‹ La Guerre au jour le jourChapitre 285 sur 360 · E PACTE DE BREST.LITOVSK TENU POUR NUL PAR LES SOCIALISTES DE MOSCOU · texte numérisé non relu

E PACTE DE BREST.LITOVSK TENU POUR NUL PAR LES SOCIALISTES DE MOSCOU

(7 Mars.)

Le spectacle que donnent au monde les maximalistes russes est véritablement pitoyable. On a devant soi de malheureux désorbités, qui se démènent avec des gestes incohérents, comme des hannetons dans une cloche. Ils veulent la paix, la signent même, et le lendemain proclament l'état de guerre. Ils s'agenouillent devant la force ; ils acceptent la ruine de leurs pays et, sans avoir l'air de se douter que c'est eux qui en sont cause, ils prennent à la cantonade des airs de rodomonts.

Voici un de leurs journaux, la Nouvelle Vie, qui déclare inacceptables les conditions de Brest-Litovsk, et réclame la création d'une armée où les officiers retrouveraient leur situation d'antan. Il est vraiment bien temps d'y songer !

Ce qui visiblement tarabuste cette bande de fous dangereux, est la perspective de voir les Allemands venir à Petrograd. Ils ne doutent pas un instant que telle soit l'intention du kaiser, ne serait-ce que pour les mettre à la porte, et que cette intention ne doive se réaj^ser aussitôt que la fonte des glaces aura rendu possible l'abordage par mer. Ils sont comme quelqu'un qui, ayant dégringolé d'un cinquième

étage dans la rue, manifesterait sa surprise de s'être cassé les reins. Cependant, la constatation de leur impuissance absolue ne les empêche pas de parader, comme s'il, leur restait encore un étai sur quoi s'appuyer. Ils constituent un conseil militaire pour la haute direction d'une défense impossible et ordonnent l'armement du peuple.

Tout cela serait du dernier comique s'il n'y avait pas dans cette versatilité démente quelque chose d'infiniment douloureux.

Les Allemands, bien entendu, s'en moquent. Mais peut-être sont-ils moins prêts à se réjouir des événements sibériens. Une bataille est engagée, sur le chemin de fer, coupé à hauteur du lac Baïkal, entre les bolcheviks, travaillant pour le compte des empires centraux, et le chef de cosaques Samenof, qui a dû se retrancher. Mais déjà apparaissent dans le lointain les baïonnettes japonaises, venant protéger les immenses approvisionnements rassemblés à Vladivostok par le gouvernement du mikado dans un esprit de solidarité qui n'a plus de raison d'être. Et la Chine pousse des troupes vers la Mandchourie. Voilà bien le péril jaune qui naguère hantait les nuits de Guillaume et lui inspirait des croquis

(. Cl. Ministry of Information.)

Anglais creusant une tranchée dans un champ de houblon.

U COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Serbie. — Le gouvernement de Corfoa déclare que la crise actuelle intérieure du Cabinet serbe n'a aucun rapport avec la politique de guerre qui demeure immuable, ayant pour elle non seulement toute la SkoU' pchina, mais aussi tout le peuple serbe, ainsi que le prouvent l'attitude et le moral inébranlable des troupes serbes. Les buts de guerre de la Serbie ne sont pas inspirés par l'idée d'arriver à xm engagement terri' torial plus ou moins avantageux avec l'ennemi, mais par l'idée de justice qui domine la guerre et doit dominer la paix.

Iles d'Aland. — Les Allemands commencent le débarquement de leurs troupes.

Pola. — Une escadrille de 15 hydravions italiens survole la base navale et les bassins où se trouvent les torpilleurs autrichiens. De nombreux incendies éclatent dans les dépôts militaires et l'un d'eux est visible à plus de 50 k.iloinètres en mer.

Guerre aérienne. — Cent deuxième raid d^avion allemands sur l'Angleterre. C'est la première incursion exécutée par une nuit sans lune.

