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PRESSION ENNEMIE SUR L'AILETTE

(9 Avril.)

Hindenburg prêche la patience. Les journaux officieux de l'État-major allemand annoncent à mots couverts que de grandes actions se préparent dans la boucle de Montdidier-Villers-Bretonneux- Albert, en quoi ils ne nous apprennent rien que nous ne sachions déjà. Il est de toute évidence que l'ennemi n'a pas fait les sacrifices que l'on sait pour s'arrêter à mi-route. Ce n'est ni dans son tempérament, ni conforme aux nécessités auxquelles il obéit. Mais toute cette glose indique suffisamment que l'affaire engagée subit dans son développement des arrêts à la fois désagréables et imprévus.

Il s'est produit, en effet, ces jours-ci, des rencontres quelque peu excentriques, celle de Chauny et de la forêt de Coucy d'abord, qui était peut-être une opéra-

tion de sondage et n'a donné, quoi qu'en disent les Allemands, que des effets dont nous avons su limiter la portée, puis celle de la cote 344, assurément moins explicable et dont le but réel échappe à l'analyse, car Hindenburg n'est certainement pas homme à chausser les bottes éculées du kronprinz.

Je répète que les armées allemandes sont à l'étroit dans l'impasse où elles se trouvent engagées. Elles y étouffent, elles s'y écrasent, elles cherchent à s'en dégager, et poussent devant elles leurs têtes de colonnes, depuis Catigny, au sud, jusqu'à Bucquoy, au nord. Celles-ci n'ont point progressé, au contraire. Mais l'artillerie gronde avec une fureur croissante,, particulièrement sur la rive gauche de l'Oise et sur le front britannique. Son

(CI. Section phot. de l'Armée.)

Le mont Renaud, que la vaillance de nos troupes a gardé dans nos lignes.

Lt-COLONEL ROUSSET

Le rôle de l'aviatioî

Grâce à la maîtrise des airs que nous avons conservée, les offensives allemandes n pas atteint Uur but. A une heure critique, quand les renforts terrestres ne pouva atteindre la brèche où s'engouffrait l'ennemi, Pétain lança ses combattants ailés et

klliée dans la bataille

iscadrilles firent la soudure. On voit ici l'activité de l'aviation britannique durant l'attaque du 9 avril. Ses essaims survolent les derrières de l'ennemi, font sauter les ponts, coupent le ravitaillement, et désorganisent la ruée qui devait tout anéantir.

Lt-COLONEL ROUSSET

fracas s'étend même jusqu'au delà de Lens, vers le canal de la Bassée et Armentières. L'ennemi a-t-il pu, à la faveur de ces trois journées d'accalmie, faire filer des réserves vers le nord, afin de monter encore une de ces opérations débordantes dont il redevient friand lorsque les attaques frontales ne lui réussissent pas? C'est possible. Mais alors, de telles variations dans l'assiette préalablement établie d'une bataille aussi gigantesque seraient l'ii dice d'un grand désarroi. Il faut, c'est eatendu, s'attendre à tout et être prêt à tout. Je suis per.suadé que c'est le cas des alliés, et je reste convaincu que ceux-ci ont plus d'avantage à soutenir la lutte contre un ennemi dilué qui

tâtonne, que contre des masses compactes jetées aveuglément, sans souci de la casse, contre une portion déterminée du front, qui risque de fléchir sous le choc. Il est vrai que, dans ce dernier cas, on peut prendre ensuite dans un étau les troupes qui ont passé. Mais la brèche n'en est pas moins faite, et, à moins de riposte immédiate, il arrive parfois qu'elle s'élargit un peu trop.

Des événements prochains nous apprendront ce que l'État-major allemand a mijoté pendant ces journées de calme relatif. Sachons du moins que, quelles que soient ses intentions et quoi qu'il ait pu faire, il n'a ni détruit ni même restreint nulle part notre liberté d'action

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