LE PROBLÊME ROUMAIN
(17 Février.)
La translation à Jitom de la Rada de Kief, dont j'ai parlé hier, paraît devoir pas mal compliquer la situation du front oriental. De l'avis de plusieurs journaux allemands, elle peut entraîner très prochainement la reprise de l'état de guerre. Le Berliner Tagehlatt annonce même, d'une façon formelle, que les puissances centrales sont résolues à donner à l'Ukraine leur « aide militaire », et à lui fournir du matériel roulant pour assurer le fonctionnement des chemins de fer.
L'aide militaire est évidemment toujours possible, avec cette conséquence toutefois qu'elle exige le maintien à l'est des quelque cent divisions austro-allemandes qui peuvent s'y trouver actuellement. Quant à la fourniture du matériel roulant, c'est une autre affaire, et vraiment le Berliner Tagehlatt nous la baille belle lorsqu'il essaie d'en faire un épouvantail.
Il ne peut être seul à ignorer dans le monde que l'écartement des voies ferrées n'est pas le même en Russie qu'en Allemagne, de sorte que ni les machines ni lesjwagons ne peuvent servir à la fois dans les deux pays. Que s'il veut dire par là que l'on va procéder à des constructions neuves, je lui répondrai, comme je ne sais plus quel personnage de Labiche, qui avait pris rendezvous pour se battre en duel dans cinq ans : « L'approche du danger me laisse froid. » Mais le plus intéressant, dans cette affaire compliquée, est sa répercussion sur les affaires roumaines. On sait que le feldmaréchal Mackensen a brutalement sommé nos alliés de se soumettre, et que M. Radoslavof, toujours insolent comnae un Bulgare, a déclaré, dans une interview donnée à quelque journaliste berlinois, que les empires centraux exigeraient, avant toute tractation, une capitulation pure et simple.
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Carte du secteur champenois de la Butte da Mesnil.
Li-COLONFL ROUSSET
Nous connaissons depuis longtemps ces procédés d'intimidation. Ils seront d'autant plus inefficaces que la situation militaire leur donne un démenti plus formel. L'armée roumaine, compacte, disciplinée et vibrante, occiipe, delà Podolieau Danube, toute ime série de positions que ni Mackensen ni l'archiduc Joseph, qui disposent en tout de trente et quelques divisions plus ou moins diminuées, ne peuvent se flatter d'enlever de front, et auxquelles, d'ailleurs, ils se sont vainement heurtés plusieurs fois. Ces positions n'ont chances de tomber que si elles se trouvent menacées par un mouvement tournant sur la droite, du
côté de la Galicie et de la route d'Odessa. Mais ce mouvement n'est possible qu'à la condition d'être exécuté à travers une Ukraine pacifiée et consentante. Or, celle-ci n'est, à l'heure actuelle, rien de tout cela. Mackensen, qui sait parfaitement ces choses, essaie de remplacer les moyens d'action qui lui manquent par l'effronterie coutumière de sa race. Si les nouvelles qui nous parviennent de Washington sont exactes, l'héro'ique Roumanie aurait fait à ses brutales sommations la seule réponse qui convienne : « Nous survivrons ou nous périrons avec les alliés. » Je gagerais, moi, qu'elle survivra.