L'ACTIVITÉ ENNEMIE S'EST RALENTIE SUR LE FRONT FRANCO-ANGLAIS
(4 Mars.)
Si les intentions premières de l'Étatmajor allemand étaient de nous écraser avant l'intervention des Américains, l'insuccès de ses dernières entreprises — c'est ainsi qu'il qualifie lui-même les opérations de cette semaine — doit lui faire vivement regretter les retardements qu'il a dû leur faire subir. Nos plus jeunes alliés ont, en effet, opposé à ses attaques une superbe assurance et une rigidité incoercible. Si bien qu'il n'a absolument rien gagné à ses multiples assauts, puisque les quelques morceaux de terrain qu'il avait pu enlever lui ont été repris. Il s'est, en somme, donné beaucoup de mal pour rien, et le voilà obligé de revenir, comme devant, aux bombardements et aux coups de main.
Ceux-ci ont été particulièrement nom breux sur le front anglais, où il s'agissait, comme de notre côté du reste, d'aller à la découverte. Mais qu'a-t-on bien pu découvrir? Que partout les alliés étaient sur leurs gardes et fortement cuirassés? J'imagine qu'on s'en doutait de reste; seulement, un petit succès eût été le bienvenu, pour faire diversion aux inquiétudes que ne peut manquer de provoquer la situation du front oriental.
Celle-ci, en effet, se complique. Je saisbien que les commissaires maximalistes ont signé la paix, sans même en examiner les clauses. Mais cette résignation n'est autre chose que la reconnaissance d'uneformelle impuissance, et elle n'engage en.
Lt-COLONEL ROUSSET
rien les bandes déchaînées qui, depuis longtemps déjà, n'obéissent plus qu'à l'impulsion du moment. Cette paix artificielle n'arrêtera pas la guerre civile allumée à Kief — et ailleurs. Il est vrai que ce qui subsiste de l'ancienne armée russe se rend avec ensemble, et ces malheureuses épaves sans discipline, sans chefs, sans orientation militaire, peut-être sans vivres, sont peutêtre plus à plaindre qu'à blâmer. Mais des paquets de gens armés se promènent à travers les steppes, pillant, saccageant, se moquant des ordres de Trotzky ou de Lénine, et détruisant les chemins de fer. L'Allemagne a mis la main dans un engrenage où il se pourrait bien que le bras passât tout entier. Il faut maintenant qu'elle pousse ses troupes jusqu'à Petrograd, ce qui l'oblige, ou bien à se créer une ligne de communications très étendue et qui pourrait à l'occasion être fort exposée, ou
bien à entreprendre une opération'maritime dans le golfe de Cronstadt. On dit même qu'elle vise plus haut et plus loin, et qu'elle ne songe à rien moins qu'à prendre pied sur le Pacifique. Or, déjà la Chine envoie des forces en Mandchourie, tandis que le Japon, qui semble avoir désormais les mains libres, se dresse sur l'horizon lointain. Qui sait ce que l'avenir réserve de ce côté à l'empire germanique, entraîné par ses appétits gigantesques à des efforts désorbités? Il ne serait pas le premier qui périrait victime de démentes ambitions. Ayant remporté sur les bolcheviks une victoire facile et surtout sportulaire,.
Guillaume 11 a pu se croire un moment le maître d'accomplir les destinées auxquelles il se suppose mystiquement appelé. Je crainspour lui, au contraire, que ne commence une ère de complications graves, et capables d'avoir des contre-coups jusqu'en Occident.