LES ALLEMANDS RENOUVELLENT SANS SUCCÈS LEURS CONTRE-ATTAQUES
(3 Août.)
Le mauvais temps, qui accompagne fâcheusement presque toutes nos offensives, a, cette fois encore, sensiblement gêné les opérations franco-anglaises pendant la journée de mercredi. Quand la pluie tombe avec cette persistance, les tirs de préparation de l'artillerie deviennent plus difficiles, et leur efficacité diminue sur un terrain détrempé. Je ne parle pas des difficultés qu'éprouvent les troupes à conserver dans leurs attaques l'ordre et la cohésion néessaires. Tout cela exige, en somme, prudence et circonspection.
La contre-attaque est moins malaisée, parce que forcément limitée en étendue et en profondeur. Aussi les Allemands, profitant de notre arrêt obligatoire, se sont-ils empressés de la décbncher, particulièrement sur le front anglais. Et s'ils
ont échoué dans l'ensemble, ce n'est pas faute d'y avoir mis toute l'ardeur possible, ni de s'y être repris à plusieurs fois.
On remarquera, à ce propos, que des faits déjà constatés se répètent avec une parfaite similitude. L'ennemi, écrasé par les projectiles et incapable de tenir sur ses positions ravagées, commence toujours par céder, puis essaye de revenir à la charge. Ce qui s'est passé sur l'Aisne se répète exactement sur l'Yser. Mais le même jeu se répétant, c'est le défenseur qui, finalement, ^doit avoir le dessous, car sa dissociation définitive devient essentiellement une question de munitions et de temps. Seulemant, il faut avoir de la patience, celle-ci étant au moins aussi nécessaire que la force et que la volonté.
Ceux qui, lorsqu'une offensive se dé-
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
3 AOUT (.uite)
Bataille des Flandres. — Une pluie persistant; arrête le développement des opérations. Cependant les troupes britanniques réoccupent Saint-Julien.
L'état-major allemand s'efforce de déprécier la valeur des résultats acquis par l'offensive des alliés; le colonel Repington écrit à ce sujet « il serait bon pour nous de publier une carte des tranchées allemandes; on y verrait que tout le fron ' était un labyrinthe de fils de fer, de tranchées, de redoutes, de bois, de villages et de postes formant une zone fortifiée d'une énorme puissance ».
Sur mer. — Un sous-marin allemand coule le navire anglais Bel ;ian-Prince et prend à son propre bord les marins de l'équipage,mais c'est pour les noyer froidement en s enfonçant sous les pieds da malhzureux cbmconnis sur le pont. On se refuserait à croire possible une pareille infamie si l'Amirauté britannique ne donnait le fait comme authentiquement prouvé.
En Bukovine. — Les troupes austro-hongroises de l'archiduc Joseph et du général Kritek entrent à Czernovitz. Le maréchal Hindenburg annonce ce succès au kaiser en ajoutant : « L Autriche-Hongrieest ainsi délivrée de ses ennemis; je prie très humble ment Votre Majesté de faire pavoiser et tirer des salves en l'honneur de cette victoire. »
En Bukovine méridionale, les Austro-Allemands occupent également Kimpolung.
En Moldavie. — L'armée roumaine est fixée devant le massif de Bérek : le maréchal Mackensen remonte le Sereth à l'est de Focsani et, dans le nord, l'armée du général Kawess progresse rapidement. Un vaste mouvement d'enveloppement se dessine contre nos alliés.
A Petrograd. — M. Kerensky, se jugeant dans l'impossibilité de constituer un gouvernement durable offre sa démission.
chaîne, la voient tout de suite déblayant de vastes étendues de terrain, se préparent des désillusions amères que, malheureusement, ils ne gardent pas toujours pour eux seuls. Avec les engins actuels et la fortification qui les appuie, la lutte est dure ; elle est longue ; elle est parsemée d incidents. Et pour peu que les circonstances atmosphériques se mettent à la traverse, elle peut fort bien subir des temps d'arrêt plus ou moins nombreux, sinon de certains va-et-vient.
