OU HINDENBURG ET LUDENDORFF SONT D'ACCORD
(18 Mars.)
La Gazette de Zurich nous apporte quel- .]ues clartés nouvelles sur les déclarations qu'ont faites aux journalistes allemands Hindenburg et Ludendorfi, déclarations dont j'ai déjà dit un mot hier. Là encore, on constate que le second est plus pratique,
plus franc et aussi plus avisé que son chef de file, lequel s'égare volontiers dans des ostentations de « m'as-tu-vu ».
Donc, Ludendorff explique qu'appelés par l'Ukraine, les Allemands sont allés lui porter secours. Mais, dit-il, «notre
Ll-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Déclaration des puissances de l'Entente. — «Le gouvernements de l'Entente, réunis à Londres en conférence après s'être mis pleinement d'accord surlesprohlèmes militaires du jour, ont le devoir impérieux de prendre acte des attentais sans précédent exercés, sous la dénomination d'une paix allemande, sur les peuples de la Russie dont les armées ont spontanément renonce à la défense du pays...
Ces sortes de paix, nous ne les connaissons pas; nous ne pouvons pas les connaître, puisque nous nous proposons, à force d'héroïsme et d'endurance d'en finir avec une politique de spoliation pour faire place à un régime de paix durable par le droit organisé...
Quant à savoir si le droit peut l'emporter sur l'oppression des peuples, nos hommes du fyojit... se sont montrés assez grands pour que les nations, dont le sort va se jouer sur les derniers champs de bataille, s'en remettent à eux d'achever le triomphe de la civilisation . >•
Front belge. — L'activité, qui se manifestait depuis quelque temps sur ce front, s'est traduite hier par diverses attaques sérieuses exécutées par d'importants détachements précédés de stosstruppen. Dans les régions de Nieuport, de Dixmude et de Merckem, l 'ennemi a pénétré sur plusieurs points dans les positions de nos alliés. Les troupes belges ont cependant commencé hier soir des contre-attaques qu'elles poursuivent aujourd'hui et elles parviennent à reprendre tous les postes perdus.
Guerre aérienne. — Les escadrilles bitmniqus de bombardement ont de nouveau attaqué Mannheim dans la journée d'hier. Huit coups directs ont été obtenus sur la Badische Soda Fabrik. qui est une des fortes usines d'explosifs de l'Allemagne.
Les attaques de jour permettent de concentrer les opérations sur des objectifs d'une réelle importance militaire.
désir de reprendre les relations commerciales en règle nous a aussi guidés dans cette action. Sans notre concours, les stocks existants eussent été anéantis et il fût devenu impossible d'ensemencer les champs. » Ainsi l'aide donnée aux bolcheviks de Kief est une simple affaire de bouche, ce qu'on appelait dans les anciennes armées « un fourrage », mais pratiqué en grand. Nous en étions convaincus depuis longtemps.
Seulement, entre l'intention et le fait, iljy a quelquefois de la marge. Ainsi, la • Germania est obligée de reconnaître, non sans regrets, que, grâce à l'anarchie régnante, le commerce est anéanti dans le pays que l'on espérait sauver ; que l'ensemencement est à peu près nul, et que les stocks sont si maigres que la famine est imminente, sans compter* c ue l'argent manque, étant entré dans les poches de ces messieurs du Soviet. Vous me direz qu'avec la puissance d'organisation qu'on lui connaît, l'Allemagne aura tôt fait de remettre les choses en place. Tôt fait, ce n'est pas sûr. Il y a une question subsidiaire, mais fort importante, qui est celle des transports. Et Ludendorfî lui-même ne cache point les soucis qui résultent pour lui de l'état lamentable des chemins.de fer, déjà si peu nombreux en temps normal.
Il se console, il est vrai, en répétant que le front allemand de l'ouest est garanti.
« Mieux que cela, dit-il, nous sommes eu état de prendre l'offensive partout où cela nous conviendra. » On est toujours en état de prendre l'offensive, quitte à manquer son coup, comme cela s'est produit à Verdun. Mais, quand on se juge vraiment le plus fort, on ne tergiverse pas autant, surtout si l'on est convaincu, comme Ludendorfî l'est réellement, « qu'il faudra en passer par là pour obtenir la paix ».
Voici maintenant qui peut-être explique tout. « La lutte finale, a-t-il ajouté, ne saurait se comparer aux combats antérieurs de Galicie ou d'Italie, l'ennemi ayant une forte armée de réserve sous la main. » C'est cette réserve et aussi la solidité de nos fortifications qui chiffonnent l 'État-major allemand. Et cela est tellement vrai qu'Hindenburg, descendant pour une fois des régions dans lesquelles il plane d'habitude, a conclu par cette phrase modeste : « Petit à petit, nous obtiendrons aussi à l'ouest une paix honorable, qui ne sera pas une paix de mollesse pour prix de nos combats. » Ce que signifient exactement ces mots n paix de mollesse », je l'ignore. Mais il est clair que le ton des revendications n'est plus aussi haut. Et il apparaît aussi que, quoi qu'on en ait pu dire, les deux grands chefs sont parfaitement d'accord, au moins sur le mal qu'ils auront à nous briser.
Lt-COLONIL ROUSSET