‹ La Guerre au jour le jourChapitre 67 sur 360 · IV. · texte numérisé non relu

IV.

U-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Au seuil de la quatrième année de guerre. — Le roi George V échange des télégrammes avec le roi Albert de Belgique et le firésident de la République française, pour affirmer la détermination des alliés à continuer résolument la lutte.

En Russie. — Les membres du gouvernement provisoire et les chefs des principaux partis politiques ^réunis dans une conférence qui s' est prolongée tout: la nuit, ont discuté la s'tuation criée par l'offre de démission de M. Kerensky et se sont efforcés de réaliser l'union incisp(nsable peur sauver la Russie de la défaite et de l'anarchie.

Ils ont été unanimes à reconnaître la nécessité de confier la reconstitution du gouvernement à M. Kerensky qui, seul, a l'autorité nécessaire pour réussir dans cette tâche. Celui-ci accepte le lourd devoir qui lui est imposé et reprend aussitôt les négociations pour la formation d un ministère.

L'effort de la France. — M. André Tardieu, haut commissaire de la République française aux Etats- Unis, adresse au ministre de la Guerre américain quelques précisions sur notre situation militaire. « Les effectifs des armées françaises dépassent de plus d'un millicn ceux du début de la guerre; nous avons la certitude de les maintenir encore pendant de longs mois. Depuis la Marne, sur 739 kilotriètres du front occidental qui est toujours l'objectif principal des Allemands, nous en occupons 574 et les Anglais 138. En juin 1917, nous avions devant nous 81 divisions allemandes et les Anglais 42.

Notre effort pour les munitions, l'armement, et le matériel et notre effort financier ne sont pas moin considérable : il faut que l'armée américaine sache quelle trouvera pour la recevoir une France au maximum de sa puissance, bien quelle suppor. e depuis trois ans le choc principal du plus redcuiclle ennemi. »

immenses : celles que doit nous amener l'Amérique, et celles que pourrait nous donner le Japon, lequel, ne l'oublions pas, est une des nations contractantes de l'Entente. Mettons tout en commun et tout en œuvre pour qu'aux faciles victoires dont le kaiser redore en Orient son blason un peu terni, fassent opposition des succès plus substantiels, que nous

pouvons et devons remporter sur d'autres théâtres. Le mauvais temps n'est pas éternel, et notre volonté reste indomptable.

La preuve en est que, quoi qu'ils fassent, et en dépit de la pluie qui les sert, les Allemands n'ont pu réparer les brèches quedepuis trois mois, nous ouvrons successivement dans leurs remparts.

AUTOUR D'UN DISCOURS (6 Août.)

J'aime fort le dernier discours de M. Lloyd George. Il dit avec précision des choses exactes, et projette vme vive clarté sur des faits' que les Allemands cherchent à embrouiller. Il tombe dans les ténébreuses manigances de la Wilhelmstrasse comme une pierre dans la mare aux grenouilles. Enfin, il assaisonne d'une pointe d'humour britannique ' le substantiel et rigoureux exposé des devoirs qui npus restent à remplir.

Le kaiser s'est gaudi, au moins en façade, des résultats, cependant assez fâcheux pour lui, qu'a donnés la première journée de bataille dans les Flandres et qu'élargissent insensiblement tous les jours les alliés, paralysés par un affreux temps. Fort bien, dit M.' Lloyd George, alors tout le monde est content. « Il plaît aux Allemands de reculer ; il nous plaît à nous d'avancer et de faire des prisonniers, lesquels du reste aiment à se rendre. Que cela

continue, à notre mutuelle satisfaction. » L'ironie est fine et subtile. Mais les Allemands sont des lourdauds qui resteront seuls à ne pas en goûter tout le sel.

