L'INDISPENSABLE COHÉSION
(14 Février.)
Nous avons eu, hier, deux discoursministres, celui de M. Orlando et celui de M.J^Lloyd George. Ils ont des prémisses communes, et ils aboutissent à peu près complètement aux mêmes conclusions.
Celui du président du Conseil italien est, à certains égards, le plus explicite. Il exprime des regrets formels sur ce fait que, tandis que le concours de la Russie assurait encore à l'Entente une supériorité numérique considérable, la dispersion des efforts a singulièrement limité les bénéfices qu'on pouvait tirer de celle-ci. Ce n'est certes pas moi qui le contredirai, n'ayant eu que trop fréquemment à signaler les fâcheux ''tpts de la dispersion dont il parle. Mais -.si applaudirai-je des deux mains à la déclaration par lui faite qu'il a été tenu compte, pour l'avenir, d'une « dure expénce », et que sera enfin obtenue une itime cohésion de toutes les forces dont on dispose sur le front occidental, désormais vraiment unique », le mot unique devant être pris dans tous les sens.
M. Orlando considère avec juste raison que la Russie est devenue, au moins pour ce "iii nous regarde, absolument inexistante, défection totale a créé, dit-il, une situan de fait, contre laquelle on ne peut rien, qui nous oblige à nous replier sur nousmes pour faire tête à la ruée allemande,
exclusivement dirigée contre nous. Est-ce à dire cependant que tout soit fini sur le front oriental et que les puissances centrales puissent s'y considérer comme ayant recouvré toute leur indépendance stratégique? J'en doute fort pour ma part, et j'ai déjà dit pourquoi. La grosse affaire qui occupe nos ennemis est de trouver des vivres. Or, il faudra probablement qu'avant de se les procurer, ils dispersent des bandes indisciplinées et d'autant plus redoutables qu'elles ne reconnaissent plus aucun frein. Il faudra ensuite organiser un service de transports quelconque, puisqu'il n'en existe plus aucun. Et tout cela n'est point fait pour libérer, avant un temps assez long, des contingents déjà pas mal réduits qui vont être appelés à faire à la fois office de gendarmerie et de convoyeurs.
Néanmoins, n'ayant plus à lutter contre les Russes, qui ne consentent à se battrequ'entre eux, les Austro-Allemands sont débarrassés de certaines préoccupationsqui, parfois, n'étaient point sans gravité,, comme l'a montré la dernière offensive^ de Broussilof, et ils se trouvent tout deî même à la tête de quelques disponibilités appréciables, surtout en artillerie. Le front occidental devenant leur unique objectif, ils se préparent à faire bloc contre lui, avec tous les moyens qu'ils doivent à la défection
Li-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
En Champagne. — Organisation du terrain enlevé hier aux Allemands dans le secteur de la Butte du Mesnil: le duel d'artillerie reste très vif dans la région.
En Palestine et en Arabie. — Depuis quelques jours, les communiqués ne signalaient que iactivité des aviateurs: les opérations reprennent aujourd hui et le général Allenby annonce qu'au nord de Jérusalem, ses troupes ont réalisé une avance d'une profondeur moyenne de i kilomètres sur un front de 9 kilomètres.
Les raids des forces arabes du roi du Hedjaz se poursuivent avec succès sur la ligne du chemin de fer, au nord de Médine.
En Grèce. — Le général Bordeaux, chef de la mission française, passe en revue la garnison de Lamia où des troubles ont éclaté dernièrement. Le général affirme sa confiance dans l'armée grecque.
Salonique. — Un fort contingent de troupes yougoslaves a débarqué dans le courant du mois et vient d'être passé en revue par le prince Alexandre de Serbie; ce sont des Serbes, des Croates, des Slovènes, avec quelques Tchèques. Enrôlés pour combattre les Russes, leurs frères de race, la plupart ont tout risqué pour échapper à cette obligation; les autres, faits prisonniers par les Russes mêmes se sont retournés contre l ennemi héréditaire.
Sur mer. — Quelques grands torpilleurs allemands, favorisés par l'obscurité et un léger brouillard réussissent à pénétrer dans le pas de Calais vers une heure du matin et surprennent une flotille de huit chalutiers J et bateaux de pêche anglais occupés à la poursuite > d'un sous-marin qui venait de leur être signalé. Tous j ces bateaux sont coulés par l'ennemi qui bat ensuite rapidement en retraite vers le nord, avant qu'aucune \ force britannique ait pu intervenir.
russe. Comprendrait-on que, dans ces •conditions, nous hésitions à faire pareillement bloc de notre côté?
M. Orlando repousse cette suggestion funeste, et M. Lloyd George également.
Il n'en est pas moins vrai que ce dernier vient de rencontrer, à la Chambre des communes, une opposition qui, pour être
discrète et voilée dans ses tendances, n'en paraît pas moins formelle et résolue. La politique a partout, malheureusement, les mêmes ressauts singuliers. Il serait déplorable que, dans le moment où nous sommes, elle fît oublier, fût-ce une seule minute, les mesures urgentes et formelles que commande le souci du salut général.