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LEUR NOUVELLE LIGNE

(19 Avril.)

Ayant jeté dans la bataille des forces nouvelles à dose massive, le commandement allemand a fini par réoccuper, mercredi, Meteren et Wytschaete, que ses troupes avaient perdu la veille. C'est tout. On peut cependant être assuré qu'il visait plus haut et plus loin. Hazebrouck et le mont des Cats étaient ses objectifs désignés. Il n'a pu atteindre ni l'un ni l'autre de ces points.

On ne saurait nier cependant qu'il a obtenu un résultat indirect. La prise de Wytschaete mettait en posture assez délicate les éléments britanniques qui occupaient en pointe, à l'est d'Ypres, le triangle Passchendaele-Zonnebeke-Zillebeke, théâtre, l'an dernier, de tant de glorieux combats. On a donc évacué cette région par

ordre, pour se replier sur le canal de l'Yser. Ce repli, exécuté de plein gré et en si bon ordre que les Allemands, quand ils ont voulu l'activer, se sont vus forcés tout de suite de battre en retraite, permet de renforcer, comme c'est devenu indispensable, l'aile gauche britannique, entre Ypres et Poperinghe. Il est clair, en effet, que si l'ennemi réussissait à opérer une trouée dans le nord de Wytschaete, tout le front, jusqu'à Hazebrouck, covirrait chance d'être pris à revers. C'est donc là le point sensible. Il est heureuseinent défendu par des troupes valeureuses et par une série de crêtes se prêtant assez bien à la résistance pied à pied.

Que signifie maintenant l'attaque dirigée beaucoup plus au nord contre l'armée

(Cl. Section phot. de l'Armée.)

Régiment français de renfort dans les Flandres.

Lt-COLONEL ROUSSF.T

belge, du côté de la forêt d'Houthulst? Si les Allemands avaient réellement l'intention de prolonger la lutte jusqu'à la mer, nous n'aurions pas à nous en effaroucher ; mais je doute qu'ils y songent, et je ne saurais voir en cette affaire, au moins jusqu'à plus ample informé, qu'une sorte de coup de sonde, d'ailleurs improductif, sinon pour les Belges, qui ont brillamment pris le dessus et fait plus de six cents prisonniers.

A l'ouest, l'ennemi n'a pas réussi, même en employant des moyens puissants, à s'engager plus avant dans la direction d'Aire, d'Hazebrouck et de Lillers. Les forces franco-anglaises l'ont contenu par-

tout, et il est impossible que ces assauts directs, par cela même qu'ils n'ont pas abouti, ne lui aient été extrêmement onéreux. Pendant ce temps, des bataillons français amélioraient sensiblement, par une action bien menée, le système de défense d'Amiens sur les rives de l'Avre.

Au total, la situation peut se traduire en deux rnots ; stabilité du front, depuis la forêt de Nieppe jusqu'à l'est de Bailleul, consolidation en partie effectuée du seul point qui présente une fixité moindre, celui de Wytschaete; enfin, renforcement de sa position devant Amiens. S'il n'y a pas là de quoi nous réjouir extrêmement, il y a au moins de quoi nous rassurer.

LES ALLEMANDS N'AVANCENT PAS (20 Avril.)

Eh bien, non! Quoi qu'ils fassent, les Allemands n'avancent pas. Leurs divisions fraîches fondent dans la bataille, comme l'étain dans un creuset. Les cadavres s'amoncellent dans les plaines désolées de l'Artois et de la Flandre. La vague, renforcée par les afflux du large, roule sens discontinuer vers des obstacles incoercibles ses volutes monstrueuses qui, déferlant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, s'affaissent sur elles-mêmes dans des amas de chair et de sang. Un jour, le flot déborde au nord, où une retraite prudente lui arrache sa proie et lui oppose

ensuite une digue plus fortement constituée. Le lendemain, il se pi"écipite vers le sud, avec une fureur redoublée. Et, làbas comme ici, il vient se briser sur des murailles humaines, impassibles comme l'airain.

