LA GRANDE BATAILLE FAIT RAGE
(26 Mars.)
Si les Allemands, comme j'en ai la certitude, • — • et comme la censure m'a empêché de le dire avant-hier, tandis qu'elle montrait à d'autres beaucoup plus de mansuétude, — • avaient l'intention de rompre la charnière qui relie les forces françaises et anglaises, on peut dire que leur coup a été manqué. Les succès d'abord remportés par eux ont été partout délimités ou circonscrits, et leur avance paraît enrayée, malgré les sacrifices énormes qu'elle a déjà coûtés.
Dimanche soir, l'ennemi avait franchi la Somme sur certains points en amont de Pcronne, et dépassé, au nord de cette
ville, le petit fossé de la Tortille. T>e mouvement de retrait opéré par nos aUiés, sou s une pression terrible, allait donc en s'accentuànt, et le combat se trouvait reporté en arrière de la ligne cariai Crozat-Ham- Péronne-Bapaume-Croisilles, dont, seule, la partie septentrionale n'avait point été entamée. La situation, donc, sans être vraiment inquiétante, pouvait passer pour sérieuse, et il était temps d'aviser.
Le commandement interallié, agissant en parfaite communion d'idées et de programme, a pensé alors qu'une intervention française devenait nécessaire afin d'opérer la diversion opportune, et, aussitôt, une
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Li-COLONEL ROUSSET
lES FAITS
L offensive allemande. — L'ennemi jette ses masses, d'une part vers l'ouest en direction d'Amiens par les routes de Bapaume et de Péronne; de l'autre vers le sud-ouest par la vallée de l'Oise. Monchy-le- Preitx, Bapaume, Le Transloy, Combles, Maurepas, la rive gauche de la Sorrune, de Péronne à Pargny et à Ham, la rive droite de l'Oise. deChauny à Noyon, jalonnent à peu près la ligne de bataille : la lutte est acharnée.
Paris bombardé. — Le communiqué allemand confirme l'entrée en action des canons à longue portée qui lancent aujourd hui 27 obus.
Guerre aérienne. — Les escadrilles britanniques font un nouveau raid sur Mannheim ; au cours de la nuit, elles ont jeté 10 bombes de gros calibre sur les importants chantiers de Konz, immédiatement au sud de Trêves. Dans la zone des combats leur action est incessante de l'aube à la nuit.
L'offensive allemande. — Grâce aux nouvelles divisions lancées dans la bataille, l'ennemi continue à refouler les troupes britanniques qui abandonnent Péronne, Bapaume et Nesle.
Nous évacuons nous-mêmes Noyon dans la nuit.
A la suite de conférences tenues à Londres dans les journées des 23, 24, 25 mars, la décision est prise de faire appel à la coopération des froupes américaines dans la plus large mesure possible : ces troupes combattront encadrées dans les unités britanniques et françaises.
Paris bombardé. — Une des pièces à longue j}ortée, qui tirent sur Paris, éclate et tue un lieutenant et 9 hommes. L'événement sera confirmé le 7 avril par une note officielle.
Une nouvelle incursion de Gothas a été tentée cette nuit, mais l'ennemi a été arrêté par les tirs de barrage avant d'atteindre la capitale.
partie de nos réserves a été engagée dans la région de Noyon, où elle a pris la lutte à son compte. Un combat acharné se développe sur les hauteurs de la rive droite de l'Oise, que des forces allemandes importantes essayent d'escalader. Son issue n'est pas encore connue. Mais la force des positions et la valeur des troupes nous permettent d'envisager celle-ci avec confiance et espoir. Au reste, l'effet de ce coup de revers n'a pas tardé à se faire sentir. Le front britannique a repris une fermeté telle qu'aucune attaque ennemie n'a pu abou-
tir depuis dimanche, et que les éléments qui avaient franchi la Somme ont dû la repasser. Or, tout cela, on le conçoit, ne va pas sans pertes considérables pour l'assaillant, qui se meut par masses épaisses, et dont les troupes de renfort sont soumises, de la part de l'aviation anglaise, à un traitement plutôt dur. Je veux bien qu'il possède, grâce à ces messieurs de Petrograd, des réservoirs copieusement garnis. Mais ceux-ci ne sont point inépuisables, et à continuer longtemps ce jeu meurtrier, ils finiront bien par se tarir.