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LA RETRAITE RUSSE

(5 Août.)

La continuité du mauvais temps entrave les opérations. 11 y a là, malheureusement, un fait contre lequel personne ne peut rien et qu'il faut subir avec résignation. Je ne parlerai donc pas du front occidental, théâtre, en ce moment, d'événements plu'tôt secondaires et dont les communiques nous donnent un aperçu suffisant, sinon pour dire que ces événements nous sont aussi favorables que possible. Mais il faut bien que je parle de l'autre, et j'avoue que c'est sans enthousiasme ni empressement.

La situation, en effet, s'y aggrave rapidement. La Galicie est à peu près entièrement perdue par les Russes, qui ont dû évacuer la rive droite du Zbrucz, affluent du Dniester formant frontière entre l'Autriche et la Russie. En Bukovins, les Austro- Allemands, avançant à la fois par le nord et parle sud, ont occupé Czernowitz, Kimpolung, et atteint, dans les Carpathes boisées, la Bistritza moldave, qui coule à l'est de Dorna-Vatra. Les Russes sont donc re jetés sur leur propre territoire et la porte de la Moldavie est forcée par le nord. Ainsi se trouvent anéantis d'un coup tous les résultats qu'avait obtenus Broussiloff.

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir l'importance de cette pénible aven-

ture, et nier les conséquences qu'elle peut entraîner. L'armée russo-roumaine de Moldavie est maintenant découverte sur son flanc droit et peut-être sera-t-elle contrainte à la retraite. J'entends bien que tout n'est pas perdu, et qu'un ressaut vigoureux des troupes russes pourrait sinon rétablir les affaires dans leur intégrité, au moins endiguer et contenir le flot qui menace d'inonder des provinces extrêmement riches. Mais ce ressaut se fait bien attendre, et, tandis qu'on se borne à l'annoncer, l'ennemi s'empare des derniers gages que tenait son adversaire en pays autrichien.

Récriminer ne sert à rien et c'est pourquoi je m'abstiendrai de toute réflexion sur la folle entreprise de ceux qui, en dénouant un à un tous les liens de la discipline, seule capable de faire des grands rassemblements d'hommes une force compacte et organisée, se sont persuadés qu'ils pourraient encore se servir d'un instrument aussi fortement ébréché. Ils payent aujourd'hui leur erreur singulièrement cher. , \

Mais il ne faut pas que nous la payions 'aussi. C'est-à-dire que, sur tous les autres' fronts, l'action doit être menée d'autant plus énergiquement que celle de la Russie faiblit davantage. Nous possédons des' forces toujours redoutables, et des réserves

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