A PLESSIS-DE-ROYE
1 . L'église du village, où la vaillance de nos troupes arrêta la ruée allemande.
2. Une tranchée ennemie dans le parc après notre brillante contre-offensive.
Li-COIONEL ROUSSET
LES FAITS
L'offensive allemande. — Journée d'accalmie sur l'ensemble du front britannique. Notre communiqué ne signale de son côté qu'une opération de détail au nord de Piémont, au cours de laquelle nos troupes élargissent leurs positions.
Déclaration Czernin. — ^'Quelque temps avant le commencement de notre offensive actuelle sur le front occidental, dit le ministre autrichien, M. Clemenceau m'a fait demander si j'étais prêt à entrer en négociations et sur quelles bases? Je répondis immédiatement, d'accord avec Berlin, que j'étais prêt à ces négociations et que je ne voyais aucun obstacle à la paix, si ce n'est dans les aspirations françaises vers l'Alsace- Lorraine. »
M. Clemenceau, mis au courant de ces affirmations, répond que le comte Czernin a menti.
Paris. — Raid d'avions allemands au cours de la nuit passée : pas de victimes.
L offensive allemande. — Journée d'accalmie comme celle d'hier.
M. Lloyd George et M. Clemenceau se rendent sur le front pour conférer avec les généraux Foch, Pétain, Douglas-Haig, Pershing et Bliss.
Le gouvernement anglais ordonne une enquête sur les conditions dans lesquelles s'est opéré le repli de la 5*^ armée anglaise, pendant les journées des 21 , 22 et 23 mars. Le général Rawlinson remplace le général Gough à la tête de cette armée.
Reims. — Les Allemands ayant affirmé que les Français se servaient « de nouveau » des tours de la cathédrale, dans un but militaire, le colonel Feyler a tenu à s'assurer par lui-même de ce qu'il en était. « J'ai constaté le spectacle de la plus effroyable dévastation , mais rien qui, de près ou de loin, ressemblât à un poste d'observation militaire. Pas un fil de téléphone, pas un débris de carte ou de registre, pas le moindre engin.'>
une paralysie incurable, ne procède en ce moment à l'opération que je viens de dire. Il fait affluer les renforts. Il pousse en avant sa grosse artillerie, dont la voix vient de se faire entendre en quelques points. Il prépare, en un mot, la reprise, qui ne saurait tarder, de ses assauts furibonds.
Mais tandis qu'il se renforce, nous faisons comme lui. Ses réserves viennent de loin ; les nôtres sont presque à pied d'œuvre, et leur bloc principal n'a point été engagé, le général Foch étant un trop scrupuleux observateur du principe de « l'économie des forces » pour entamer prématurément celles qu'il a. C'est d'ailleurs ce dont l'ennemi se doute, et ce que le Lokal Anzeiger ne craint pas d'écrire en toutes lettres, tandis que certains de ses confrères, moins avisés et surtout d'alUire moins franche, essayent de dissimuler, sous des plaisanteries massives, l'inquiétude où les plonge le redoutable inconnu qui se dresse devant eux. Ils qualifient Foch, très gratuitement d'ailleurs, de général sans armée. Même s'ils disaient vrai, ils devraient se souvenir que l'histoire cite des généraux, réputés sans armée, qui ont battu à plate couture des armées sans général.
L'heure de la manœuvre approche, et
l'on sait qu'en toute occasion les Allemands y ont trouvé leur maître. Je veux bien leur concéder la puissance de l'organisation et même certaine supériorité dans l'emploi de la force brutale. Mais la souplesse d'esprit, et ce mens divinior qui perçoit l'enchaînement des faits dans le temps et dans l'espace ne sont point leur fort. Ils montent grandement les affaires, mais ne savent point réparer les lézardes que les circonstances font par- ^fois subir à l'édifice qu'ils ont lentement construit. Moltke lui-même, — je parle de l'ancêtre — en était incapable, comme on l'a vu par deux fois au début de la guerre de 1870. Ses successeurs, qui ne sont que sa monnaie, ont été désarçonnés chaque fois que leur plan primitif subissait le moindre accroc.
Nous n'avons malheureusement pas toujours profité suffisamment de cette incapacité relative. Mais il n'est pas dit q<ie nous ne devions pas en profiter désormais. Le dispositif imposé aux Allemands par la force des circonstances appelle, de la part des Anglais, une résistance opiniâtre et tenace, qui, d'ailleurs, se manifeste très brillamment, et, de notre part à nous, quelque chose de plus mouvementé, si j'ose dire. Mais ici, il faut s'arrêter et - s'en remettre au commandement.