Allemagne et Finlande. — Signature d'un traité de paix, aux termes duquel l'Allemagne déclare quelle interviendra en faveur de la reconnaissance de l'autonomie et de l'indépendance de la Finlande. Celle-ci s'engage à ne céder aucune partie de ses possessions à une puissance étrangère et à n'accorder aucun droit de servitude sur les domaines soumis à sa souveraineté, sans un accord préalable avec l'Allemagne, ^i

Le traité de paix, fait remarquer Le Temps, ne change rien à la situation de fait établie depuis longtemps. En effet, si la Finlande, en tant que province de l'empire russe, pouvait être considérée comme en guerre avec l'Allemagne, elle ne participait aucunement aux hostilités et même des milliers de jeunes Finlandais s'étaient engagés dans l'armée allemande.

aussi obscurément symboliques que lourdement fuligineux.

Ainsi, loin de s'éclaircir, les affaires orientales se brouillent davantage. Des événements se. préparent, dont on ne saurait encore évaluer la portée, car si le kaiser a pu, grâce à la corruption, rayer la Russie de la carte du monde, peut-être a-t-il commis une grave imprudence en voulant pousser ses ambitions trop loin.

C'est le propre de cet esprit présomptueux de se susciter à lui-même de nouveaux ennemis, dans le moment précis où

il croit atteindre un de ses buts. La monstrueuse intensité donnée à la guerre sousmarine — dont, par parenthèses, le ministre britannique montrait avant-hier la malfaisance en partie enrayée par des mesures de plus en plus actives — a soulevé l'Amérique. Les appétits dévorateurs qui visent tout simplement à engloutir l'ancien empire des tsars, font sortir de leur attitude expectante deux pays, dont l'un surtout possède des forces redoutables. Nous verrons comment Guillaume II se tirera de ce mauvais pas.

L'ALLEMAGNE MENACE LA ROUMANIE DE LA PARTAGER ENTRE LA HONGRIE ET LA BULGARIE

(8 Mars.)

Ayant été trahie trois fois par les Russes, la malheureuse Roumanie est obligée aujourd'hui de, subir les rudes conditions que lui impose un implacable vainqueur.

Notre sympathie attristée ira tout entière à ce noble et vaillant pays, qui s'est montré si loyalement attaché à la cause que nous entendons défendre jusqu'au bout. Il avait fait dans la guerre un brillant début, encore que l'orientation de ses armées ne fût pas celle qu'il aurait fallu. Il a montré dans 'adversité une solide énergie et une belle eonstance, luttant contre toute espérance et refusant de rendre une épée déjà brisée. Maintenant il succombe, honteusement

abandonné par vm voisin dont la mission était de le sauver.

Son objectif véritable, quand il prit les armes, eût dû être la Bulgarie, et non la Transylvanie. Lancé dans une direction mauvaise, il avait le droit de compter sur le secours annoncé d'une armée puissante. Il ne reçut que celui de quelques milliers d'hommes, avec un nombre insuffisant de canons. Et tandis qu'il livrait bataille pour défendre sa capitale, des misérables travaillaient dans ses rangs pour le compte de l'ennemi. Une catastrophe était donc devenue inévitable, malgré l'appui corc^a que nous lui donnions, et dont il connaît

U-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front britanniqiie. — Deux fortes attaques locales lancées par les Allemands, l'une au sud de la forêt d'Houthulst, l'autre au sud de la route de Menin, près du château de Polderhoeck, donnent lieu à de vifs combats. La dernière se prolonge jtisque dans la nuit, mais toutes deux se terminent après des alternatives diverses, par le rejet des assaillants dans leurs lignes.

Paris. — Attaque aérien/ie allemande menée avec des forces considérables. Dix à douze escadrilles d avions de bombardement se succèdent, prenant pour direction de leur marche les vallées de l'Oise et de la Marne et la ligne du chemin de fer de Creil à Paris. Notre artillerie de barrage arrête heureusement un certain nombre d'appareils, et les résultats du raid, qui auraient pu être désastre jx, ne sont pas en proportion de l'importance de l'attaque. Un avion ennemi est abattu dans la forêt de Compiègne et les quatrz passagers sont tués.

