L'ACCALMIE PERSISTE
(3 Mai.)
Rendons grâce à l'offensive allemande de ce printemps. Elle nous a donné deux avantages inestimables : l'unité du cornmandement, qui assure à la direction toute sa force, et l'amalgame, qui fait des alliés un seul bloc. Je ne crois pas m'aventurer en afi&rmant que c'est là une large compensation des reculs initiaux qu'il a fallu subir, car le gain d'une bataille est indépendant de la conquête plus ou moins pa.ssagère de quelques bandes de terrain. Il récompense toujours celui des deux adversaires qui a su garder le plus longtemps intacte sa puissance matérielle et morale et peut se redresser au moment même où l'on croit lui porter le coup fatal.
Il n'est pas douteux que ce soit à cette cohésion parfaite des forces allemandes que l'ennemi ait dû l'échec de ses violents efforts, étant, bien entendu, mise à part l'indiscutable valeur de ceux à qui il avait affaire. Maniant ses réserves en toute liberté, avec le sang-froid, la prudence et l'art subtil qu'il possède, le généralissime -peut boucher les trous, réparer les brè- •ches, calfater les fissures, sans pour cela lentamer trop profondément le bloc qu'il garde en mains pour les actions ultérieures.
Que l'ennemi frappe en Flandre, en Artois, en Picardie, il rencontre toujours et partout les mêmes obstacles, et ceux-ci sont suffisamment résistants, puisqu'il n'arrive point à les briser. Si bien qu'après chacun de ces assauts, dont le moindre lui coûte fort cher, il est obligé de s'arrêter, puis de changer son fusil d'épaul . S'il ne se ramassait pas sur lui-même, il ne pourrait pas rebondir.
Or, pour des raisons que j'ai déjà dites, il est forcé de poursuivre son offensive. Mais les interruptions que les circonstances infligent à celle-ci deviennent, pour chaque retour en avant, une cause d'affaiblissement progressif, sinon au point de vue des effectifs, lesquels sont encore considérables, du moins à celui de la méthode et de la coordination. Les attaques, en se suivant, se déplacent et, leurs objectifs variant sans cesse, elles perdent de plus en plus le caractère de poussée massive qui les rendait si dangereuses au début.
Nous devons, en tout cas, nous attendre, après cette nouvelle accalmie, à une reprise du mouvement. Rien n'indique encore sa direction, pas même la recrudescence dû feu d'artillerie sur le plateau
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Secteur de Béthune. — Les Allemands attaquent dans la matinée les positions enlevées par les troupes britanniques, sur les pentes du mamelon d'Hinges pendant la nuit du 3 au 4. Après un vif combat, nos alliés repoussent complètement l'ennemi.
En Ukraine. — Les Allemands ont donné des pouvoirs dictatoriaux au général russe Skoropadsky, nommé Hetman, et qui proclame la nécessité pour la République ukrainienne de s appuyer sur l'aide puissante et fidèle des empires centraux. Le mobile immédiat et impérieux du coup de force opéré à Kief, par le maréchal von Eichorn, est de supprimer l'anarchie et de créer un pouvoir qui permette le travail régulier sur les terres, la culture intensive du blé et le transport en Allemagne d'une partie des céréales récoltées. Le maréchal est évidemment soutenu dans cette œuvre par les partis modérés du pays, pour lesquels l'ordre est d'une nécessité absolue.
Sur le front. — Journée calme : les coups de main tentés par l'ennemi dans la région de Hangard-en-Santerre et dans celle de Boyelles,au sud d'Arras, ne sont que des sondages auxquels nous répondons par des opérations analogues.
En Russie. — Le commissaire du peuple pour les Affaires extérieures, Tchitchérine, adresse à l'ambassadeur d'Allemagne une protestation contre la saisie de la flotte russe de la mer Noire par les forces militaires allemandes, saisie Venant après la prise de Sébastopol et l'invasion de la Crimée. Tous ces actes, déclare-t-il, sont en contradiction absolue avec les clauses du traité de paix de Brest-Litovsk..
L'effort de la marine marchande britannique. — Au cours de l'année 1917, elle a transporté 13 millions d'hommes, un million de malades et blessés, deux millions de chevaux et mulets, 25 millions de tonnes de matériel, 100 millions de quintaux de blé, etc.
de Villers-Bretonneux. Mais elle est inévitable. Je ne doute pas une minute qu'il
n'y soit répondu avec la même vigueur que précédemment.