DES COMBATS LOCAUX, ENCORE TOUS TERMINÉS A NOTRE AVANTAGE
(8 Avril.)
Engagés dans une sorte de tenaille dont les branches les enserrent à l'ouest et au sud, les Allemands éprouvent le besoin de prendre un peu de champ et d'espace. C'est là, très visiblement, le but qu'ils se proposaient samedi en attaquant les deux côtés à la fois.
La poussée dirigée contre Mesnil-Saint- Georges et le Monchel, au sud-ouest de Montididier, n'a point donné de résultats, sinon d'augmenter les pertes, qui, de l'aveu des journaux allemands euxmêmes, sont déjà énormes. Celle qui s'est produite du côté du mont Renaud n'a pas été plus heureuse. C'est seulement à gauche de l'Oise, sur la ligne Abbécourtsud de Chauny-Barisis, que l'ennemi a pu nous refouler de notre front d'avant-postes sur les positions principales de défense qui bordent la basse forêt de Coucy. Il a d'ailleurs jugé à propos de ne point se frotter à celles-ci.
D'autres actions, moins importantes, ont été engagées à l'ouest de Noyon et
vers Grivesnes. Elles procèdent des mêmes intentions, mais n'ont pas eu plus de succès. On ne saurait voir en tout cela, au moins jusqu'à plus ample informé, un essai de transport du front d'opérations dans l'est ou le sud-ouest. La ville d'Amiens et le chemin de fer de Paris continuent à être seuls sérieusement visés, c'est-à-dire que, dans leur direction, de nouveaux assauts sont probables. Le reste ne paraît constituer que des tentatives d'élargissement devenues obligatoires par suite de l'extraordinaire resserrement des forces' allemandes dans la poche de Villers-Bretonneux, où des masses formidables doivent se trouver mal à l'aise pour s'y être engouffrées trop goulûment.
Si elles peuvent assez rapidement mouvoir renforts et réserves, grâce à leur concentration même, toute manœuvre un peu large leur demeure interdite faute d'espace. Elles en sont réduites à porter indéfiniment des coups droits, massifs, brutaux, mais qui, tout en coûtant fort
(Cl. Beaufrèie')
Ce qui fut le village de Maitly-Raineval, théâtre de rudes combats.
U-COLONEL ROUSSET
chtr, ne donnent jamais que des bénéfices médiocres. Cette situation gênante, créée par une résistance que les Allemands s'imaginaient avoir brisée dans l'œuf, préoccupe visiblement Hindenburg, et lui a certainement dicté les coups de boutoir relativement excentriques de samedi. Or, je ne le vois pas plus avancé aujourd'hui qu'hier, ni devant les Anglais ni devant nous.
Que maintenant la ruée doive reprendre dans un délai plus ou moins court, ce n'est
pas douteux. Elle sera d'autant plus violente qu'elle devient maintenant l'unique procédé à employer. Seulement, si elle ne donne pas encore cette fois des profits très appréciables — • et l'on peut en douter — ■ l'esprit public s'en affectera grandement en Allemagne. On sait déjà, par les journaux boches, qu'il se montre singulièrement déçu de voir tant tarder l'heure fatidique qu'on lui avait promis de faire sonner à l'horloge du Destin.