Coup de main portugais. — Dans la région de Neuve-Chapelle, nos alliés réussissent à atteindre la deuxième ligne ennemie qu'ils trouvent fortement organisée : ils chassent une partie des défenseurs, jettent des grenades dans un grand nombre d'abris encore occupés, en font sauter quelques autres et ramènent des prisonniers avec 2 mitrailleuses.

Hautes distinctions au roi de Grèce. — Les gouvernements français et anglais confèrent au roi Alexandre la grand croix de la Légion d'honneur et le grand cordon de l'ordre du Bain.

En Mésopotamie. — Occupation de Hit, sur l'Euphrate, par les troupes britanniques. Les Turcs se retirent à 1 1 kilomètres en amont. Hit, situé sur une hauteur qui domine le cours du fleuve, est une ville d'environ 8 000 habitants.

Mayence. — Neuf aviateurs britanniques survolent et bombardent la ville, dans l'après-midi.

la valeur. Du moins, à l'inverse de ceux qui l'ont sacrifié pour mieux tomber dans l'opprobre et la déliquescence a-t-il sauvé intégralement son honneur.

Ah ! certes, il traverse en ce moment une crise infiniment douloureuse. Elle sera, nous l'espérons, passagère, car c'est, comme je l'ai dit déjà, sur le front occidental que se régleront définitivement toutes les questions dont les empires centraux croient avoir imposé la solution conforme à leurs ambitions débridées. La bravoure des alliés, que ne lassent point les coups indirects du sort, finira bien par remettre les choses dans la voie normale. Ils travaillent pour la justice, qui n'a jamais manqué de saisir tôt ou tard les flibustiers et les détrousseurs.

Peut-être même l'heure de cette réparation approche-t-elle. On dirait, en effet, qu'avec le retour du beau temps, l'ennemi prélude à l'exécution tant retardée de ses

desseins. Déjà, par ses plus récentes entreprises, il paraît avoir cherché à nous induire en quelque fausse manœuvre qui aurait amené le déplacement prématuré de nos réserves. Si c'était là son intention, il a complètement manqué le but, puisque, en arrière de nos premières lignes, rien n'a bougé, et que les troupes en position ont largement suffi, à le bousculer.

Mais voici que, depuis hier, les combats d'artillerie prennent une certaine violence, aussi bien du côté de la Scarpe que vers Saint-Quentin, et en Champagne, dans le secteur de Reims. Est-ce là le prélude de l'engagement général? Nous ne tarderons pas à l'apprendre. Maisdéjà nous savons, et les Allemands eux-mêmes ne sauraient en douter, que, sur quelque point que la bataille s'engage, les masses germaniques trouveront devant elles une muraille résistante, que défendront jusqu'au bout des hommes résolus.

DEVELOPPONS NOTRE AVIATION

(9 Mars.)

Je trouve dans le discours très démonstratif que M. Bonar Law, chancelier de l'Échiquier, a prononcé jeudi à la Chambre des communes, deux énoncés de fait qui commandent particulièrement l'attention.

Ce discours nous apprend tout d'abord que les forces alliées, déployées de la mer du Nord à l'Atlantique, bénéficient d'une

supériorité numérique assez notable, malgré le transfert de trente divisions du front oriental sur l'autre. Sans doute, notre avantage n'est pas énorme. Il pourra même encore, peut-être, se trouver réduit par de nouveaux transbordements, maintenant que la capitulation de la Russie est définitive et que la pauvre Roumanie est con-

LlCOLONEL rousset

LES FAITS

En Palestine. — L'armée AlUnby progresse vers le nord, le long de la route de Jérusalem à Naplouse, à travers une région très escarpée et des plus difficiles où l'ennemi oppose une résistance opiniâtre appuyée par un très grand nombre de mitrailleuses habilement dissimulées.

En Mésopotamie. — La garnison turque de Hit continue sa retraite en remontant l'Euphrate, attaquée par les avions britanniques qui mitraillent les troupes et les convois, en les survolant à faible hauteur.

Stuttgard. — Bombardement des usines Daimler et d'autres objectifs militaires par une escadrille britannique dont le raid exécuté en plein jour est très efficace.

Sur mer. — Le nay/re-Aopi/a/Guildforcl-Castle, battant pavillon de la Croix-Rouge et ayant tous ses feux distinctifs allumés, est attaqué dans le canal de Bristol par un sous-marin auquel il parvient à échapper.