Li-COLONFL ROUSSET
LES FAITS
5 A VF IL
' L'offensive allemande. — L'ennemi tente un puissant effort contre nos positions de la rive gauche de l'Avre, de Grivesnes au sud, jusqu'au confluent de laLuce au nord. Ces positions couvrent les approches de la grande ligne de chemin de fer Paris, Amiens, Calais^ qui suit la vallée de la Noyé, à quelques kilomètres à l'ouest de notre front et les Allemands sont prêts à tous les sacrifices pour arriver à cette artère vitale
Quinze divisions dont sept de troupes fraîches sont jetées dans la lutte, mais nos troupes disputent le ter^ rain pied à pied et multiplient leurs contre-attaques.
A la fin de la journée, l'ennemi tient les villages de Castel, de Morisel, de Mailly-Raineval et le bois de r Arrière-Cour; mais nous gardons les crêtes dominantes à l'ouest. Grivesnes a résisté à tous les assauts.
Entre la Luce et la Somme, les troupes britanniques, attaquées aussi par des forces considérables, marquent un léger repli à l'ouest du Hamel.
L'offensive allemande. — La bataille a continué pendant la nuit sur la rive gauche de l'Avre, mais les efforts de l'ennemi sont brisés. Nos troupes reprennent le bois de l'Arrière-Cour et reportent leur ligne aux abords ouest de Mailly-Raineval et de Cantigny. Au sud-est de Grivesnes la ferme de Saint- Aignan est enlevée.
Entre Montdidier et Noyon, deux offensives locales nous donnent le bois de l'Epinette, au nord d'Orvillers- Sorel et élargissent nos positions au mont Renaud.
Entre l'Avre et la Somme, nos alliés anglais sont obligés de céder un peu de terrain à l'est de Villers- Bretonneux, mais au nord de la Somme, ils repoussent toutes les attaques des Allemands qui ont étendu leur action jusqu'à Bucquoy, à 25 kilomètres de la rivière et qui engagent des forces considérables pour s'emparer des hauteurs de la rive droite de l'Ancre, versBouzincourt, Mailly-Maillet et Colincamp.
QUELQUES ATTAQUES LOCALES SEULEMENT (4 Avril.)
Il semble bien que la lutte d'artillerie prémonitoire des nouveaux engagements a commencé. Mardi, la canonnade avait été assez vive, surtout entre Lassigny et Montdidier. Dans le .nuit, elle a augmenté d'intensité à peu près partout, et cette croissance progressive est un fait auquel on ne peut guère se tromper.
On sait que les Allemands, voulant aller vite et espérant nous submerger sous le nombre, avaient laissé en arrière leurs canons lourds, comme en 1914, et s'en étaient remis à leurs « gros bataillons », appuyés seulement de pièces légères qui se déplacent facilement, du soin de tout enfoncer. La prévision ne s'étant pas réalisée et le coût de cette opération hasardeuse ayant été fort élevé, il a fallu s'y prendre autrement. On a donc stoppé et poussé en avant le gros matériel.
Surpris nous-mêmes par la rapidité et l'amplitude du premier bond de l'ennemi, il nous a fallu parer au plus pressé, en quoi d'ailleurs nous avons réussi.
Mais, entre temps, nous faisions avancer aussi les gros calibres. Maintenant que, de chaque côté, l'affaire est faite, le branle-bas ne tardera pas à recommencer.
Quant aux incidents de la journée d'hier, leur impoi"tance est médiocre.
L'ennemi a voulu nous tâter au sud de
Moreuil et au nord de Rollot. Sur le second point, il a été nettement repoussé. Sur l'autre, il a légèrement entamé notre première ligne. Dans une bataille aussi gigantesque, ce ne sont pas des épisodes de cette nature qui peuvent influencer en quoi que ce soit les événements en préparation, ni modifier le statu ■ quo. On n'arriverait même pas à s'expliquer, au moment où nous sommes, ces coups de boutoir sporadiques, si l'on ne savait que le kronprinz, toujoufs porté à solliciter le dieu hasard, en qui il a peut-être raison de croire plus qu'en sa propre jugeote, les pratique assez volontiers.
Sur le front anglais, rien à signaler non plus que des escarmouches plus ou moins vives. J'ai expliqué hier que, de ce côté, il n'y avait qu'à tenir, et l'on tient. Le seul fait que les Allemands sont impuissants à corriger le dispositif baroque que la force des choses, leur a infligé, est caractéristique. Il indique un commencement de paralysie manœuvrière consécutif à des efforts désordonnés qui ont manqué le but. Nous ne souffrons heureusement pas du même mal, sans quoi le général Foch n'aurait pas terminé par une phrase aussi confiante la dépêche qu'il adressait avant-hier à M. Orlando.
Lt-COLONEL ROUSSET
(Cl. Sect. phot. de l'Armée.)
Dragons montant aux ligms, sur une route de l'Oise. LA BATAILLE A REPRIS DE MONTDIDIER A LA SOMME
(5 Avril.)
