IL Y A UN MOIS
(21 Avril.)
Il y a aujourd'hui un mois, exactement, que l'ennemi a entamé sa formidable offensive, « espoir suprême et suprême pensée ». D'après un ordre trouvé •sur le cadavre d'un officier prussien tué
à Hébuterne, il s'était donné comme objectifs «les ports de Boulogne et d'Abbeville », oubliant, dans sa précipitation, que cette dernière ville n'est point baignée par la mer. N'importe. Erreur géogra-
Lt-COLONEL ROUSSET
(Cl. Ministiy of Information )
La ruée allemande sur Béthune a été accompagnée d'un bombardement sauvage. Les deux photographies ci-dessus montrent les dégâts causes dans la jolie ville.
U-COLONEC rousset
LES FAITS
21 AVRB.
Dans le nord et sur la Somme. — L'accalmie qui s'annonçait hier se précise aujourd'hui : les enga- ^emenis locaux deviennent moins nombreux et moins importants. Des deux côtés on procède à des regroupements de forces, à des transports et à des ravitaillements indispensables.
En Woëvre. — Une attaque allemande dans le secteur de Seicheprey fait d'abord reculer légèrement les troupes chargées de la défense, etquise composent de contingents américains mélangés avec les nôtres, mais la situation est presque immédiatement rétablie par d'énergiques contre-attaques auxquelles, les sodats américains prennent une part efficace.
En Irlande. — Le vote du bill des effectifs et du service obligatoire crée une agitation intense à laquelle se mêlent tous les partis: nationalistes, Sinn-Feiners, clergé catholique, unis dans une opposition irréductible contre la loi nouvelle.
Front britannique. — Combats locaux dans le voisinage de Robecq, secteur de la Lys; échec d'une attaque allemande lancée près de Mesnel, au nord d'Albert.
Armée d'Orient. — L'activité de combat s'est maintenue dans tous les secteurs, depuis le coup de main, exécuté le 15 avril par les troupes britanniques et les troupes grecques, sur la rive droite de la Strouma.
Des engagements sérieux ont mis l'ennemi aux prises avec les Italiens dans la boucle de la Cerna, avec les Serbes à Petrenik, et avec les Anglais près du lat Doiran.
Guerre aérienne. — Le baron de Richtoffen, l'as des as allemands, est tué dans un combat aérien. L'agence Wolff lui attribue 80 victoires, mais nos ennemis se montrent beaucoup moins exigeants que nous pour l'homologation des exploits aériens de leurs pilotes populaires.
phique à part, il s'agissait de séparer d'abord les Anglais des Français.
Or, ces trente jours de bataille furieuse, loin de faire coupure entre les alliés, ont au contraire resserré plus étroitement les liens qui les unissent. Ils combattent toujours côte à côte, d'un même élan. Ils obéissent à un même chef, -et le nouveau ministre de la guerre britannique a pu dire avec certitude que, •quelles que soient les faiblesses inhérentes aux coalitions, on n'aurait jamais vu dans l'Histoire une alliance pratiquée avec autant de loyauté et de dévouement que celle qui met en commun les forces des deux puissantes démocraties. Leur entente est cimentée dans le roc, et la résistance qu'elles opposent ensemble à la furie tudesque est à ce point vigoureuse que, pour la troisième fois, Hindenburg est obligé de s'arrêter, afin de reconstituer ses masses disloquées. •Cependant il se vantait d'avoir établi si solidement son plan qu'un échec était presque impossible. Le document déjà <;ité accuse cette orgueilleuse assurance, que les événements viennent encore une fois de démentir.
Tant de forces n'avaient pu 'être mises en branle seulement pour refouler de -quelques kilomètres un adversaire dont -on exploitait par avance l'infériorité numérique. Ce qu'on voulait, c'était le
briser. Seulement, comme on prévoyait qu'il serait encore coriace, on avait préparé en même temps et annoncé des attaques plus ou moins concomitantes en d 'autres secteurs. Elles ne se sont pas produites, pour la raison que la lutte sanglante engagée dans le nord a absorbé tout ce qu'on entendait leur consacrer.
Et c'est encore du côté des Flandres et de l'Artois que l'effort se renouvellera, quand auront été effectuées les réparations nécessaires. La trêve actuelle ne durera pas.
Mais qu'ils essayent de se frayer un chemin dans les plaines de l'Yser, où les inondations leur tendirent naguère de si redoutables embûches, ou qu'ils continuent, comme pendant la dernière semaine, à frapper droit devant eux, depuis BaiUeul jusqu'à Arras, avec des mouvements alternatifs de balancier, les Allemands se heurteront à une opposition de plus en plus solide et très étroitement coordonnée. Etant partout assaillants, ils .doivent forcément s'user plus vite que le défenseur, comme en font foi les pauses successives auxquelles il leur faut consentir, probablement bien malgré eux. Le dernier mot, dans cette rencontre de colosses, appar- ; tiendra à celui qui aura été le meilleur ménager de ses ressources. Et il n'apparaît pas que ce soit l'ennemi.
Li-COLONEL ROUSSET
l 22 AVRIL
LES FAITS
Front britannique. — Le nombre des divisions que l'ennemi ç engagées contre l'armée britannique seule, depuis le début de son offensive, s'élève à 102 Le général von Hutier en a jeté 40, /e 2 1 mars, contre les 14 divisions de la 5^' armée britannique.
Dans leur résistance contre les assauts puissants que les Allemands, grâce à une pareille concentration de troupes, ont pu lancer contre leurs lignes, les Anglais se sont conduits avec une vaillance et une énergie qu'on ne saurait trop admirer.
On ne signale aujourd'hui que des combats locaux.
Le prince Lichnowsky. — L'ambassadeur d'Allemagne à Londres, au moment de la dizlaration de gjerre, a p blié un ménoire,dont les journaux français reprod lisent des extraits, qii établit nettement la responsabilité de l'Allemagne dans le déchaînement de la guerre universelle, et les efforts tentés par sir Edward Grey pour sauvegarder la paix
Attaque de Zeebrugge. — Au cours d'une opération, minutieusement préparée et poursuivie héroïquement à travers des obstacles naturels et artificiels de toutes sortes, une escadre britannique réussit:
1° A embouteiller le canal de Zeebrugge en coulant à l'entrée les deux vieux croiseurs Intrepid et Iphigénia chargés de béton.
2° A ouvrir une brèche de 25 mètres de largeur dans la jetée demi-circulaire qui protège l'entrée du canal. La rupture est produite par l'explosion d'un sousmarin britannique qui vient s'appuyer à la digue.
3° A débarquer à l'extrémité de la digue, malgré un feu terrible, un détachement qui détruit des installations militaires très importantes.
« Je n'hésite pas, dit l'amiral Fournier dans une interview, à considérer cette attaque de Zeebrjige comme le plus beau fait d'arrnes de l'histoire navale de tous les temps et de tous les pays. »