UN ÉCHEC SANGLANT
d'-'- Avril.)
Le kronprinz devra décidément faire son deuil des visées prétentieuses qui le hantaient. La trouée de l'Oise lui est fermée, et quelque effort qu'il ait pu faire pour la tourner à l'ouest de Montdidier, nos admirables troupes lui ont opposé une muraille infranchissable. Le voici définitivement chassé de Moreuil, où s'est déroulée une lutte furieuse. Le voici qui recule également du côté de Lassigny, jusqu'à Canny-sur-Matz. Il perd des hommes en quantité énorme. Il perd aussi des prisonniers. Jusqu'à quand pourra-t-il répéter ses assauts stériles? Certes, l'entêtement est le moindre de ses défauts. Mais quand la matière manque, il faut bien s'arrêter, sous peine de s'exposer à des désastres irréparables. Les souvenirs de Verdun doivent commencer à le hanter.
La prise de Moreuil a été effectuée par des troupes franco-anglaises, confondues
dans les mêmes rangs. Après l'unité de direction, l'amalgame. Quels progrès accomplis, en peu de jours, sous le fouet de la nécessité ! Maintenant, l'ère des discussions est close, et l'heure a sonné des réalisations. Les alliés combattent comme s'ils ne formaient qu'une seule armée : ils n'ont plus qu'une tête et qu'une âme. Au reste, ils ont déjà recueilli les bénéfices de cette unité tant souhaitée, car la relève de certaines forces britanniques épuisées par une lutte longue et pénible a pu se faire sans encombre, bien que ce soit là une des opérations les plus difficiles qui soient.
Quant au kronprinz, dont l'intention primitive était de s'ouvrir la vallée de l'Oise, et le but postérieur d'empêcher, par une série de violents assauts, l'intervention de nos réserves dans le flanc des colonnes allemandes, il a échoué partout. Il est maintenant pris lui-même
(Cl. Sect. phot. de l'Armée.)
Dans l'Oise : Batterie française de canons lourds en pleine action.
Lt-COLONFL ROUSSET
dans l'engrenage, et peut-être aura-t-il de la peine à s'en tirer sans accrocs. Foch et Pétain sont pour lui de redoutables adversaires. S'il ne connaît pas encore le premier, il s'est déjà mesuré avec le second, et il n'a pas été le plus fort. Je ne crois pas qu'il soit en posture de prendre encore sa revanche cette fois-ci. Pendant ce temps, les Anglais maintiennent devant eux les armées de ^von Marwitz et même les refoulent légèrement sur certains points. Des villages pris et repris, des points d'appui qui cèdent mo-
mentanément, rien de tout cela ne constitue de changement essentiel dans la situation générale. En somme, l'ennemi, bloqué au sud, et peut-être près de reculer, ne gague plus aucune avance vers Amiens. Mais son dispositif est tel qu'une défaite du kronprinz mettrait toutes ses forces en désordre, car, ainsi que je l'écrivais hier, celui-ci tourne le dos aux autres masses allemandes engagées dans la direction de l'ouest. N'ayons crainte. L'œil perçant de Foch sonde l'horizon.