SOYONS CONFIANTS
(2 7 Février.)
Les dépêches de Russie redeviennent confuses. Malgré la paix, les Allemands continuent à avancer à la fois au nord, par Revel, qu'ils ont occupée, et au sud, par Dubno et Jitomir. Ils marchent à grandes enjambées, ne courant d'ailleurs aucun risque autre que celui de s'essouffler un peu. Mais voici que, d'après certaines dépêches, le trop fameux généralissime Krylenko aurait été victime d'une tentative d'assassinat et remplacé par un autre personnage, lequel serait partisan de la guerre à outrance. C'est le cas de dire : « Qui trompe-t-on? »
Quant à Lénine, il verse des larmes de crocodile sur le sort d'un pays qu'il a mené aux abîmes. Il déclare que si, sous la pression d'inéluctables circonstances, il a signé une paix honteuse, c'est avec l'espoir de la rompre un jour, de concert avec le prolétariat de tous les pays. Que n'a-t-il commencé plus tôt et gardé compact le.
faisceau des forces russes, au lieu de le rompre systématiquement? La victoire des Allemands est celle de l'ordre sur le désordre et de la discipline sur l'insubordination.
Fonder encore quelque espoir sur un réveil possible du sentiment national en Russie serait une illusion dangereuse. Il est des morts qui ne renaissent pas de leurs cendres et des réactions qu'il est impossible de provoquer. Tout ce qu'on peut dire encore est que l'agonie d'un grand peuple ne se produit pas d'une façon subite ni parfois sans quelques terrifiants soubresauts.
Ici, c'est toujours l'attente, une attente calme et digne, qui prépare la parade dans le travail et l'organisation. L'ennemi, qui nous voit à l'œuvre, semble ne point aborder avec son assurance habituelle le combat suprême auquel il lui est à peu près impossible de se dérober, et, à cet égard, la phrase suivante du colonel Gaedtke est caractéristique : « Partout on réunit toutes les forces avec la dernière énergie pour parer avec succès à un grand danger. » La notion existe donc, chez les Allemands, du péril que leur ferait courir un échec de l'effort suprême. Ils l'avouent pour la première fois. Renseignés aussi bien sur la valeur statique de nos moyens et de nos défenses
(Cl. Commitlee on Public Information.)
Officiers allemands capturés par les Américains.
Li-COLONEL ROUSSET
Avion britannique dispei
La part de la cinquième arme dans la guerre devient chaque jour plus considérable, et les aviateurs alliés manifestent partout leur supériorité. Des escadrilles survolant les troupes, les dispersant, arrêtant une avance, accélérant un recul, semant parmi
nt une patrouille turque
elles le désarroi et la mort, voilà le rôle de la cavalerie des airs, et c'est ainsi que nous le comorenons. L'effort de l'aviation allemande sa porte, lui, sur l'extension des appareils de bombardement réservés aux villes de l'arrière et à l'assassinat des civils.
Lt-COLONEL ROUSSET
que sur le magnifique état moral de tous les alliés qu'ils vont combattre, ils laissent tomber un peu de leiir superbe habituelle pour envisager les choses avec un sentiment plus exact de la réalité.
L'opposition flagrante qui existe entre les déclarations forcément hautaines du chancelier de Hertling et les réserves explicitement formulées par un homme qui connaît la guerre et en sait les difficultés,
n'est donc point pour nous déplaire. C'est que les fanfaronnades de Verdun ont été trop cruellement punies pour que les gens de bon sens les recommencent. Nous n'aurons garde d'y céder nous-mêmes ; mais, à l'inverse des réticences allemandes, nous gardons intacte, pour la grande crise qui s'annonce, notre confiance dans les généraux de l'Entente et dans le courage inébranlable de nos soldats.