Les journaux allemands accusent en ce moment un certain désarroi. Privés de l'inspiration qui d'ordinaire les oriente, car l'État-major, un peu décontenancé par les événements, a cessé de leur souffler la bonne parole, ils s'égarent en commentaires diffus et parfois contradictoires sur l'échec relatif d'une opération présumée décisive, et dont le coût, jusqu'à présent improductif, produit dans tout le pays une pénible impression.
Quelques-uns crânent, ce qui est pour eux une façon de cacher les craintes qui les assaillent. D'autres, dont l'esprit est plus rassis et la plume moins flottante, reconnaissent que la situation ne se présente par absolument sous le jour qu'on avait espéré. Parmi les premiers, je citerai les Dernières Nouvelles de Munich qui, taillant dans le grand, agitent l'épouvantail d'une triple agression sur Arras, Amiens et Soissons, ce qui, certainement, serait beaucoup à la fois. Parmi les seconds se range la Gazette de Francfort, qui considère comme douteux l'espoir d'une occupation éventuelle d'Amiens. On voit qu'entre les deux catégories de pronostics existe un certain désaccord. Mais ceci ne nous intéresse guère que parCe que le trouble des idées y apparaît nettement.
Il y a autre chose dans l'article de cette même Gazette. Il y a que l'auteur.
abandonnant la thèse soutenue naguère sur les indications mêmes de l'État-major, et qui consistait à dire que l'offensive allemande avait pour but essentiel de ruiner les armées alliées, insinue qu'elle ne vise plus aujourd'hui qu'un objectif purement géographique. « La lutte pour la conquête d'Amiens, dit-il, est aujourd'hui le pivot de la "^grande bataille."» Ainsi, on n'est nullement assuré d'entrer dans la ville ; on en doute même, et on ne s'en cache pas. Cependant, par un singulier renversement qui ne peut provenir que d'une soumission obligatoire à des événements dominateurs, on fait volte-face, et l'on confesse qu'il n'est point d'autre solution que de'se^ ruer sur l'obstacle, si difficilement abordable qu'il soit.
C'est dans cette contradiction quasi inconsciente qu'apparaît surtout, à mon sens, l'embarras allemand. Une masse formidable était partie en guerre pour écraser sous son poids les forces ennemies, ce qui était une cbnc3ption militaire indiscutable, au moins dans son principe. Mai^ cette masse n'ayant rien p u briser, elle va maintenant servir à quoi ? Je vois bien# qu'elle cherche encore, par un nouveau coup de bélier, à prendre Amiens. Et après? Après, nous S3rons gênés, j'en conviens, mais nous demeurerons debout, les Anglais et nous.
Je m3 persuadj que laïcité picarde, quL
Ll-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
7 AVFIL
L'offensive allemande. — Une action nouvelle se dessine sur la rive gauche de l'Oise, vers le saillant que nous occupons au nord de la basse forêt de Coucy, entre Barisis et le sud de Chauny. Notre présence sur ce front est une menace pour le flanc gauche de l'armée Von Hutier ; les Allemands veulent y parer et l'armée Von Bœhn entame une marche en avant.
Anniversaire de l'entrée en guerre des Etats- Unis. — Echange de télégrammes entre les présidents Wilson et Poincaré; message du président Wilson aux troupes américaines en France; cérémonie organiséepar la municipalité de Paris à l'Hôtel de Ville.
M. Clemenceau et le comte Czernin. — M. Clemenceau répliquant à de nouvelles déclarations du ministre autrichien révèle l existence d'une lettre de l'empe reur Charles, datée de mars 1917, dans laquelle l'empereur donnait son adhésion « aux justes revendications de la France sur l' Alsace-Lorraine ^K
L'offensive allemande. — Sur la rive gauche de l Oise nos troupes continuent à se replier vers l'Ailette : notre ligne aujourd'hui part de l'Oise, un peu au nord de Manicamp, descend vers le sud-est en suivant le canal de l Oise à l'Aisne jusqu'à Champs, contourne la basse forêt de Coucy, remonte au nord-est en passant entre Folembray et Coucy-le-Château, entre Verneuil et Coucy -la- Ville et rejoint l'ancien front à hauteur de Fresnes.
Sur le front britannique, les correspondants de guerre signalent F emploi, par les Allemands, de canons anglais, expédiés autrefois en Russie et tombés aux mains de l'ennemi.
En Palestine. — Après avoir, dans la période du 25 mars au \^^ avril, franchi le fourdain et occupé Es-Salt, l'armée Allenby était arrivée devant Ammane, sur la Voie ferrée du Hedjaz; elle s'y heurt M à des troupes allemandes et se repliait sur le Jourdain.
a été jusqu'ici protégée, le sera encore, et par la défense directe, et par la manœuvre qu'organise dans le silence un esprit lucide et résolu. Mais je disque, même si elle devait
succomber, les Allemands auraient une fois de plus manqué leur affaire, et je n'en veux d'autre preuve que l'aveu ingénu de la Gazette de Francfort.