‹ La Guerre au jour le jourChapitre 286 sur 360 · COMBATS PRÉMONITOIRES · texte numérisé non relu

COMBATS PRÉMONITOIRES

(10 Mars.)

Un peu avant que les avions allemands se fussent répandus sur Paris, comme ces immondes rapaces qui ne se jettent sur leurs victimes que pendant l'horreur des sombres nuits, le prince Ruprecht de Bavière avait dirigé contre le front anglais deux attaques qui pourraient bien être les engagements avant-coureurs de l'offensive tant de fois annoncée.

Vendredi, dès l'aube, des colonnes relativement massives s'ébranlaient au sud de la forêt d'Houthulst et. lançant devant elles des jets de liquides enflammés, abordaient les positions britanniques. On sait que nos ennemis, que ne rebutent ni la dégradation ni l'opprobre, doivent parlois à ces moyens ignobles certains succès passagers. C'est ce qui est arrivé encore cette fois. La ligne avancée a dû être évacviée, après une lutte très vive, sur un front d'environ cinq cents mètres. Mais un puissant retour offensif ne tarda pas à rétablir la situation, si complètement que l'assaillant se trouva refoulé à trois cents mètres en deçà de son point de départ. II s'était cassé le nez sur la barrière qu'il croyait enfoncer

Quelques heures plus tard, à la iiuit tombante, les Allemands revenaient à la charge sur un autre point. Ils avaient pris comme objectif, cette fois, la partie des lignes anglaises qui, à environ vingt-

cinq kilomètres du premier secteur d'attaque, s'étend entre la route d'Ypres à Menin et le château de Polderhoek. Le résultat a été exactement le même. Deux cents mètres de tranchées qui avaient cédé sous le premier choc et la violence du feu d'artillerie furent récupérés dans la nuit. Et rien n'a été changé de ce qui existait avant.

Si le lecteur veut bien se souvenir de ce que j'écrivais il y a quelques jours sur le dispositif général de nos lignes de défense il trouvera dans ce double événement l'entière confirmation des conclusions que j'en ai tirées. Le tracé des boyaux avancés ne forme en réalité qu'une sorte d'avantligne, destinée à céder sous des rafales qui bouleversent tout. Cette avant-lignp doit donc être faiblement occupée, si l'on veut éviter des pertes inutiles. Et ici, en effet, les communiqués britanniques nous disent qu'il y enaeutrèspeu.Maisàrarrièrecommence la véritable résistance, une résistance qui n'est pas seulement statique et passive, mais qui prépare les retours victorieux. Quand l'ennemi, après avoir franchi sans trop de difficultés le premier obstacle, se lance à l'assaut du second, il est pris, en terrain découvert, par les tirs de barrage et généralement dissocié. Alors, la confreattaque à beau jeu.

Nous avons tous les droits de compter

Li.COLONEL ROUSSET

Front occidental. — Echec d'un coup de main allc' mand sur les positions portugaises au sud-est de Laventie, dans le secteur de La Bassée : l'infanterie ennemie battue de front et en flanc par le feu desmitrailleuses, subit de fortes pertes en essayant de franchir les réseaux de fil de fer, puis en se repliant sous le barrage de l'artillerie.

Guerre aérienne. — Pour la 3® fois depuis le 9 mars les aviateurs britanniques exécutent un raid de jour en Allemagne : ils attaquent les usines, la gare et les casernes de Coblentz où ils provoquent des explosions et des incendies

Trois zeppelins franchissent la côte anglaise du Yorkshire: l'un d'eux jette quatre bombes sur Hull; les atftres errent pendant quelques heures dans la campagne et retournent vers la mer.

En Arménie. — Les Turcs réoccupent Erzeroum. où ils trouvent un important matériel de guerre.

En Belgique. — Les Anglais s emparent dans un coup de main, d'un point d'appui organisé par l'ennemi au sud-est du bois du Polygone.

Les troupes belges prennent pied dans les tranchées allemandes au sud-est de Lombaertzyde, mettent hors de combat tous les défenseurs de la U^ ligne, dépassant celle-ci et arrêtent dans un violent corps à corps une attaque débouchant de la seconde ligne.

Guerre aérienne. — Les Anglais bombardent les usines de munitions et les casernes de Fribourg. Les Allemands, de leur côté, envoient sur la côte anglaise un zeppelin qui détruit des maisons à Hartlepool.

En Russie. — « Les troupes allemandes qui, après entente avec le gouvernement roumain, ont été lancées de Braïla sur Odessa, par Galatz et Bendery, ont occupé Odessa après divers combats avec des bandes. Les troupes austro-hongroises venant de Shonericka les ont suivies. » {Communiqué allemand du 14.)

avec l'efficacité de cette tactique, appuyée sur la bravoure et le sang-froid de nos ^loilus, pour briser la ruée allemande qui s'annonce. Nos sauvages ennemis auront beau multiplier sur Londres ou sur Paris des raids homicides qui, d'ailleurs, ne leur donneront que des satisfactions de plus en pi us disproportionnées avec les forces aérien-

nes qu'ils mettent en jeu, ils ne nous feront rien perdre de notre assurance, et nous attendrons avec une fermeté indéfectible ce dernier quart d'heure dont M. Clemenceau disait, avant-hier, qu'il doit être le nôtre. Mais combien ont raison ceux qui demandent avec insistance que nous soyons armés solidement pour la bataille de l'air !

PRECAUTIONS PREVENTIVES

(H Mars.)

11 existe plusieurs moyens de préserver Paris contre les incursions des gothas, ou tout au moins de réduire sensiblement leur malfaisance. Je laisse de côté, bien entendu, l'idée — dont cependant il a été question — de passer entre belligérants une convention interdisant le bombardement des villes ouvertes. Avec nos sauvages ennemis, il n'est point de conventions possibles, pour la' bonne raison qu'ils n'en respectent aucune. Ont-ils jamais observé les décisions de la conférence de Bruxelles ou la convention de Genève?

1 Is tirent sur les ambulances et coulent les navires-hôpitaux. Ce sont des fauves, qui ne cèdent qu'à la force et qu'il faut enchaîner pour en avoir raison.

Au surplus, qu'est-ce exactement qu'une ville ouverte ? Même celles qui ne sont point fortifiées sont pourvues d'établissements militaires ou simplement de gares de cheni ins de fer qui jouent dans la guerre un rôle

important. La fourberie allemande ne connaîtra bientôt aucune autre ville ouverte que les siennes, et trouvera matière, sur ce sujet, à des discussions intenninables. d'ailleurs complètement privées de sanc tions.

Il y a, à mon sens, mieux à faire. Il y a à chercher à la fois l'effet matériel et l'effet moral. Le premier, indépendamment des précautions recommandées et qui, strictement observées, sont d'une efficacité incontestable, peut s'obtenir de deux façons : d'abord par des drachens postés de distance en distance sur les avenues de la capitale, puis, et surtout, par des bombardements constants et autant que possible prémonitoires, sur les repaires d'où les oiseaux funèbres prennent leur vol.

Ces repaires, si camouflés qu'ils soient, on en connaît au moins un certain nombre, comme le montrent les communiqués euxmêmes. N'a-t-on pas été, au moment même

Li-COLONEL ROUSSET

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