Paris. — Nouveau raid d'avions allemands, plus meurtrier que le dernier: on compte 100 morts et 79 blessés, mais, parmi les morts, il y a 66 victimes d'une panique survenue à l'entrée d'une station du Métropolitain.

Les escadrilles ennemies perdent 4 appareils: l'un d'eux, un Gotha, tombe en flammes, et sur ses trois passagers 2 sont carbonisés; le troisième, qui est un capitaine commandant d'escadrille, est vivant encore mais grièvement brûlé. Les hommes des autres équi' pages iont presque tous blessés.

Les Etats-Unis et les Alliés. — Arrivée à Paris de M. Baker, ministre de la Guerre américain; il reçoit les représentants de la presse, auxquels il déclare que son pays est décidé à engager toutes ses ressources dans la lutte.

En Russie. — Le gouvernement quitte Petrograd pour s'installer à Moscou.

trainte de subir la loi du vainqueur. Mais, d'autre part, il faut compter avec le renfort américain qui s'accroît dans des proportions sensibles et doit, dans un délai assez prochain, faire plus sensiblement pencher la balance de notre côté. Sous ce rapport donc, nous nous trouvons en bonne posture, constatation qui n'est sans intérêt, ni au point de vue de la résistance, ni pour la facilité des manœuvres éventuelles que les circonstances indiqueront.

Au reste, M. Bonar Law qui, en sa qualité de membre du comité de guerre, est certainement bien informé, juge que nous sommes également en avance sous le rapport de l'artillerie et surtout des munitions. Cette avance pourra, comme l'autre, être plus ou moins balancée par l'entrée en action d'une certaine quantité de matériel autrichien. Nous conserverons quand même une autre supériorité que le ministre anglais qualifie d'écrasante. C'estcelle de l'aviation.

Des hommes comme lui ne s'aventurent point à la légère ; nous devons donc ajouter foi à ce qu'il nous dit. Or, il s'agit ici d'un fait considérable par sa double conséquence. L'aviation est, en effet, devenue une arme défensive et offensive, une arme qui protège et menace à la fois. D'une part, sa coopération est indispensable à l'artillerie qui, sans elle, est aveugle. De l'autre, elle peut porter chez l'ennemi la terrorisation et la défaite. J'ai toujours pensé, pour ma

part, que la lutte actuelle aurait son dénouement dans l'air, et je ne m'en dédis pas.

Sans entrer ici dans le détail des opérations d'ordre divers auxquelles est appelée à participer la cinquième arme, ni des incontestables services qu'elle est appelée à rendre dans la découverte, l'exploration, le réglage du tir et le déréglage de celui de l'ennemi, ce n'est point se livrer à des inspirations abusives que d'évoquer l'œuvre grandement efficace qu'elle pourrait accomplir en allant, par escadres massives, porter la dévastation et la ruine en plein territoire allemand ; ce n'est pas le raid de cette nuit sur Paris qui me fera changer d'avis, au contraire. Elle ferait là, chez l'ennemi, du pacifisme à la bonne manière, un pacifisme d'ailleurs promptement incoercible et plus actif encore que celui de la faim.

Seulement, pour cela, il faut qu'elle soit nombreuse et forte. Il faut qu'elle se développe incessamment, par une progression hâtive en même temps qu 'ordonnée . M. Bonar Law nous donne l'assurance qu'il en va ainsi en Angleterre. Je crois savoir qu'ici nous ne restons pas en arrière. Mais que les ouvriers d'usine le sachent bien. Ils prennent d'avance leur part contributive de la victoire future en fabriquant des moteurs de plus en plus puissants et de plus en plus nombreux, comme leurs camarades d'Angleterre en construisant des bateaux.

Lt'COLONEL ROUSSET

(.Cl. Olûcial phot. et Chusseau-Ftaviens.)

La mise en position de l'artillerie lourde et le chargement d'un gros canon.

U-COLOmt ROUSSET

Cl. Branger.)

Restes d'un des gothas abattus, le 9 mars, au retour du raid sur Paris.

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