‹ La Guerre au jour le jourChapitre 291 sur 360 · L'OCCUPATION D'ODESSA · texte numérisé non relu

L'OCCUPATION D'ODESSA

(15 Mars.)

Les troupes austro-allemandes sont entrées à Odessa, le grand port de la mer Noire, et les Turcs ont réoccupé Erzeroum, capitale de l'Arménie, dont la prise avait coûté tant de peine à l'armée russe et au grand-duc Nicolas, quand il y avait une

armée ruiîse et des chefs pour la conduire. Les maximalistes obtus qui errent en ce moment entre Petrograd et Moscou, sans savoir en lequel de ces deux points gîter leur incapacité boursouflée, vont-ils enfin se rendre compte qu'ils n'ont jamais été

Aviateur anglais regagnant ses lignes, malgré l'état de son appareil.

que des pantins sinistres, dont les ficelles étaient entre les mains du kaiser?

On avait parlé d'une armée d'ouvriers, le paysans et de marins qui se préparait ,1 défendre la cité jadis si prospère que bâtit, voici unpeu plus d'un siècle, un Français de haute race, le duc de Richelieu. Malheureusement, les armées ne s'improvisent ni en frappant la terre du pied ni en faisant (les discours. Or, les bolcheviks n'ont à leur disposition que ces deux expédients dérisoires, et ils furent donc souverainement absurdes de détruire délibérément les forces existantes, pour les remplacer, au moment du péril, par un organisme amorphe, acéphale et sans nerfs. Peut-être mesurent-ils aujourd'hui l'étendue de leur méprise. S'il leur reste un atome de sens commun, ils n'auront pas trop de toutes leurs larmes pour la pleurer.

Il existe cependant, paraît-il, dans la profondeur des steppes, des gens qui valent mieux qu'eux et s'essayent à la résistance, malgré la pauvreté de leurs moyens. C'est ainsi que la Gazette du Rhin signale l'existence en Ukraine de bandes armées qui sont ou peuvent devenir une gêne. D'autre ])art, l'intervention probable du Japon ne va pas sans susciter quelques craintes," témoin l'article de la Gazette de Voss qui conclut par cette phrase désenchantée un article consacré à la politique allemande en Russie : :■■ Le résultat général est que

l'Allemagne se retrouve sans aucun ami dans le monde, tandis que l'Angleterre rit sous cape. » Je ne sais si le second terme de la proposition est exact ; mais le premier demeure hors de discussion.

Faut-il maintenant parler de ce qui stpasse sur notre front? Je ne le crois pa? indispensable, les événements ne changeant encore ici ni d'orientation ni d'allure. Mais il convient de signaler la grande activité que déploie l'aviation anglaise, laquelle est allée bombarder les établissements militaires de Fribourg. a encore abattu vingt deux appareils ennemis, en n'en perdant elle-même que six. La nôtre, qui se montre cependant très résolue n'a pas encore à son actif d'aussi belles prouesses. Mais je crois que le moment approche où elle pourra se montrer l'égale de celle de nos alliés.

On a vu également que les zeppelins avaient fait leur rentrée en scène, assez piteusement d'ailleurs. Ces Goliaths semblent ne plus vouloir s'aventurer qu'avec prudence, après la rude leçon qu'ils ont reçue le 19 octobre dernier. Le véritable danger ne vient plus d'eux. Il vient des avions, beaucoup plus maniables, plus rapides et plus sournois. Contre ceux-ci, on ne saurait prendre trop de précautions, et la première est d'en avoir beaucoup nous-mêmes; dans l'air comme sur terre, on ne se défend bien que si l'on est en état d'attaquer.

Evacuation de blessés anglais et allemands, sur le front britannique.

U-COLONEL ROUSSET

L'aviation française: appareil Farman.

Page 1