LA BATAILLE A REPRIS AVEC ACHARNEMENT
(31 Mars.)
La bataille, qui vendredi s'était assez exaspérée. Depuis Lassigny jusqu'à Mosensiblement ralentie sur le front de l'Oise, reuil, sur un front de soixante kilomètres, a repris dans la nuit, avec une violence une lutte furieuse s'est engagée dont les
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Carte de la région Plessis-de-I^oye et du Piémont, théâtre des rudes contre-attaques de nos troupes qui contiennent la poussée ennemie.
Ll-COLONEL ROUSSET
péripéties émouvantes relatées au communiqué ne peuvent être lues sans émotion. La mâle résolution des nôtres a eu finalement raison de l'obstination furieuse de l'ennemi qui, arrêté par nos feux ou rejeté par les contre-attaques déterminées de nos héroïques troupiers, n'a pas réussi, malgré les plus grands sacrifices d'hommes, à gagner un pouce de terrain.
Le kronprinz veut décidément forcer la victoire, qui se refuse jusqu'ici à ses entreprises brutales. Le voici, en tout cas, engagé dans une action de flanc qui l'oblige à abandonner son objectif primordial, lequel était Amiens. Ses troupes forment un angle aigu avec celles de von Gallwitz, déployées depuis l'Avre jusqu'à la Somme et même au delà vers Albert. Situation assez singulière, et qui pourrait devenir fort dangereuse, si ce crochet défensif finissait par être brisé.
Sur le front anglais, la situation ne s'est que très insensiblement modifiée. Nos alliés, à la vérité, ont dû se replier légèrerement au sud de la Somme. Mais au nord, toutes les positions sont conservées, avec même quelques légers gains. Et, à l'est d'Albert, les Allemands, qui voulaient enlever la crête de Vimy pour dominer Arras, ont essuyé un échec sensible qui a dû leur être fort onéreux.
Ils ne sont point encore à court d'hommes, c'est entendu. Mais après neuf jours d'une telle bataille, il est impossible que
leurs troupes ne soient pas fatiguées. Le système qu'ils emploient, de jeter dans la fourrxaise toutes les forces dont ils disposent et au moment où ils en disposent, peut être comparé à' celui de leurs lointains ancêtres, les Teutons et les Cimbres, quand ils se ruaient en avalanche sur les armées de Marius. Mais, comme alors, l'art peut encore triompher de la force aveugle, et ruiner des projets qui ne reposent que sur la brutalité du choc. Les coups de massue ont forcément une intensité décroissante, et l'on a beaucoup à craindre lorsque, pour une raison ou pour une autre, les-premiers n'ont pu tout briser.
Cela est si vrai que la presse allemande presque entière se préoccupe surtout, en ce moment, de l'intervention inévitable de nos armées de manœuvre où elle voit « le nœud du problème stratégique actuel ». Foch l'inquiète avec son attitude de sphinx. Où est- il? Que sait-il? Que veut-il et peutil faire? Telles sont les questions qu'on se pose avec anxiété de l'autre côté du Rhin et auxquelles ni Ludendorff ni les augures patentés n'osent répondre. Le vainqueur de Fère-Champenoise et de l'Yser, investi aujourd'hui du commandement supérieur, et réalisant l'unité de commandement tant désirée, devient pour l'ennemi un épouvantail. Un journal a beau écrire : « Pour nous, le seul problème est de frapper et d'anéantir les Anglais ! » il sent au fond de lui-même combien est gênante l'obli-
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Secteur de Grivesnes, où les combats ne furent pas moins acharnés qu'à Plessisde-Roye pour aboutir finalement à l'arrêt de l'adversaire.
Le 31 mars 1918
Le dimanche de Pâques fat une journée épique au village comme au château du Grivesnes, d'où nos soldats réussirent, par des prodiges d'héroïsme, à chasser V ennemi qui s'y était installé la veille. Le général von Hutier n'accepta pas cet échec et fi\
château de Grîvesnes
^nnfnilr^i^ '"^P^r^!"}^ 9« *' '«"P«. en cinq assauts successifs, contre la position, nli» r * ". '^^'^.^'•^ division se brisa contre nos baïonnettes. Les capotes Prises amoncelèrent sur le sol et l'ennemi épuisé renonça, sur ce point, à un nouvel tf/Trî
Lt-COLONFL ROUSSET
gation de faire face, au sud-ouest, contre nos propres troupes et l'arrêt qu'elle impose à la ruée sur Amiens. Il n'y a plus là d'Anglais ni de Français. Il' n'y a plus qu'une armée unique, combattant en complète et intime uniofi.
C'est d'ailleurs ce que la Gazette de Voss,
plus raisonnable et prudente, laisse entendre clairement par ces mots : « Nul ne peut prévoir encore comment les Franco- Anglais emploieront la forte armée d'opérations de Foch. » Non ! Nul ne peut le prévoir, et voilà précisément par où le bât blesse les Allemands.