POUR LA COHESION SACREE
(15 Février.)
Le discours prononcé par IVL Lloyd George à la Chambre des communes, et qui lui a valu un vote de confiance dont il faut espérer qu'on ne contestera plus la signification, contient, au point de vue militaire, un paragraphe à souligner. Le voici : «Depuis novembre, la situation s'est profondément modifiée, par suite du déplacement de l'est à l'ouest de divisions allemandes, ramenées malgré les engagements pris à Brest-Litovsk. Autrefois, les réserves des différentes armées étaient suffisantes pour que chacune de celles-ci pût résister isolément aux attaques ennemies. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et il a fallu que toutes les réserves fussent mises ensemble. »
Au reste, pour mieux convaincre ses auditeurs et les quelques récalcitrants qui, dans le pays ou la presse, font encore opposition à l'idée d'une unité d'action indispensable, le Premier anglais a cru devoir insister. « Il faut maintenant, a-t-il dit, que
toutes nos armées soient employées comme une seule armée, pour résister aux assauts de l'ennemi, assauts qui se produiront en des points qu'il est impossible de prévoir. » Et, appuyant sur le devoir de solidarité qui s'impose aux alliés, il a ajouté : « La France nous a confié la partie la plus importante peut-être de sa ligne de défense : ses ports, la protection de ses régions minières, celle enfin de sa capitale même. » Il est clair qu'à cette protection nous avons la ferme intention de contribuer nousmêmes dans une large mesure. Mais il était bon que l'on connût la grande part qui en revient désormais à nos amis anglais.
A ces déclarations fort nettes et d'une précisioninattaquable, qu'opposent les dissidents? Des questions de personnes, uniquement, car les pacifistes impénitents ne forment qu'une cohorte impuissante autant que réduite. Des attaques extrêmement violentes ont été dirigées contre certains
Les souverains de Roumanie ont encouragé et soutenu par leur présence et leur exemple le moral de la vaillante armée qui les défendait. On les voit ici récompenser
et féliciter tes plus braves.
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front occidental. — Coups de main.
Sur mer. — Un sous-marin allemand lance une trentaine d'obus sur Douvres et disparaît rapidement.
En Belgique. — Les agissements d'un prétendu « Conseil des Flandres », qui ne tient ses pouvoirs que de lui-même et qui s'est placé sous la protection du gouvernement allemand, soulèvent de violentes protestations dans tout le pays. Les Allemands font arrêter et déportent en Allemagne trois des présidents de la Cour d'appel de Bruxelle
Le Conseil des ministres belge, réuni aujourd'hu i à Sainte-Adresse, « prenant connaissance des protestations émouvantes des députés et sénateurs flamands et wallons restés en Belgique occupée, des administrations communales et des corps judiciaires, félicite es élus réguliers du peuple belge d'avoir fièrement revendiqué contre l'immixtion de l'étranger les droits imprescriptibles de la souveraineté nationale ».
Guerre aérienne. — Le calme relatif qui règne epuis plusieurs semaines sur le front occidental ne s'étend pas au domaine de l'air où les aviations des adversaires sont toujours très actives. « Les Allemands, dit le communiqué britannique pour la journée, ont fréquemment attaqué nos appareils de bombardement, de photographie et de réglage. 14 de leurs aéroplanes ont été abattus en combats aériens et l'un d'eux, qui était un grand avion de bombardement avec quatre hommes d'équipage, est tombé dans nos lignes où les quatre aviateurs ont été faits prisonniers. »
Allemagne et Russie. — Sur le front de la grande Russie, dit le communiqué allenumd, l'armistice expire le 1 8 février, à midi.
L'Allemagne considère en effzt que Tro'zky, m refusant de signer la paix dans la séance du 1 0 février à Brest-Litovsk, a virtuellement dénoncé l'armistice qui prend fin huit jours après cette dénonciation.
généraux. Parbleu ! ce sont là choses explicables dans une guerre aussi longue et dont la solution escomptée s'est trouvée prorogée par des événements inattendus.
D'ailleursonpeutchangerleshommesquand cela devient indispensable. Le tout est d'apporter à ces mutations une clairvoyance suffisante etbeaucoup de pondération. A cet égard, les gouvernements responsables savent à quoi ils s'engagent quand ils donnent ou retirent leur confiance à quelqu'un.
Mais ce qu'il faut, avant tout, sauvegarder, comme une chose sacrée, ce sont les principes. Or, le premier de tous et le plus impérieux est de faire masse contre un ennemi qui n'a dû ses succès qu'à sa pro-
pre cohésion et s'est fait battre chaque fois, que les événements lui ont retiré les bénéfices de celle-ci. Quand on se trouve en présence d'un pareil fait d'expérience, l'hésitation n'est plus permise et le moindre mouvement régressif deviendrait impardonnable, pour ne pas dire criminel.
Nous sommes heureux que la Chambre anglaise l'ait compris. Par son vote, la consécration qu'elle vient de donner à la conférence de Versailles prendra une valeur de premier ordre, au moment où les événements de Russie semblent s'embrouiller d'une façon telle que l'Allemagne et l'Autriche doivent renoncer, pour un temps peut-être fort long encore, à leurs espoirs de complète libération.