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LE DILEMME ORIENTAL

(16 Février.)

La Rada de Kief, celle qui fait si bien les affaires des Austro- Allemands, ou du moins s'efforce de les faire, a dû être transférée à Jitomir. Les journaux de Vienne prétendent que c'est par suite d'un arrangement avec les empires centraux. M'est avis qu'il s'agit plutôt d'un défaut d'arrangement avec la Rada de Kharkof, dont les troupes occupaient la presque totalité de la capitale de l'Ukraine et tiennent maintenant celle-ci en entier. Les maximalistes, qui ne font plus la guerre mais ne consentent pas à signer la paix, semblent bien

décidément les maîtres du pays sur lequel les empires du centre avaient jeté leur dévolu pour se ravitailler.

Cela est si vrai que ces derniers songent à des préparatifs de conquête. La délégation autrichienne, retour de Brest- Litovsk, déclare qu'Allemands et Autrichiens vont en commun avec l'Ukraine (laquelle?) occuper les points de concentration des lignes de chemins de fer les plus importantes, pour garantir la nouvelle république contre une invasion de bolcheviks. Mais si, comme cela paraît acquis, celle-ci

Lt-COLONEL ROUSSET

est~un fait accompli, la précaution est bien tardive. Elle indique, au surplus, que l'affaire orientale n'est point Liquidée, tant s'en faut.

C'est d'ailleurs ce que nombrede journaux allemands sont obligés de reconnaître, non

quent, nos relations avec les républicains doivent rester purement militaires. Il faut laisser à nos militaires le soin de terminer l'affaire. » On voudra bien reconnaître que je n'ai pas cessé un moment d'être de cet avis. Et même je n'ai jamais été aussi loin

(U. H W. Bamett.)

sans un évident déplaisir. « S'imagine-t-on, écrit le Lokal Anzeiger, que parce que Trotzky a déclaré terminé l'état degûerre, nous allons libérer nos lignes? Ce serait grotesque. » Et les Dernières Nouvelles de Leipzig, encore plus positives et précises, disent nettement : « Il nous faut protéger les peuples frontières qui veulent faire la paix avec nous et les empêcher d'être entraînés dans le tourbillon de l'anarchie. Or, ceci ne regarde que ces peuples et nous. Par consé-

Cl. Elliott et Fry.)

que la Gazette populaire de Leipzig, quand elle estime que « la paix ukrainienne, telle qu'elle a été conclue, ne peut être qu'une source de nouveaux conflits et de nouvelles guerres avec les pays de l'est, dont l'Allemagne espérait tirer . profit ».

Mais puisqu'il en est ainsi, qu'y a-t-il de changé dans la situation antérieure? Absolument rien, sinon que les empires du centre, s'ils n'ont plus à redouter l'offensive ennemie, vont être obligés de la prendre eux-

Lf.COLONEL ROUSSET

mêmes pour mettre, comme ils disent, les bolcheviks à la raison. Or, quelle était, de ces deux éventualités, la moins défavorable? Je n'en sais trop rien, étant convaincu, en tout état de cause, que la pénétration dans l'immensité des steppes moscovites, si complètement déshéritées sous le rapport de la viabilité, représente une opération infiniment scabreuse, qui peut fort bien.

surtout en l'état de dissolution sociale, politique et morale où se trouve la Russie, aboutir au plus lamentable fiasco.

J'ajoute que la nécessité où se trouvent acculés nos ennemis, et qu'ils avouent eux-mêmes, ne saurait nous déplaire. Elle diminue, en effet, dans une assez sensible mesure, les facilités qu'ils croyaient s'être assurées pour nous attaquer en grand.

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