REGARD SUR L'AVENIR
(22 Février.)
Je suis absolument de l'avis de l'officier anglais qui disait à un collaborateur de l'agence Reuter : « Le trait saillant le plus satisfaisant du front ouest est le succès ininterrompu de nos opérations aériennes. Cela a une très haute importance <;omme préface à la bataille. » Il ne faut pas se dissimuler, en effet, que les Allemands,
quand ils se décideront à prendre l'offensive qui est leur dernière ressource, y emploieront les moyens les plus variés, et que, parmi ceux-ci, l'aviation est un de ceux sur lesquels ils comptent peut-être au moins autant que sur les fameuses stosstruppen, objet pourtant de toute leur sollicitude. Ils ont développé le nombre de leurs
Lt-COLONEL ROUSSET
I£S FAITS
En Lorraine. — Le 411® régiment d'infanterie, avec 2 compagnies du génie, exécute un important coup de main sur les lignes allemandes, dans le secteur de Moncel. A 16 /i. 15 nos troupes d'assaut sortent des tranchées, jettent des ponts légers sur la petite rivière de la Loutre noire qui les sépare des positions ennemies, enlèvent 6 lignes successives de tranchées et anéantissent à peu près 2 bataillons allemands. 530 prisonniers, dont une douzaine d'ojficiers restent entre nos mains. Nos pertes sont légères et la plupart sont d..es à un tir de mitrailleuses dirigé par 2 avions allemands, qui, au cours de notre attaque, descendent à 30 mètres seulement au-dessus de nos soldats. Tous deux sont d'ailleurs abattus.
En Russie. — Malgré la soumission de Lénine et de Trotzkf/ à toutes les exigences de l'Allemagne, les troupes allemandes se portent en avant en Esthonie, en Livonie, et en Volhynie.
En Belgique. — Les Allemands font un raid important sur les postes britanniques voisins de la ligne du chemin de fer dYpres à Roulers; ils réussissent à enlever quelques hommes.
Une autre tentative sur les postes occupés par les troupes belges dans le secteur de Merckhem est arrêtée par les feux de la défense.
En Russie. — Les Allemands avancent rapidement : en Esthonie, en Livonie et en Ukraine. Hapsal, port en face de l'île Dago, Wolmar, Spandau, Miruk, Novograd-Volynsk sont occupés.
En Palestine. — Après deux fours d'opérations contre les forces turques qui couvraient féricho. l'armée du général Allcnby entre dans la ville et les troupes montées australiennes se portent sur la ligne du Jourdain. La prise de Jéricho couvre Jén salem Vers le nordest et permet au général Allenby d'appuyer sa droite à la mer Morte.
appareils, constrviit des engins de grandes dimensions, et l'on sait que les imaginations diaboliques se multiplient chez eux avec ime redoutable fécondité. Prendre la supériorité dans l'air n'est donc pas seulement pour nous une affaire de représailles utiles ou de menaces permanentes, c'est aussi une sauvegarde contre des intentions perfides dont il n'est pas permis d'ignorer la nocivité. Le développement intensif de la cinquième arme est donc, en ce qui nous regarde, une œuvre aussi nécessaire que l'accumulation des munitions ou le maintien du bon état physique et moral des armées. On a plaisir à constater, par une expérience journalière, qu'il est devenu r objet de soins très attentifs.
Nous aurons, tôt ou tard, à subir un assaut formidable. La trahison maximaliste, devenue un fait accompli, ne libère pas complètement les forces germaniques de l'est — car il s'agit de savoir maintenant comment se terminera l'entreprise commencée avec la complicité de Trotzky et de LJnine — ■ mais elle n'en donne pas moins à nos ennemis de grandes facilités pour nous attaquer. Hindenburg est-il cependant très sûr du succès? Les efforts qui sont faits pour opérer à l'arrière de notre front des manœuvres de revers comme celle de Saint-Étienne, dont notre confrère le Figaro révélait, hier, la sournoise mécanique, permettent d'en douter. S'il croyait fermement par avance au succès de ses armes, l'État-maj or allemand ne chercherait pas à
l'acheter au prix d'aussi dégradantes machinations.
Il n'en organise pas moins une grande opération beaucoup moins localisée que celle de Verdun, qui lui a valu des déceptions si cruelles, et, par cela même, offrant des chances plus nombreuses et plus larges de succès. Sachant, d'une part, qu'il ne peut plus compter sur la surprise, de l'autre que la contextuçe même du champ de bataille lui interdit d'opérer suivant ses procédés traditionnels, qui visent d'abprd au débordement d'un des deux flancs, il se résignera à chercher par un engagement général quel est le point de notre front le plus vulnérable, afin d'y porter son principal effort. Et quand il croira l'avoir trouvé, il accumulera contre lui tous les hommes et tout le matériel dont il pourra disposer.
Sachons d'abord, pour garder tout notre calme, que ce point, après les grands travaux de défense qui ont été faits, n'est guère facile à découvrir. Sachons encore que la vigilance de notre commandement et la valeur de nos soldats sont toujours égales à elles-mêmes, comme le prouvent les succès partiels, mais incessants, que nous obtenons dans des reconnaissances dont la dernière, à l'est de Nancy, nous a valu 525 prisonniers.
Mais, cela étant, ne négligeons rien de ce qui peut nous rendre plus forts et mieux armés, non seulement pour les combats terrestres, mais aussi pour ceux de l'air, qui peuvent parfaitement devenir décisifs.
Lt.COLONEL ROUSSET
(Cl. Beaufrère.)
ACTIONS LOCALES : 1. Patrouille inspectant une tranchée allemande évacnée
à la suite d'un coup de main en Lorraine — 2. Batterie de 75 de tranchée en
action, dans le secteur d'Hurtebise.
Ll-COLONEL ROUSSET
Soldats américains se rendant aux tranchées.