LA MANŒUVRE D'HINDENBURG
(13 Avril.)
Cette fois, il n'y a point à s'y tromper. Hindenburg demande à la puissance impérative de la manœuvre la solution qui lui a échappé jusqu'ici. Il en a les moyens. Il dispose de troupes nombreuses entraînées au mouvement, et qui peuvent, le cas échéant, être transportées rapidement d'un point à un autre
par des voies diverses. Il en use avec une terrifiante prodigalité.
Sachant que les objectifs purement géographiques finissent toujours, quand on est vainqueur, par vous appartenir, en vertu d'actions réflexes, il les abandonne ou du moins les relègue au second plan, et marche droit au principal rassemblement
Lt-COLONEL ROUSSET
13 AVFIL
LES FAITS
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L'offensive allemande. — L ennemi entame une lutte furieuse d'une part entre Hazebrouck et Bailleul, sur la ligne jalonnée par la lisière orientale de la forêt de Nieppe, les villages de V ieux-Berquin, Merris, Meteren ; de l'autre à l'est de Bailleul contre les posi' tions britanniques de Neuve-Eglise et de Wulverghem.
Le maréchal Douglas-Haig a adressé à ses troupes un ordre du jour où il fait appel à toute leur énergie : « Beaucoup d'entre Vous sont aujourd'hui fatigués, à ceux-là je dirai: la victoire sera du côté de celui qui tiendra le plus longtemps. L'armée française se porte rapidement à notre aide en forces considérables. Combattre jusqu'au bout est notre seul devoir. Nous devons tenir chaque position jusqu'au dernier homme ».
Les Anglais répondent à ce vibrant appel et repoussent les assauts sans cesse répétés de l ennemi qui, subit des pertes considérables
de l'un de ses adversaires, qu'il espère mettre hors de cause, pour se retourner ensuite contre l'autre. On ne peut, sans injustice, nier que cette façon de comprendre la guerre soit l'application directe et objective des principes éternels.
Mais il arrive parfois que là même où la conception est indiscutable, l'exécution pèche par quelque côté, et c'est, je crois, ici le cas. En étendant démesurément son action vers le nord, le commandant en chef, peut-être sans en avoir entière conscience, a cédé à cette force impulsive et en quelque sorte atavique qui l'attire, comme les autres, vers les flancs de son adversaire, et réduit la stratégie et la tactique à de simples affaires de débordement. «Pourquoi s'acharner à tourner une aile? » disait Napoléon, après avoir démontré par de nombreux exemples que ce qu'il appelait « l'événement )> peut se produire n'importe où.
Hindenburg a donc cherché à tourner l'aile gauche des Anglais, et il n'y a pas réussi. Premier point. Une bataille frontale indécise se livre entre la Lys et le canal Ypres-Comines.
Au sud de la Lys, la situation est plus confuse mais plus préoccupante aussi.
Là, l'armée de von Quast a pu déborder Béthune par le nord, et pousser son aile gauche jusqu'à Merville, dans la
L'offensive allemande. — L'ennemi renouvelle vainement ses attaques sur les positions britanniques à l'ouest et à l'est de Bailleul. Une lutte extrêmement violente se déroule, avec des alternatives diverses autour de Neuve-Eglise.
Bataillons russes. — Un décret du gouvernement français porte création, pour la durée de la guerre, de 4 bataillons étrangers formant corps et composés de Volontaires russes. L'exposé des motifs déclare que, d'accord avec ses alliés, la France n'a reconnu ni les prétendus gouvernements russes qui viennent de traiter avec les puissances centrales, ni la paix conclue par ces gouvernements. La France est donc en droit d'autoriser les nationaux russes, qui désirent continuer à servir la cause commune des puissances de l'Entente, à combattre à côté des soldats de ces puissances. Les volontaires feront partie des forces militaires françaises.
direction d'Hazebrouck. Elle paraît avoir franchi la rivière, puis refoulé les Anglais au delà de Steenwerck. Le danger n'est donc pas niable, parce qu'une coupure peut se faire entre les forces britanniques postées des deux côtés du canal de la Bassée. Mais aussi, en s'enfonçant de la sorte dans ce corridor, l'ennemi prête son flanc gauche à des contre-attaques venant du sud, et si quelqu'une se déclenchait tout à coup, il pourrait regretter d'avoir tant poussé, à l'intérieur, son aile marchante, qu'il voulait, en réalité, faire avancer par l'extérieur.
Ceci revient à dire que les Allemands s'étant décidés à manœuvrer, il faut les payer de la même monnaie. Est-ce impossible? J'aime à supposer que non, car tout se résume en une question de réserves. L'essentiel est de faire arriver celles-ci à temps et, conséquemment, il faut les presser. Une bataille parallèle et linéaire peut rester indécise, quand à la furie offensive de l'assaillant est opposée une ténacité contraire. Une bataille articulée comme celle-ci doit avoir une issue plus décisive. Et cette issue dépend beaucoup moins des fluctuations plus ou moins accusées de la lutte que du coup d'assommoir final. Je me refuse à croire que les Anglais et nous soyons incapables de le frapper.
U-COLONEL ROUSSET
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9 Avril •••••
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Carte marquant les résultats de la seconde offensive allemande.
U-COLONEL ROUSSET
(Cl. Section phot. de l'Armée.)
Artilleurs français devant les ruines du château de Moreuil.