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LA LUTTE POUR AMIENS CONTINUE

(2 Avril.)

Après avoir soufflé quelques heures, les Allemands ont recommencé leurs attaques forcenées. J'avoue qu'une certaine confusion règne dans les nouvelles successives qui nous arrivent de la bataille, et il ne saurait en être autrement, étant donné l'énorme amplitude du front que la lutte embrasse. D'inévitables vaet-vient se succèdent, qui rendent la situation difficile à définir. Celle-ci, cependant, ne se modifie pas dans le sens que les prodigieux efforts de l'ennemi auraient pu faire craindre. L'avance des Allemands est lente, difficile et fragmentaire. Le terrain continue de leur être disputé pied à pied, et de telle sorte que

les progrès sont à peu près compensés.

D'abord, le village de Hangard-en- Santerre, si ardemment disputé, et où l'ennemi essayait de pratiquer une trouée pour gagner la voie ferrée d'Amiens à Paris, a été repris, après une lutte opiniâtre dans laquelle « nos alliés ont fait preuve d'un mordant irrésistible ». Il en avait été de même, un peu avant, du bourg de Moreuil, Par contre, les contingents du kronprinz sont parvenus à franchir le Don, au nord de Montdidier, mais le point de Grivesnes, sur la route de Montdidier à Amiens par Ailly-sur-Noye, nous est resté, en dépit d'assauts réitérés et fort coûteux. Il est permis de penser que la poussée

(Cl. Ministry of Intormatlon.)

Régiment français formant la haie au passage de l'artillerie anglaise.

Lt-COLONEL RÛUSSET

31 MARS (suite)

LE 5 FAITS

La situation commence à séclaircir: le général Pétain, les généraux Fayplle, Debeney, Humbert, relié, d Ambly, et les troupes sous leurs ordres ont arrêté la ruée allemande; les routes de Paris et les avenues d'Amiens sont barrées.

Le 25 mars, le général Pétain adressait aux combattants ce vibrant appel : «L'ennemi s' est ruésurnous dans un suprême effort ; il veut nous séparer des Anglais pour s'ouvrir la route de Paris. Coûte que coûte, il faut l'arrêter. Cramponnez-vous au terrain. Tenez ferme I Les camarades arrivent. Tous réunis, vous vous précipiterez sur l'envahisseur. C'est la bataille l Soldats de la Marne, de TYser et de Verdun, jefaisappe^ à Vous : il s'agit du sort de la France l »

L armée répondit à l'appel; tous les hommes se jetèrent sans compter dans la bataille. Les Allemands ne passèrent pas; le cœur de la France fut bien défendu !

L'offensive allemande. — Après de vains efforts tentés par le général von Marwitz pour élargir ses gains à l'ouest de Hangard-en-Santerre. sur laLuce, après la reprise du village par les Anglais et enfin après l'échec d'assauts réitérés livrés au village de Grivesnes par le général von Hutier, une accalmie générale se produit.

La première grande phase de l'offensive allemande sur le front franco-britannique est terminée, dit un résumé officiel : le front se stabilise, il passe par l'est d'Arras, les anciennes organisations anglaises de la région d'Hébuterne, l'ouest d'Albert, Sailly-le-Sec, Hamel, Marcelcave, Hangard-en-Santerre, les lisières ouest de Moreuil, Broches, Cantigny, le Monchel, Rollot, Orvillers.

Nous avons repris du terrain sur la face sud du saillant allemand Vers Canny-sur-Matz. De là, notre ligne regagne le Piémont, le mont Renaud et l'Oise.

effectuée par nous à l'ouest de Lassigny, dans la région d'Orvillers, fournira un utile contrepoids.

Sur le front anglais, la lutte a également repris devant Albert, où les troupes du prince Ruprecht étaient figées depuis trois jours. Elles n'ont point réparé leur précédent échec. En même tenips, une nouvelle bataille s'engageait su sud de la Somme, entre Lu ce et Avre. Elle dure depuis dimanche sans qu'il soit encore possible de prévoir son issue. Jusqu'à présent, en tout cas, les Allemands n'ont pu faire que des progrès insignifiants, qui leur sont âprement contestés. Et les forces germaniques — que l'on dit maintenant grossies d'Autrichiens et même de Bulgares — continuent à présenter ce dispositif étrange de deux grandes masses combattant l'une face à l'oiiest, l'autre face au

sud-ouest, et formant ainsi une sorte de T renversé.

On peut affirmer qu'il n'a point été voulu par l'État-major allemand, et que, même, il doit quelque peu déranger les combinaisons de celui-ci. Le kronprinz, dont les troupes forment la barre transversale du T, est parfaitement en état de comprendre que, s'il était refoulé, il entraînerait dans sa déroute toute la ligne tenue par von Marwitz, et c'est peutêtre là une des raisons de la frénésie avec laquelle il jette son monde à la boucherie.

Il faut donc que nous nous tenions prêts à subir de nouvelles et puissantes ruées, depuis Lassigny jusqu'à Moreuil.

Mais pourquoi ne seraient-elles pas brisées, comme toutes celles qui se sont succédé depuis plus de huit jours?

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