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LA GRANDE BATAILLE

(24 Mars.)

ONTINUE

La bataille engagée sur le front britannique est, comme il fallait s'y attendre, extrêmement dure. Les Allemands, résolus à jouer leur va-tout, y apportent un acharnement extrême et jettent au feu toutes leurs forces. Des batteries autrichiennes ont fait leur apparition sur le terrain de lutte,, et des renforts amenés de Russie alimentent incessamment le combat. C'est donc une très grosse partie quisejoue, et dans laquelle l'ennemi va se servir de tous les atouts que la trahison des bolcheviks a mis dans son jeu.

Que, dans ces conditions, nos vaillants alliés britanniques aient dû fléchir, au moins momentanément, sur certains points, cela n'a rien d'extraordinaire ni d'inattendu. Il est fâcheux seulement que la brisure se soit produite du côté de Saint-Quentin.

Mais cette brisure n'a rien de définitif. Les premières positions enlevées, il en reste d'autres en arrière, que le prince Ruprecht va être obligé d'aborder dans des conditions plus difficiles encore que les autres. Les troupes anglaises s'y replient en bon ordre, et si leur front a pu être ébranlé, elles, du moins, ne le sont pas.

Je ne cesserai de dire que ces fluctuations font p; rtie intrinsèque de la bataille. Elles n'ont pas une amplitude suffisante pour engager l'avenir, d'autant plus que dans la partie nord du front britannique rien n'a cédé. >ans doute, les Allemands reviendront en -re à la charge et amèneront des troupes AÎches. Ils en amènent déjà. Mais nos allié , pas plus que nous, ne manquent de réserves, et l'on sait qu'il suffit souvent d'une masse intervenant opportunément pour renverser complètement une situation, fût-elle compromise, ce qui n'est pas le cas. Sans aller chercher bien haut dans l'Histoire, où les exemples pullulent, qu'on veuille bien se rappeler que, devant Verdun, l'ennemi arriva un jour jusqu'au plateau de Souville, et que l'heureuse diversion de la Somme l'obligea brusquement à lâcher pied. On sait ce qui est advenu depuis.

En ce moment, il concentre tout son effort sur le front britannique et s'efforce, comme autrefois à Lassigny, de faire brèche

Il sait évidemment qu'il y a toujours là un point faible. Mais sa manœuvre est trop

(i), (2). Texte supprimé par la censure.

(Cl. Chusseau-Flaviens.)

Troupes françaises entrant dans la bataille.

COLONEL ROUSSET

apparente et je dirai même trop grossière pour ne pas avoir été déjà prévue ou é\ ntée, et pour que des précautions n'ai nt point été prises qui doivent la faire ave- er. Nous ne sommes qu'au début de l'aff; re. ("est la suite qu'il faudra voir.

Nous avons eu hier une surprise plutôt désagréable. Paris a été bombardé, à intervalles réguliers, par une pièce à longue portée, embossée je ne sais otjP

Le fait, si extraordinaire qu'il v it, se

conçoit ; mais il ne peut être qu'exceptionnel, et il tient du défi, beaucoup plus que d'un acte de guerre vraiment dangereux.

De pareils engins sont de véritables phénomènes, peu maniables, d'une installation difficile et qui ne résistent point à un tir prolongé. Leur emploi relève du bluff beaucoup plus que du sens pratique. En somme, leurs ravages, si regrettables soient-ils, sont peu de chose à côté de ceux que peuvent faire les gothas, lorsqu'on ne les force pas, comme dans la nuit précédente à rebrousser chemin.

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