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LA MAITRISE DE L'AIR

(20 Mars.)

Les Allemands commencent, ]e crois, à prendre ombrage des destructions nombreuses qu'infligent à leur aviation celle des Anglais et la nôtre. Il n'y a pas très longtemps qu'ils affectaient à cet égard une indifférence de commande, et traitaient, si j'ose dire, la question par-dessous la jambe. Mais comme il n'est pas possible de faire le silence éternel sur des événements dont la rumeur publique finit toujours par être avertie, on voit aujourd'hui les communiqués deLudendorff adopter le ton inverse, etassourdir l'univers d'un tintamarre d'exploits d'ailleurs absolument fictifs. Tel le cambrioleur qui, pris sur le fait, crie au voleur pour dépister les soupçons.

Je passerai donc sur les chiffres démesurément gonflés que donnent les documents boches. Ils nous importent peu. Mais j'en donnerai d'autres, plus sincères et plus vrais, d'où il appert d'une façon manifeste que, du côté anglais au moins, la suprématie de l'air est éclatante. C'est ainsi que, dans la seule journée de dimanche, nos alliés ont détruit ou abattu vingt-six appareils ennemis, sans en perdre eux-mêmes plus de quatre. Et des établissements militaires,plus ou moins rapprochés de la première ligne, ont reçu dix tonnes et demie d'explosifs.

Voici maintenant une statistique qu'il est bon d'opposer aux forfanteries des Boches. Au cours de la semaine qui va du 9 au i6 mars, le nombre des avions mis hors de combat par les Anglais se monte à 125, contre* seulement 23 de perdus. Et il ne faut pasoublier que, pendant ce temps, neuf villes allemandes, possédant des usines de guerre, ont été sérieusement bombardées, Mayence le 9, Stuttgart le 10, Coblentz le 1 2, Fribourg le 13, Deux-Ponts le 16, enfin Kaiserslautern le 17. Mais, de cela, Ludendorff ne parle pas.

Si nous ne sommes pas encore en mesure de suivre nos alliés dans cette voie profitable cela tient, il est permis de le rappeler, au défaut de méthode dont notre service aéronautique a si longtemps pâti. Pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer et qui, d'ailleurs, ne sont pas toutes bonnes à dire, nous avons manqué d'appareils de bombardement à grand rayon d'action, en nombre suffisant pour exécuter de larges randonnées. C'est là du' rétrospectif, je le veux bien, mais dont les effets n'ont point cessé d'être sensibles. On ne saurait donc trop se hâter de les corriger.

J'ai toujours pensé, avec M. P.-E.

Flandin, — et je me vante d'avoir très

Lt-COLONEL ROUSSET

Région des usines militaires ennemies bombardées par les avions britanniques.

U-COLONEL ROUSSËT

LES FAITS

L'ofïensive allemande. — Dans le secteur entre la Somme et l'Oise, à l'ouest de Saint-Quentin, la b^ armée anglaise cède à la pression formidable des divisions allemandes lancées en vagues d assaut sucsessives; ses lignes de défense sont emportées et elle bat en retraite, serrée de près par l ennemi, à travers le terrain dévasté témoin de la retraite allemande de 1917. La bataille reprend la forme de la guerre de mouvement et le dogme de l'inviolabilité des fronts est aboli.

En Palestine. — L'armée Allenby développe ses opérations dans la vallée du Jourdain et progresse dans la direction d'Es-Salt: elle a devant elle des contingents allemands qui sont venus renforcer l'armée turque.

En Roumanie. — Un cabinet, présidé par M. Marghiloman, a été constitué le 19 mars et poursuit les négociations de paix avec les puissances centrales.

L'offensive allemande. — Le repli de la 5^ armée anglaise, entre l'Oise et la Somme, a ouvert une bxèche dans l'ensemble du dispositif des alliés: les troupes françaises ne sont plus en liaison avec les troupes britanniques et la situation est critique.

Mais avec une décision et une habileté, auxquelles nos loyaux alliés et l'ennemi lui-même rendront bientôt justice, le commandement français prend les mesures nécessaires pour parer au danger. Le général Humbert et le général Pelle jettent leurs divisions dans la trouée, à mesure qu'elles arrivent, et font face à toutes les attaques entre Montdidier et Noyon. Le général Fayolle revenu d'Italie va grouper sous ses ordres les forces alliées chargées de barrer la route d'Amiens et d'arrêter la ruée allemande.

Paris bombardé. — L'ennemi fait à la capitale la surprise de ses canons à longue portée qui lui envoient aujourd'hui 27 obus.

franchement exprimé mes sentiments à cet égard, — que la conclusion de la lutte engagée il y a bientôt quatre ans s'obtiendrait dans la guerre aérienne, et que celui-là serait définitivement victorieux qui aurait pu s'assurer la maîtrise des airs. La tournure que prennent les choses confirme cette thèse, dont l'insolite prorogation des opérations terrestres augmente encore la valeur. Soyons donc, j'y souscris, humains

dans la limite où nos ennemis nous permettent de l'être, mais pas au delà, sous peine de devenir des dupes. Les Allemands ne s'inclinent que devant la force. Il faudra donc, tôt ou tard, et à n'importe quel prix, leur prouver que cette force nous appartient. Après quoi, il sera permis de causer, ce qui serait purement, à l'heure actuelle, nous livrer la corde au

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