AU NORD D'ALBERT FORTE ATTAQUE LOCALE ; AILLEURS, DES SONDAGES
(23 Avril.)
Les pronostics ne chôment pas sur les directions que peut prendre la future offensive allemande. « Gare à Béthune ! » dit l'un. «Attention à Amiens!» s'écrie l'autre, tandis qu'un troisième, aux vues plus vastes, nous avertit que c'est sur Compiègne que doit fondre le danger. Ils ne peuvent avoir raison tous ensemble, une attaque s'exerçant d'un bloc sur d'aussi vastes espaces étant vouée d'avance à l'impuissance et au désastre, surtout maintenant. Tout ce qu'on peut afi&rmer, c'est qu'un nouvel et grand, assaut se prépare. Mais où et quand se déchaînerat-il ? Voilà ce que nous ne savons pas et ce que, seul, le commandement peut deviner peut-être, grâce à ses investigations constantes et à ses renseignements directs.
LudendoifE fait, j'en conviens, tout son possible pour nous maintenir dans le doute. Le développement intensif qu'il a
donné à la lutte d'artillerie depuis Nieuport jusqu'à l'Oise, et même jusqu'à Vei'dun, n'a point d'autre but. Mais la malice est un peu grosse, et le procédé trop usé.
Quant à ses coups de sonde, ils ne réussissent ni sur le front anglais, ni sur le nôtre, les combats de Robecq, du Mesnil, de Reims, de Seicheprey en font foi. Entre temps, les Britanniques se renforcent, et les Américains arrivent en nombre toujours plus serré. L'ennemi, depuis qu'il a vu ceux-ci à l'œuvre, sait fort bien qu'il n'aura pas à s'en féliciter.
Je n'ajouterai rien aujourd'hui à ce raccourci, pour ne point tomber dans, des redites. Je né doute pas, d'ailleurs, que" les Allemands ne me donnent bientôt l'occasion de m'étendre plus longuement sur leurs faits et gestes, et de constater, une fois de plus, leur impuissance à nous briser.