APRÈS LES DÉMONSTRATIONS
(22 Mars.)
Il semble que nous sortons de la phase des attaques éparses et sans liaison de l'ennemi... On pouvait s' expliquer assez bien celles-ci quand il s'agissait, pour nos adversaires, de tâter la solidité du front et de se rendre compte de la façon dont il est occupé. Mais je crois qu'à cet égard l'État-major tudesque n'a plus rien à apprendre, puisque Ludendorfï lui-même n'a pas hésité à nous déclarer très fortement armés et pourvus de fortes réserves. La question d'investigation ne se pose donc pas, ou du moins elle ne se pose plus.
Espérait-on alors, par ces coups de main dispersés, ouvrir, en un point quelconque, une brèche praticable? Il fallait, dans ce cas, employer une tactique plus rigoureuse et surtout moins disloquée. Nous sommes arrivés à une époque où des attaques menées par deux ou trois bataillons, fussent-ils grossis de quelques stosstruppen, ne peuvent exercer aucune influence sérieuse sur le dénouement si impatiemment désiré. Enfin, si toutes ces démonstrations étaient faites seulement pour remettre à l'entraînement des troupes venixes du front russe.
où une longue accalmie et la déplorable mollesse d'un adversaire désemparé leur a quelque peu désappris la guerre, on avouera que cette façon de les remettre à l'école coûte cher.
Car tous ces coups de boutoir étaient portés sans profit aucun. Depuis deux jours, il y en avait eu à peu près une demidouzaine, dont aucun n'a donné le moindre avantage. Bilan assez peu brillant, comme on voit, des dernières tentatives de von Gallwitz et du kronprinz.
I lieure du matin.
A cette heure tardive, on m'annonce que nos amis anglais viennent d'essuyer sans faiblir im choc des plus sérieux. J'aurai l'occasion, demain, de le commenter plus amplement. Ce que je veux noter, dès à présent, c'est l'impression de confiance qui doit se dégager pour nous des actions d'aujourd'hui que, — hasard ou coquetterie, — • nos adversaires ont ouvertes en ce premier jour du printemps.
(Cl. !~ecli(,n phnt. de i nnite,)
Renforts d'artillçrie française en route vers les lignes britanniques.
Ll-COLONEL ROUSSET
DEBUT D'OFFENSIVE (23 Mars.)
Si c'est vraiment, comme il apparaît, l'offensive tant de fois prédite qui a commencé jeudi sur le front anglais, ses débuts n'ont rien qui nous effrayent. Les Allemands ont attaqué sur un front très large, 80 kilomètres au moins, depuis l'Oise jusqu'à la Sensée. Leur artillerie s'est affirmée fort dense et les gaz toxiques ont été largement répandus. Enfin, des diversions ont été faites, soit simplement à coups de canon, soit par des irruptions d'importance' variée, tant sur la partie nord des lignes, vers le canal de la Bassée et Ypres, que de notre côté, sur le Chemin des Dames et au mont Cornillet. Tout cela concorde exactement avec le scénario que j'ai précédemment exposé.
Quelque chose s'y adapte encore ; ce sont les résultats obtenus. Lorsque je donnais, tout dernièrement, un aperçu schématique du dispositif de défense adopté par nous, je ne me faisais point faute d'insister sur la vulnérabilité prévue et acceptée de l'avant-ligne qui, tenue seulement par les effectifs strictement nécessaires et armée pour ainsi dire sommairement, est destinée à céder en tout ou en partie afin d'attirer l'ennemi sur des terrains mieux battus et vers d'autres barrières plus résistantes. Les emprises
faites sur elle, dans un premier choc, sont donc pour ainsi dire de droit, et aucune d'elles n'est de nature à nous préoccuper. On constatera que, si violent qu'ait été l'effort allemand, alimenté par des renforts incessamment amenés et sur la qualité desquels on n'avait pas lésiné, les choses se sont passées hier suivant le programme exact que je viens d'indiquer.
L'ennemi a pris pied dans certaines parties de la ligne d'avant-postes. Mais quand il a voulu pousser plus loin, il s'est heurté à des barrages solides et, comme il était, suivant sa coutume, formé en colonnes relativement denses, il a énormément souffert. «Nous maintenons l'adversaire sur ses positions de combat », dit le dernier communiqué britannique. Cela signifie que le champ de bataille préparé à l'avance pour y recevoir réellement l'attaque n'a pu encore être abordé.
Je n'ai rien de plus à dire pour aujourd'hui. Attendons la suite. Comptons sur la ténacité irréductible de nos alHés et sur la puissance redoutable de leur armement.
Et surtout cuirassons-nous contre les nouvelles hasardées ou déprimantes que pourraient lancer les gens de peu de foi et les malintentionnés, s'il s'en trouve encore. Nous savons par expérience le mal qu'elles
(CI. Ministry of Information. )
Artilleurs franco-britanniqaes étadiant une pièce lourde anglaise,
U-COLONEL ROUSSET
Sur les routeî
Le poignant exode des régions envahies se renouvelle encore une fois. En longue caravanes les proscrits cheminent, traînant avec eux tout ce qu'ils ont pu emporter Tandis que leur clocher s'estompe au loin, ils croisent en route ceux qui montent ven
de la bataille
,. bataille. L'ardeur et la /oi du soldat raniment le courage des exilés. Ceux-ci s'éiignent du village le cœur serré, mais gardant au fond l'espoir du retour. Ils se fient peurs défenseurs et savent qu'avec de tels hommes la France ne peut pas succomber.
Li-COLONEL ROUSSET
peuvent faire. Fermer obstinément l'o- est un devoir qui s'impose à tous les Franreille à tout bruit émanant de source privée çais.