LES RUSSES COMMENCENT A RESISTER
(8 Août.)
La série des petites attaques continué, et elle continuera vraisemblablement jusqu'à ce que le temps, qui demeure incertain, en autorise de plus grandes. Les Allemands en ont esquissé deux ou trois, tant sur le front anglais que sur le nôtre, et ont été repoussés, comme à l'habitude. Celle qui visait nos positions de la cote 304 mérite seule une mention.
Par contre, les Canadiens ont réalisé une légère avance, tant à l'ouest qu'au sud-ouest de Lens, et nous-mêmes avons effectué, en Champagne, quelques incursions heureuses dans les lignes ennemies. Mais rien de tout cela n'est très palpitant.
Sur le front russe, l'état des choses est toujours à peu près le même. Cependant, de l'aveu des Allemands eux-mêmes, la
résistance que rencontrent leurs troupes, principalement celles de l'archiduc Joseph, s'est sensiblement raffermie. Pour qui connaît le style habituel des communiqués boche^, il est évident que la lutte s'étend, en même tenmps qu'elle devient plus dure. Au contact des frontières menacées, les troupes de Kornilof semblent se ranimer, comme Antée quand il touchait le sol.
Peut-être aussi la restauration de la discipline s'opère-t-elle, sous la main de fer du généralissime, plus rapidement qu'on ne le pensait.
Toujours est-il qu'au sud-est de Czernowitz, l'ennemi, après avoir pris Radautz, sur le chemin de fer de Jassy, a été obligé de s'arrêter, et que, malgré toute une série de combats qu'il qualifie lui-même de vio-
lents, il n'a pu atteindre le Sereth du nord. Ses bulletins, assez ternes, parlent seulement de quelques hauteurs enlevées aux arrière-gardes russes, entre la Moldava et la Bistritza, puis d'attaques roumaines repoussées sur le Casinu. On ne retrouve plus là, à beaucoup près, l'allure triomphante des premiers jours.
Quant à Mackensen, qui opère sur le Danube et le Sereth moldave, on dirait qu'il sonde le terrain pour trouver un point de passage sur ces cours d'eau restés jusqu'ici inabordables. Le plan général serait évidemment d'encercler l'armée russo-roumaine qui dispute si énergiquement les défilés des Carpathes à l'aile droite de l'archiduc Joseph. Mais il faut, pour le réaliser, qu'une étroite coordination existe entre les mouvements des deux ailes.
Or l'une, celle du sud, a d.'abord à franchir
une large rivière, . qui paraît solidement occupée, et l'autre, celle du nord, commence à marquer le pas, comme on vient de le Voir. Il se pourrait donc que les choses n'allassent ni aussi vite ni aussi bien qu'Hindenburg le désire. Il a fait menacer la Russie, par l'un de ses officieux, d'annexions et de contributions énormes si elle ne signait pas une paix immédiate. Mais menace et exécution font deux. Si Kerensky et Kornilof réussissent, à force d'énergie, à rendre aux troupes russes la santé morale que leur ont fait perdre les sottes expériences de quelques bôusingots révolutionnaires, le généralissime allemand n'tardera peut-être pas à s'apercevoir que sur la route qu'il voyait aplanie, se trouvent encore pas mal de clous de rue pour ses cavaliers et de cailloux coupants pour ses fantassins.