‹ La Guerre au jour le jourChapitre 70 sur 360 · LA PRESSION S'ACCENTUE AU NORD ET AU SUD DU FRONT ROUMAIN · texte numérisé non relu

LA PRESSION S'ACCENTUE AU NORD ET AU SUD DU FRONT ROUMAIN

(9 Août.)

Les jours se suivent et les nouvelles aussi, mais avec des variantes. Celles d'hier permettaient de croire au réveil de l'armée russe. Il nous en arrive aujourd'hui de toutes différentes, dont il faut malheureusement conclure que ce réveil n'est pas aussi général que nous l'aurions souhaité.

Les Austro-Allemands, en effet, avancent assez rapidement en Bukovine, et

repoussent leur adversaire au delà des vallées de la Zuczawa et du Sereth. Ils progressent également, quoique non tout à fait sans peine, à l'est de Kimpolung. Mais si, de ce côté, une certaine opposition leur est faite, qui pourrait, ce semble, être plus énergique, ils rencontrent un peu plus bas, sur la Bistritza, des régiment qui lâchent pied au lieu de se battre, et entraînent toute la ligne de défense dans

(CI. Beaufrère.)

Fortin bétonné ennemi conquis par nos troupes près de Langemcrck.

leur recul. Depuis bien longtemps, des troupes organisées n'avaient pas donné spectacle pareil.

Celles de Tcherbatchef se sont-elles mieux défendues sur la Putna? Nous n'en savons rien. Mais il n'est pas contestable qu'une vigoureuse attaque de Mackensen, au nord de Focsani, les a rejetées violemment au delà de la rivière. Depuis plusieurs jours, le feu couvait de ce côté. Il n'y a donc pas eu surprise. L'enfoncement paraît cependant avoir été complet.

On voit donc dès à présent se dessiner contre les deux ailes de l'armée roumaine la double manœuvre ^ dont j'ai montré l'éventualité menaçante. En sorte que cette armée peut, du jour au lendemain, se trouver exposée à de graves dangers. Elle ne croyait certainement pas à d'^aussi tristes abandons, quand elle prenait brillamment, dans la vallée du Casinu, une offensive qu'il a fallu bientôt interrompre et qui peut-être va se changer en une retraite précipitée. Elle a conservé cependant sa fermeté intacte, et le roi Ferdi-

nand, dont la résolution, plutôt raffermie qu'ébranlée par ces cruels coups du sort, se traduit en paroles si noblement résignées, nous en donne la formelle assurance. Souhaitons que ses espoirs ne soient pas- trompés, et que l'énergie combinée du gouvernement et de l'autorité militaire puissent purger sans retard l'armée russe des éléments corrompus dont la lâcheté serait capable de la déshonorer.

Pour nous, rappelons-nous qu'il ne suffit pas de plaindre des alliés malheureux, mais qu'il faut aussi les aider. L'unité de front est restée jusqu'ici une formule, souvent répétée, et toujours dénuée de sanction. Trouvera-t-on jamais moment plus opportun pour l'appliquer en faisant sortir de son immobilité l'armée de Macédoine et en appelant au besoin les Japonais à la rescousse ? Ne faisons point comme ces tacticiens de l'école abstentionniste qui, pour ne point compromettre leurs réserves, ne les employaient jamais, même dans les moments les plus critiques et les plus décisifs.

Page 1