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LA GRANDE CONSULTATION DU KAISER

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Le Kaiser a convoqué à son quartier général le ban et l'arrière-ban de ses vassaux. C'çst comme une réédition de la fameuse entrevue d'Erfurth, où Talma joua devant un parterre de rois et où, disait le grenadier de garde à la porte, s'enfournaient « des tas de grands-ducs, d'archiducs et à.' aqueducs ». Seulement, le programme n'est plus tout à fait le même. Quand, au début de la campagne de Russie, Napoléon réunissait autour de lui les souverains de l'Europe, c'était surtout pour

les convaincre de sa puissance, qui paraissait encore invincible. Ici, ce semble, il s'agit plutôt de délibérer sur la façon dont doit être abordé le dernier obstacle que l'on voudrait franchir. Et la simple réunion de ce « grand conseil de la Couronne » indique suffisamment qu'on éprouve encore quelques hésitations.

« Qui tient conseil est à moitié battu », disait Frédéric. Et quel peut-être celui qui s'apprête, quand on y voit entrer le roi de Saxe, qui n'a de militaire que

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Carte du secteur de l'attaque allemande au fort de la Pompelle.

Lf-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Secteur de la Meuse. — La lutte d'artillerie est très violente sur les deux rives, notamment dans les secteurs de la cote 304, du Mort-Homme, de Beaumont et des Chamhrettes.

Sur mer. — Le navire-hôpital anglais Glenart- Caslle est torpillé et coulé dans le canal de Bristol, malgré ses signaux lumineux et les marques distinctives de sa qualité. Il venait heureusement de débarquer ses blessés mais il avait à bord un personnel complet d'hôpital et des infirmières. Le nombre des victimes dépasse 150. L'amirauté britannique signale le fait que l'attaque s'est produite dans la zone libre, en violation de la garantie donnée par l'Allemagne.

En Roumanie. — Dans une note officielle, le gouvernement déclare que, placé en face de la dure réalité des faits et de la situation créée par les événements de Russie sur le front oriental, il se voit obligé de commencer des négociations pour la paix.

Front occidental — Au cours de la nuit, les Allemands tentent plusieurs coups de main importants au nord du Chemin des Dames et au sud-ouest de la Butte du Mesnil : nos feux les ont p'artout arrêtés. D autres raids devant les lignes britanniques au nordouest de Saint-Quentin n ont pas réussi davantage.

Guerre aérienne. — Bombardement de Trêves par une escadrille britannique. Les fourneaux de l'usine à gaz et la gare sont touchés à plusieurs reprises.

Petrograd. — L ambassadeur des Etats-Unis, avec le personnel de l'ambassade, le consulat, la mission militaire et les représentants américatns de la Croix- Rouge quittent la capitale.

En Roumanie. — Le comte Czernin, ministre d' Autriche-Hongrie, dans une entrevue avec le roi Ferdinand, lui fait connaître les conditions de f>aix imposées par l'Allemagne et ses alliés. Le roi demande un court délai pour réfléchir.

l'uniforme, et ce gros roi de Wurtemberg, que je me rappelle avoir vu un jour, aux manœuvres impériales de Souabe, apparaître, poussif, le ventre en poire et les jambes molles, dans un costume de hussard, qui semblait, porté par lui, un travestissement de carnaval? Ce jour-là, le kaiser, très en gaîté, s'amusa à lui faire des niches, qui n'étaient même pas d'un goût fort épuré. Mais il ne m'a pas paru que, sur le déploiement de deux corps d'armée qu'il venait d'ordonner lui-même, il lui ait demandé son avis.

Un travail en petit comité entre gens de métier ou dirigeants politiques, passe encore. C'est ce que nous donne à peu près le conseil interallié de Versailles. Mais ces assemblées protocolaires et formalistes où sont appelés à traiter les questions militaires des personnages qui n'en ont pas la plus simple notion, c'est pure comédie. On sent parfaitement que, dans la coulisse, se tient quelqu'un qui se moque pas mal de ce qui se dira là et n'en fera jamais qu'à sa

tête. Il s'appelle ici Hindenburg. Mettons, si vous voulez, qu'il est flanqué de Ludendorff.

Seulement, l'obligation où l'on se trouve de risquer une grosse partie, sans posséder absolument tous les moyens qu'on espérait, et contre un adversaire que l'on sait fortement armé pour sa défense, invite aux précautions oratoires, si je puis dire. La responsabilité des événements à venir serait grosse pour qui l'assumerait tout seul.

Diluée entre toutes ces têtes plus ou moins augustes, elle pèse sur chacune d'elles d'un poids sensiblement allégé. Et si un malheur arrive, comme cela peut parfaitement se faire, il sera permis de le mettre sur le compte de la fatalité.

Je ne crois pas me tromper en expliquant par des préoccupations impériales d'ordre prémonitoire les raisons de ce congrès insolite, où les princes allemands sont appelés à opiner docilement du bonnet pardessus la tête de levirs généraux et de leurs gouvernements.

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