UNE SÉRIE D'ATTAQUES ALLEMANDES
Les Allemands ont dessiné hier quelques attaques un peu plus violentes que les reconnaissances depuis quelque temps pratiquées. C'est le secteur du Chemin des Dames qui a été particulièrement visé, tandis que la malheureuse ville de Reims
était bombardée avec frénésie. Quelques heures plus tard, nos nouvelles positions de la Butte du Mesnil subissaient à leur tour une série d'assauts qui furent beaucoup plus énergiques que les précédents. Enfin, en Champagne, l'artillerie allemande se mon-
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Région de 1 Ailette. — A neuf heures du soir, trois compagnies allemandes tentent un coup de main sur nos petits postes de la vallée au nord-est du village de Ckavignon : elles arrivent jusqu'à nos réseaux, mais là, accueillies par des feux convergents, elles subissent en quelques minutes des pertes sérieuses, et repassent le canal en toute hâte.
Petrograd. — Départ de M. Noulens, ambassadeur de France, et de toutes les missions alliées qui se trouvent encore dans la capitale russe.
Brest-Litovsk. — Reprise des conférences: les délégués russes sont invités à signer la paix dans un délai de trois jours, à compter du 1®'' mars, délai pendant lequel la marche des colonnes allemandes ne sera tréme pas suspendue.
Chambre grecque. — Ouverture de la session; discours du Trône : le roi Alexandre se déclare résolu à poursuivre les préparatifs de guerre.
En Champagne. — L'ennemi tente, au cours de la soirée, une action sérieuse dans la région de Reims: ses attaques visent le saillant de Neufchâtel, le fort de la Pompelle, la Bretonnerie, le col dj Mont Blanc- Mont Haut près du Cornillet et le Téton.
L'affaire du fort de la Pompelle est menée par deux bataillons au moins qui parviennent à occuper l'ouvrage avancé de la ferme d'Alger et à progresser jusqu'aux glacis du fort.
Au sud-ouest de la Butte du Mesnil, l'ennemi réoccupe une partie des positions que nous avions enlevées le 1 3 février.
Paris. — A la Sorbonne, commémoration de la protestation des députés d'Alsace-Lorraine en 1871. Révélations de M. Pichon sur les instructions données à M. de Schœn en 1914 pour exiger que la France fît la remise à l'Allemagne de Toulet de Verdun comme garantie de sa promesse éventuelle de neutralité.
trait particulièrement active. Nos troupes ont tenu ferme partout et l'ennemi n'a pu nous prendre qu'un lambeau de terrain absolument insignifiant.
Ce serait, je crois, grossir les faits que de présenter ceux-ci comme une amorce de la fameuse offensive. Si elle n'est point une simple frime, on la verra tout de suite prendre une autre tournure et de plus grands développements. Au surplus, ce n'est point sur des renseignements aussi concis que peuvent être basées des prévisions quelconques. Il convient donc de réserver les nôtres jusqu'à plus ample informé.
Entre temps, nous arrivent de Russie des nouvelles fort confuses et parfois contradictoires. Les commissaires du peuple ont beau faire, ils ne pourront galvaniser les masses indolentes et passives qu'ils ont trompées, au point de les jeter en muraille contre l'envahisseur. Il est d'ailleurs fort diffi.cile de connaître leur sentiment intime puisque, en même temps qu'ils lancent des proclamations enflammées, leurs envoyés se dirigent sur Brest-Litovsk pour y signer la paix.
Personne ne peut se vanter, pour le moment, de clarifier cette bouteille à
l'encre. Je ne m'y essayerai même pas, préférant porter mes pensées vers la belle manifestation qui a eu lieu, hier, à la Sorbonne, pour commémorer la protestation solennelle faite, il y a quarante-sept ans, par les députés d'Alsace-Lorraineà l'Assemblée de Bordeaux. Il a été prononcé là des paroles qui resteront à jamais gravées dans l'Histoire. Quand, par exemple, M. Pichon, au cours de son très beau discours, a révélé les manœuvres cyniques par lesquelles, comme il l'a dit fort bien, M. de Bethmann-Hollweg avait voulu nous déshonorer, il a marqué d'un stigmate ineffaçable le peuple le plus fourbe et le gouvernement le plus odieux qui aient jamais paru dans le monde.
Oui, le chancelier de Guillaume II, prêt à partir en guerre contre la Russie, exigeait notre neutralité, et demandait, comme gage, la livraison des deux forteresses de Verdun et de Toul ! Et il s'imaginait peut-être que nous accepterions une humiliation pareille, qui ne paraissait pas exorbitante à son âme d'Allemand.
Les Russes ont pu oublier cet incident tragique. Mais nous, nous ne l'oublierons pas.