UN SUCCÈS DES NOTRES A VERDUN
(18 Juillet.)
Je suis obligé de me répéter, parce que les événements dont j 'ai à parler se répètent eux-mêmes ; mais il est des répétitions agréables, et qui, je pense, ne déplairont pas à mes lecteurs.
Donc, je constate une fois encore, après beaucoup d'autres, que les Allemands n'ont pu conserver, nulle part, un seul des lambeaux de terrain qu'ils nous avaient enlevés dans leurs contre-attaques furibondes. Oh ! il n'y avait pas lieu, pour eux, d'entonner des chants de triomphe, dont je dois dire d'ailleurs que Ludendorff s'était sagement abstenu. Mais il est toujours désagréable de se laisser entamer si peu que ce soit, et serait-ce seulement à fleur d'épiderme. Question d'amour-propre, plutôt que de diminution ou d'insécurité.
Or, cette question est maintenant réglée,
de façon à faire regretter à l'ennemi ses prodigalités improdjctives. Les attaques lancées par lui hier contre le Téton, ont été brisées comme les autres, en menus morceaux, et elles ne lui ont pas rapporté grand 'chose. Sont-ce les dernières? Je n'en jurerais pas, connaissant le kronprinz pour un entêté incorrigible. Mais c'est, du moins, une des plus meurtrières, et il ne saurait nous déplaire de voir fondre ainsi, l'un après l'autre, les régiments de choix qui payent vraiment un peu cher l'honneur de servir de tremplin aux ambitions du futur Guillaume III.
Devant Verdun, à la cote 304, le fait inverse s'est produit. Je veux dire que nous avons non seulement repris intégralement, en faisant pas mal de prisonniers, les morceaux; de tranchées qui nous avaient
U.COLONEL ROUSSET
été enlevés dans les journées des 28 et 2() juin, mais nos soldats, dont le communiqué signale le « mordant admirable ».
lit sensiblement amélioré leurs positions j)récédentes en enlevant la première et la deuxième ligne allemande. Au total, l'en-
([uc ce ne soit là qu'un commencement.
En Galicie, la bataille est continue et violente, avec des alternatives d'avances et de reculs qui en rendent assez difficile l'examen détaillé.
En vérité, la coalition germanique subit
Sur les pentes de la cote 304 : poste d'observation camouflé et blindé.
no mi a perdu et ce qu'il avait pu prendre ' un peu plus.
Si maintenant nous passons aux autres Ironts, nous constaterons d'abord qu'en Italie, une grande activité d'artillerie se manifeste, et qu'elle est accompagnée d'assez nombreux coups de main à allure de reconnaissances. Il est fort possible
en ce moment une double crise, à la fois politique et militaire, dont elle ne parait pas devoir s'évader de si tôt. A cela Hindenburg, oppose toujours le mirage nn peu estompé de la guerre sous-marine.
« Tarte à la crème ! » répétait le marquis de Molière, lequel n'en fut pas moins berné pour cela.
LUCOLONEL ROUSSET
VERDUN ET KALUSZ
(19 Juillet.)
Le succès remporté mardi par nos soldats sur la rive gauche de la Meuse, bien qu'il soit purement local, a une importance indéniable, en ce qu'il dégage et allège un des points de notre ligne les plus fortement pressés.
On sait que le kronprinz, dont l'entêtement est formidable, n'a pas absolument renoncé à s'emparer de Verdun. Rebuté à l'est, de façon à ne plus pouvoir y revenir, il s'était, depuis quelque temps, rejeté sur l'ouest, encore que la route fût par là plus longue, plus difficile et plus semée d'aspérités. Il se consumait en efforts stériles pour nous déloger de la cote 304, bastion avancé de la défense, et, ne pouvant guère l'aborder de front, il tâchait de la tourner, en avançant par petits bonds vers la route Esnes-Avocourt. Le coup qu'il vient de recevoir l'éloigné terriblement de son objectif, d'autant plus qu'il lui a été impossible de le réparer.
Deux lignes de tranchées perdues, un recul de i 000 mètres sur une longueur (le 2 kilomètres et demi, enfin l'abandon -de 8 officiers et 417 hommes prisonniers, c'est là une tape véritable, et qui compte. Rappelons-nous que c'est en lui en infligeant successivement de pareilles que, l'an dernier, on força l'ennemi à abandonner, pour longtemps, ses projets sur
Verdun. Que maintenant'Ludendorff, dans ses bulletins, cherche à nier celle-ci, c'est un fait caractéristique et dont nous ne nous plaindrons pas, parce qu'il laisse parfaitement deviner le mécontentement désappointé qui règne dans le camp ennemi.
Pendant ce temps, sur le Téton, on se dispute avec acharnement quelques morceaux de tranchées avancées, et, sur If Mont-Haut, nos travailleurs organisent la position malgré le feu violent de l'ennemi, auquel nos pièces tiennent d'ailleurs parfaitement tête. Ce ne sont là, à tout prendre, que des incidents de médiocre gravité. '
Je parlais hier des fluctuations de la bataille russe, qui a pris, en Galicie, de larges dimensions. Elle est malheureusement circonscrite à cette région, ce qui donne aux Austro-Allemands la faculté d'opérer des prélèvements sur les autres, et d'opposer ainsi à l'assaillant une résistance qui devient plus énergique chaque jour. Nos alliés, très fortement pressés devant Kalusz, ont dû abandonner cette ville et se replier sur la rive droite de la Lomnica. Ils tiennent là, évidemment, des positions meilleures que la cuvette où ils étaient entrés. N'ayant pu s'installer sur les hauteurs qui dominent celle-ci à l'ouest, ils ont préféré n'y point rester, du moment
(CI. Beaufrère.)
Prisonniers allemands capturés dans un abri à la cote 304.
U.COLONEL ROUSSET
qu'ils ne tenaient pas la tête de pont. On peut donc admettre que c'est là une manoeuvre et non pas, à proprement parler, un échec. Au reste, Kornilof n'a point cédé de terrain au sud. Au contraire, ayant repris le village de Novitza, qui un moment lui avait été enlevé, il a quelque peu avancé le long de la route de Nadworna, entre l.odziany et Krasna. On voit par là que la
lutte, toujours aussi ardente, n'est nullement influencée par le léger recul qui s'est produit sur le centre russe. Mais il serait à souhaiter que le champ de bataille galicien pût être bientôt désencombré, par quelque action réflexe survenant soit en Volhynie, soit ailleurs, des renforts que les Austro-Allemands y amènent depuis quelque temps en toute facilité.