De ces derniers, il s'en est produit dès la deuxième journée de bataille. Sous la furieuse réplique des Allemands, nos amis britanniques ont dû abandonner le village de Saint- Julien, qui était en flèche, et reculer légèrement, d'autre part, jusqu'à la lisière ouest de Westhoeck. Ils avaient aussi perdu un peu de terrain vers la voie ferrée, au nord de Roulers, mais il ont tout repris dans la soirée. Ne croyons pas
en avoir fini avec ces petits flux ou reflux, mais soyons assurés qu'aucun d'eux n'est de taille à empêcher les nouveaux bonds en avant, dont l'éventualité plus ou moins prochaine dépend beaucoup plus de l'état de l'atmosphère que des efforts désespérés auxquels se livre l'ennemi pour nous empêcher d'avancer.
Je ne sais maintenant si le contre-coup de ces chaudes affaires se fait dès maintenant sentir du côté du kronprinz, mais on dirait presque qu'il s'annonce. Car, bien que la lutte d'artillerie soit toujours fort vive sur cette partie du front, les attaques, — même celle qui visait hier, pour la troisième fois, les positions conquises par nous au sud du bois d'Avocourt — ont manifestement diminué d'envergure.
Je ne parle pas, bien entendu, des coups de main qu'il faut maintenant considérer comme du pain quotidien.
DES FLANDRES AU CHEMIN DES DAMES (4 Août.)
Les Allemands furieux d'un échec qui en laisse prévoir d'autres au moins aussi graves, s'épuisent en contre-attaques pour le réparer. On devait s'y attendre, et d'ailleurs on s'y était préparé. La preuve en est que, à part quelques morceaux de terrain parfaitement insignifiants, la ligne conquise a été maintenue dans son intégrité, le village de Saint-Julien ayant été repris hier. Sur certains points même.
l'artillerie alliée a réussi, par sa seule supériorité, à enrayer toutes les tentatives de l'ennemi. Et il en a été de même pour celles que celui-ci, en manière de diversion sans doute, a dessinées contre les positions anglaises de l'Artois.
C'est précisément le transfert indispensable de cette artillerie qui, parce que le mauvais temps le rend plus difficile et plus lent, impose un temps d'arrêt à notre
U-COLONEL ROUSSET
•fïensive. Voyons là un de ces accidents auxquels il n'y a d'autres remèdes que la constance et la ténacité.
Pendant ce temps, le kronprinz, que ses malheurs ne rebutent point, se montre toujours aussi acharné à la recherche d'une
Kornilof promu généralissime, ont encore évacué toute la bande de terrain située entre le Dniester et la Podolie, au nordouest de Chotin. La frontière moscovite semble donc entamée. Au surplus, le mouvement rétrograde s'étend vers la gauche
jj . , . (Cl. >> husseau-Flaviens.)
i^ostttons nouvellement conquises par nos alliés sur le front des Flandres.
victoire impossible. Il voudrait nous reprendre le Chemin des Dames, élément capital de tout le système de défense allemand, et s'y brise les dents. Un temps viendra bientôt, je crois, où il devra tempérer ses ardeurs juvéniles. Mais en attendant, il jouit de son reste, tout en y mettant déjà une modération qui semble relative au regard des larges et fougueuses entreprises d'antan.
Malheureusement, sur le front oriental, la retraite russe va en s'accentuant. Les troupes de Tcheremissof, qui remplace
jusqu'à la frontière moldave ; mais nous n'avons sur les événements qui concernent cette région que des renseignements incomplets et vagues.
Il est toutefois un fait certain, c'est que, de l'immense étendue qu'embrasse le théâtre d'opérations russe, à peine la sixième partie est transformée en champ de bataille, et que les Allemands n'ont pas fait un pas en avant sur le reste du front. Il pourrait surgir de là des conséquences inattendues, si l'armée moscovite parvenait un jour à se ressaisir.
Li-COLONEL ROUSSET
L'emplacement de l'église de Bixschoote.
(CI. Polak.)