populaire de Leipzig, est plus positif encore et plus désillusionné. « Dans la paix d'aujourd'hui, dit-elle, la classe ouvrière alle-
Ils attendent de connaître cette œuvre à ses fruits, qui ne leur paraissent pas devoir être également savoureux. Ne soyons pas plus pressés qu'eux de sonder l'avenir.
Bien des coups de théâtre sont encore possibles, et peut-être notre devoir serait-il de les provoquer de telle sorte que, comme ce n'est pas impossible, le profit en soit pour nous seuls.
U-COLONEL ROUSSET
Paysanne roumaine conduisant des bœufs, à travers un gué.