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TENONS FERME

Quel que soit le théâtre des opérations, quelle que soit l'époque à laquelle elles sont engagées, le système allemand ne varie pas. Il se résume en ceci : monter aussi solidement que possible une entreprise grandiose et puissante, frapper sur un point déterminé comme avec une catapulte, et continuer, sans se préoccuper de la casse, jusqu'à épuisement complet. Ainsi a débuté la guerre, dont la manœuvre initiale nécessita l'envahissement dangereux de la Belgique. Ainsi, elle s'est continuée lors de la grande offensive de 191 6 sur la Dunajec. Ainsi encore elle tire aujourd'hui sur ses fins.

Une telle stratégie, qui est en somme assez simpliste, peut parfois réussir ; mais

Mars.)

il arrive aussi qu'elle échoue, et alors elle entraîne des rétiexes fort graves. Je citerai à l'appui de mon dire la Marne et Verdun. Qu'arrive-t-il, en effet, si le but d'écrasement cherché n'est pas atteint dans un délai assez court? La masse jetée ainsi dans la fournaise y fond peu à peu, se disloque, se décourage, et risque de devenir la proie d'un adversaire qui, lui, n'a ni prodigué ses forces, ni dépensé aveuglément ses moyens.

Les Allemands foncent sur le front anglais comme des tavireaux que le picador a lardés de banderilles. On leur a dit qu'ils faisaient en ce moment l'effort suprême, et c'est la vérité. Mais cet effort, il faut lui donner comme sanction la victoire

Li-COLONEL ROUSSET

lES FAirs

L'offensive allemande. — Tandis que les armées du prince Ruprecht continuent à marcher en direction d'Amiens par la route de Bapaume à Albert, par la vallée de la Somme et par la route Nesles-Chaulnes, le général von Hutier se jette sur les troupes françaises qui, de Roye à Noyon. prolongent le front britannique.

Des combats acharnés se livrent sur la ligne jalonnée par Albert, Bray- sur -Somme, Chaulnes, Roye, Noyon. Les alliés disputent le terrain pied à pied, sans pouvoir cependant empêcher l'ennemi de progresser.

A la fin de la journée, les forces britanniques évacuent Bray-sur-Somme et nous nous établissons nousmêmes sur la ligne Lihons, Echelle- Saint- Aur in, Beuvraignes, nord de Lassigny, abords sud de Noyon.

La paix roumaine. — Les clauses générales du traité sont signées aujourd'hui. Elles seront complétées par des conventions de détail.

complète, sous peine d'aboutir à une sorte de cachexisme incurable. J'entends bien que sur cette victoire on comptait fermement dans le camp ennemi, tellement que, pour l'achever, des forces de cavalerie, qui d'ailleurs se sont cassé le nez, avaient été portées en première ligne, ce qui accuse surabondamment le caractère schématique' et préconçu de la combinaison. Mais les résultats répondent-ils à ces larges espérances? Nullement, je ne crains pas de l'affirmer.

Sans doute, sous la pression formidable qu'ils subissaient, nos alliés ont dû reculer assez sensiblement dans la direction d'Amiens, et abandonner Nesle et Bapaume.

Nous-mêmes, après être arrivés à la rescousse, nous avons évacué Noyon. Et ces fâcheux événements prouvent seulement une chose, à savoir que, libérés à l'est par la trahison russe, les Allemands ont accumulé à l'ouest des masses redoutables avec lesquelles ils ont fait bloc. Mais de quelles pertes, irréparables aujourd'hui, payent-ils cette avance? Voilà ce qu'ils ne confessent point, et qui doit cependant les préoccuper pour l'avenir.

Ils s'en préoccupent en effet, et sont visiblement émus de la résistance qu'ils rencontrent. Le Berliner Tageblatt, opérant une retraite verbale, déclare qu'il

L'offensive allemande. — La lutte continue très violente. En suivant le front de bataille du nord au sud, on voit les armées allemande et britannique aux prises à Bucquoy et à Ablainzeville, sur la route d'Arras à Albert ; au débouché ouest d'Albert; à Chipilly sur la Somme, à Rozières-en-Santerre. En même temps l'armée von Hutier reprend ses attaques furieuses contre nos troupes, dans la direction Roye-Montdidier. Son but est évidemment de nou rejeter Vers le sud en nous séparant de nos alliés.

Cet objecif n'est pas atteint, mais nous sommes cependant obligés, après une lutte farouche, de nous replier sur les hauteurs à l'ouest de Montdidier.

Reims. — Le gouvernement français, dans une note officielle, déclare une fois de plus que la cathédrale n'a jamais été utilisée pour des buts militaires.

Mésopotamie. — Importante victoire du général Marshall à Bagdadieh.

ne s'agit pas de nous écraser, mais seulement << d'affaiblir nos moyens de lutte ». Ce serait vraiment employer des moyens bien disproportionnés à un aussi mince objectif. Il ajoute qiie les décisions de l'État-majorallemanddépendront de l'attitude de l'adversaire, ce qui est proprement une calinotade. Enfin, il se perd dans des comparaisons poncives et falotes, pour indiquer que, par cette gigantesque bataille, la plus formidable de tous les temps, on ne cherche qu'à nous ébranler. Et voilà. un mensonge, derrière lequel il cherche à masquer d'assez graves déceptions.

Que la situation soit sérieuse, très sérieuse même, il serait puéril de le nier. Mais nous en avons connu d'autres plus angoissantes, dont nous ont sortis l'esprit de décision montré par certains grands chefs et la valeur déployée par nos soldats sans jamais compter. Ni l'un ni l'autre n'ont faibli. A un système percé à jour, on opposera les mêmes ressources de l'intelligence et du cœur. Ainsi donc, tenons ferme à l'arrière, comme nos poilus sur la rive gauche de l'Oise. Et ne nous faisons pas faute de croire qu'un jour viendra où l'ennemi, ayant amoncelé ses cadavres sur des routes pied à pied conquises, devra probablement s'arrêter hors d'haleine, et décidément à court d'organes propulseurs.

U -COI r y ri PCUSSET

LA nUUR-'E AU JOUR LE JOUR

(Cl. Ministry of Information.)

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