Telle est, présentement, la physionomie de cette lutte féroce, la plus formidable de tous les temps. D'inévitables à-coups la ponctuent, çà et là, qu'il est à peu près impossible de suivre dans leur évolution continue. Des fissures sont bouchées, quand c'est nécessaire, par un commandement dont .l'attention.

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L.es abords de Bailleul avec le mont de Lille et le Pavelsberg.

Â.t-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

L ofïensive allemande. — Journée d'échecs pour l'ennemi, dans le nord et sur l'Avre. Dans le nord, l'attaque menée par 6 divisions allemandes contre les positions britanniques, entre Givenchy et Saint' Venant, coûte des pertes énormes aux assaillants sans leur assurer le moindre avantage.

Sur l'Avre, dans une opération entreprise entre Thennes et Mailly-Raineval pour rectifier et améliorer nos positions, nos troupes progressent sur les deux rives et font 650 prisonniers dont 20 officiers.

La coopération italienne. — M. Orlando, président du Conseil des ministres fait à la Chambre des députés la déclaration suivante. «L'Italie, qui suit avec admiration l'héroïque effort des troupes francoanglaises, ne pouvait pas demeurer absente des champs de bataille de France, et bientôt les drapeaux de régiments italiens flotteront en Picardie et en Flandre, cellant ainsi l'union qui existe entre les peuples. »

L offensive allemande. — Les engagements locaux, signalés sur différents peints du front, n'amènent pas de changement appréciable dans la situation respective des armées en présence.

L armée belge qui, le 17 avril, a victorieusement repoussé les efforts de l'ennemi sur le front Kippe- Langemarck et fait 700 prisonniers, remporte un nouveau succès entre le canal de Paschendaele etGroot- Beverdyck. Le maréchal Haig félicite le général Gillain, chzf d'Etat-major général belge, de la Vaillance et de l'habileté avec lesquelles nos alliés ont maintenu leurs positions.

Lés cheminots français. — Le gouvernement porte à la connaissance du pays la belle attitude du personnel des chemins de fer, des réseaux duNordetde l'Etat et du réseau des armées, au cours des dernières opérations, et souvent dam les circonstances les plus périlleuses.

reste toujours en éveil, et qui songe au plus pressé, en attendant les heures propices. Mais l'ennemi a beau redoubler de violence, d'entêtement et de rage, il n'atteint aucun des buts assignés à son impétuosité.

Sans donc entrer dans des détails que donnent les communiqués avec une clarté :suffisante, je rappellerai seulement que le gros effort dessiné hier sur la ligne ■Givenchy-Saint- Venant a échoué devant la ferme tenue de la 55e division anglaise. Une pointe sur le canal de la Bassée n'a pas mieux réussi. Nous-mêmes avons sensiblement amélioré nos positions aux abords de Moreuil et fait là 650 prisonniers.

Ainsi, les attaques à larges dimensions n'ayant donné, après la première poussée, que des bénéfices insuffisants, les Allemands reviennent à l'alternance. C'est le système adopté à Verdun qui se répète en grand, encore qu'il ait notoirement fait faillite. L'ennemi, au reste.

a, en ce moment, d'autres sujets d'affliction. D'abord, son canon monstre est, je croiS; en butte à des tirs de destruction qui, grâce à l'emploi de méthodes plus sûres que celles dont on avait usé jusqu'ici, paraissent devoir mettre une sourdine à ses lâches ébats. Ensuite, l'incendie de Friedrichshafen a fait de tels dégâts qu'un député boche s'est avisé tout à coup de l'intérêt qu'il y aurait à s'entendre pour arrêter les raids aériens.

Cet homme pratique sait sans doute que son pays est exposé à des représailles plutôt efficaces, et il aimerait assez à les éviter, faute de pouvoir y répondre. Voilà une prudence qui se manifeste un peu tard.

Enfin, la fusion entre les alliés est si complète, que des divisions italiennes vont venir combattre dans nos rangs.

Front unique, commandement unique, accord intime et complet des volontés, réunion, en un faisceau compact, des forces alliées, ce sont là des choses nouvelles pour l'ennemi, qui regrettera sans aucun doute l'éparpillement d'autrefois.

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