C'est encore dans la note badine que le premier anglais traite les pseudo-ouvertures de paix, où le mot « restitution n'est prononcé qu'en bégayant » par le kaiser et ses acolytes. Il est vrai qu'elles ne méritent pas davantage. Mais, tout à coup, le ton se hausse, quand les justes revendications de l'Entente, soutenues par l'inébranlable résolution de tous, sont condensées dans cette formule comminatoire et lapidaire : « La guerre est une terrible chose. Elle n'est pas aussi terrible que le serait une mauvaise paix... Faisons en sorte que la victoire soit assez conaplète pour que la liberté nationale d'une nation, si petite soit-elle, ne puisse jamais être mise en danger. >>

Et voici maintenant, jeté sur les affaires

U-COLONEL ROUSSET

Front occidental. — Engagements de peu i importance; échec de ten'ctives allemandes sur la rive gauche de la Meuse, entre le bois d'Avocourt et la c:ie 304.

Front rus:e. — L'effort austro-allemand se porte de plus en plus contre la Roumanie : en Bukpvine les forces de l'archiduc Joseph ont enlevé hier la ville de Radautz et progressent dans la vallée de la Suczawa; en Moldavie, le maréchal Mackensen accentue son offensive au nord de Focsani et les Roumains subissent un échec dans la vallée supérieure de la Putna.

A Pétrograd, le nouveau ministère est constitué avec M. Kerensky comme président du Conseil, ministre de la Guerre et de la Marine. M. Savinkof est gérant du ministère de la Guerre; le lieutenant Lebedef reste gérant du ministère de la Marine.

République de Libéria. — Le gouvernement déclare ia guerre à l'Allemagne.

Front occidental. — Actions de détail dans les Flandres et sur la rive droite de la Meuse, au bois des Caurières.

Londres. — Réunion de la conférence desgouvernements alliés: MM. Ribot, Painlevé, Thierry, Albert Thomas et le général Foch y représentent la France.

Général Pershing. — « Je connais la guerre par l'étude que j'en ai faite, mais malgré tout ce que j avais pu apprendre, il a fallu que faille moi-même sur les fronts français et anglais pour me rendre compte de ce qu'elle est et de la participation que les États- Unis doivent y apporter. Ce qu'il faut que tous nos soldats sachent, c est qu'ils ne doivent pas combattre comme des automates, mais comme des hommes qui comprennent et qui pensent... il faut qu'un soldat sache ce qu'il doit faire dans chaque circonstance, soit individuellement,soit collectivement... il faut surtout qj'il ait conscience du devoir à accomplir. >>

orientales, le coup d'œil du philosophe et du penseur. « La Russie, dit le chef du gouvernement britannique, a appris une pénible leçon, à savoir qu'une armée sans discipline est une cohue où les braves sont sacriliés pour protéger les lâches. » Telle est, en effet, toute la morale à tirer des douloureux événements qui se précipitent là-bas. Tandis que certains éléments, moins gangrenés que les autres, et qui pour cela serrent les rangs, sont parvenus, en Galicie, à refouler l'ennemi sur la rive droite du Zbrucz et à dégager ainsi un peu la frontière moscovite, d'autres. « qui ne résistent pas avec la vigueur nécessaire à cause de leur état moral », ont laissé violer cette même frontière près de Chotin et reculent dans les Carpathes, découvrant de plus en plus la Moldavie où sont encore

des camarades dont la courageuse conduite et l'ardeur vont peut-être devenir inutiles. Les braves se font tuer pour les lâches, comme a dit M. Lloyd George, qui sait qu'on ne gagne pas les batailles à coups de sophismes, et que le régime de la guerre est absolument antinomique aux pariottes que font, au lieu de se battre, les soldats révoltés.

Mais est-ce une raison pour douter?

Non, a affirmé l'orateur, en des paroles toutes vibrantes d'espérance et de foi.

Non, on ne doit point se laisser arrêter par les aspérités du chemin qui mène à la victoire finale. "Seulement, il faut gravir celui-ci tous ensemble, d'un même pas et d'un même cœur, pour que, si quelqu'un tombe en route, les autres suffisent à la tâche. Uno avulso non deftcitalter.

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