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LES DEUX METHODES

Exposant devant la Chambre des communes les résultats obtenus par l'aviation anglaise — • et ceux-ci ne sont pas minces — ■ M. Macpherson, sous-secrétaire d'État au War Office, a exprimé l'espoir que bientôt, quand les conditions atmosphériques se seraient améliorées, les appareils britan-niques pourraient aller bombarder les hauts fourneaux de Lorraine. Ce sera là une opération de guerre extrêmement utile et profitable, qu'il est regrettable d'avoir dû, par force, retarder aussi longtemps.

Peut-être eût-il mieux valu tenir l'affaire secrète et laisser les Allemands dans l'incertitude jusqu'à la fin. Mais la curiosité des parlements, à laquelle les gouvernements sont obligés de satisfaire, est souvent antinomique à la surprise. Nos alliés, qui s'y entendent, trouveront encore, je gage, le moyen de s'assurer, dans le temps et

Mars.) dans l'espace, les bénéfices de celle-ci. Les Allemands, nul ne l'ignore, se sont jetés sur le bassin minier de Lorraine comme sur une proie de premier choix, et ils en ont tiré un parti considérable, comme on peut le voir par les articles très documentés qu'a publiés sur ce sujet mon ancien collègue Engerand. D'aucuns ont été jusqu'à dire, en Allemagne, que, sans le bassin de Briey, la coalition germanique n'aurait pas pu mener la gvierre jusqu'aux temps actuels. Je crois que c'est fort exagéré, mais il n'en reste pas moins que la possession de cette région aux sous-sols si riches leur a été d'un grand secours, et que ce fut un tort de ne point la défendre quand on le pouvait.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de la reconquérir, ce qui est impossible, au moins par action directe, et ne pourrait s'obtenir que par des succès d'ordre général, mais

U-COLONEL ROUSSET

seulement d'en rendre la jouissance aussi précaire que possible à l'ennemi. Les remarquables progrès de l'aviation anglaise et de la nôtre, qui suit un peu plus lentement, permettent de ne point considérer corr^me intangible cet objectif relativement restreint.

Tout en restant, pour ma part, partisan

nos propres populations. Détruire ou bouleverser les dépôts de munitions, les gares, les entrepôts, les cantonnements d'arrière, en un mot tout ce qui sert à l'ennemi ou peut lui servir un jour, c'est proprement faire la guerre ; frapper au cœur des cités orgueilleuses qui se sont crues longtemps protégées par la distance et

(Cl. New Zealand Offic. phot.)

Observateurs néo-zélandais surveillant les mouvements de Vennemi.

résolu des représailles, je considère qu'une distinction est nécessaire entre les opérations à exécuter sur les villes et celles qui visent uniqviement les établissements militaires de l'ennemi. Ces dernières sont de tous les instants et doivent viser toutes les régions abordables ; les autres doivent être réservées au cas particulier où il faudrait punir des attentats commis contre

n'ont jamais manqué de s'ébaudir au récit des abominations dont nous avons souffert, c'est appliquer la peine du talion. Nous n'aurons à y recourir à l'occasion aucun scrupule, mais nous entendons ne le faire qu'à bon escient et après provocation.

Aussi bien, quoi qu'en disent les Allemands pour excuser leurs crimes, nous nous en sommes tenus jusqu'ici, sauf

Li-COLONEL- ROUSSET

exceptions justifiées, à la première méthode. Mais celle-ci, nous sommes résolus, nos alliés et nous, à y persévérer, parce que

c'est le droit des gens. Quant à la seconde, il suffira qu'on nous y force pour que nous n'hésitions pas à l'employer.

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