‹ La Guerre au jour le jourChapitre 74 sur 360 · LA BATAILLE SUR LES DEUX FRONTS · texte numérisé non relu

LA BATAILLE SUR LES DEUX FRONTS

(13 Août.)

Les conquêtes faites récemment à l'est d'Ypres, par nos alliés britanniques, et dont j'ai signalé hier l'intérêt, ont aux yeux des Allemands une importance telle qu'ils s'y sont repris à sept fois pour les revoir. Mais, quoi qu'ils aient pu faire, ils n'ont regagné qu'une légère bande de terrain à l'ouest du bois de Glencorse, tandis qu'eux-mêmes étaient obligés de reculer plus au nord, vers le chemin de fer d'Ypres à Staden. Rien n'est donc changé, ou à peu près, dans la situation acquise, dont tout l'avantage, avec ses conséquences, demeure aux troupes du général Gough.

La guerre aérienne est également menée très activement sur le front des Flandres, où l'ennemi peut vérifier à ses dépens que la supériorité constatée naguère par le

général von Below, dans son rapport sur la bataille de la Somme, restait toujours du même côté. Profitant de l'éclaircie actuelle, les avions anglais ont refoulé ceux que les Allemands lançaient à la découverte, puis sont allés bombarder en Belgique, avec une efficacité constatée, les établissements militaires de l'arrière. Une douzaine manquent à l'appel, contre seize boches abattus. On ne fait point d'omelette sans casser des œufs, comme disent les troupiers. Mais la besogne effectuée reste, et elle est bonne, parce que toutes ces destructions préalables élargissent, facilitent et appuient l'action de l'artillerie, et que c'est encore là une partie intégrante de la préparation.

Sur le front français, rien à signaler en dehors des faits habituels. Les AUe-

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front français. — La lutte d'artillerie prend une grande intensité au nord de Verdun, sur les devx rives de la Meuse.

En Belgique. — Vifs combats sur les nouvelles positions britanniques à l'est de Westhoeck; les Allemands multiplient les contre-attaques mais sans pouvoir regagner le terrain perdu.

Front Roumain . — Dans la vallée du Trotus et dan^ Celle du Sereth, les troupes russo-roumaines exécutent des retours offensifs qui contiennent la poussée de l'ennemi ; celui-ci a d'ailleurs subi, au cours des combats livrés depuis plusieurs jours, des pertes considérables qui affaiblissent son action.

M. Poincaré en Italie. — Le président de la République française visite, avec le roi Victor -Emmanuel, les principaux points du front.

La Chine et l'Allemagne. — L'état de guerre est déclaré entre les deux puissances.

Devant Lens. — Les troupes britanniques attaquent les positions allemandes au sud est et à l'est de Loos, sur un front de 3 kilomètres. Ias Canadiens prennent d'assaut les formidables défenses de la cote 70, entre les deux routes, de Lens à Béthune et de Lens à la Bassée, défenses qui avaient résisté à l'offensive de septembre 1915. Les cités Sainte-Elisabeth, Saint- Emile et Sairtt-Laurent, dont l'ememble formait un . réseau compliqué de tranchées et de points d appui, sont également enlevées.

Un correspondant de guerre signale l'effet démoralisant produit sur l'ennemi par les obus anglais qui projettent de l huile enflammée.

Pertes causées par les sous-marins. — Le gouvernement allemand a publié des statistiques impressionnantes. Une note officielle déclare que les chiffres or.i été majorés de 40 pour cent.

Loi Mourier. — Promulgation à l'Officiel.

mands attaquent, tantôt en Champagne, tantôt sur le chemin des Dames, et nous les repoussons. Quand ils nous ont enlevé quelques bribes de terrain, nous les leur reprenons sans beaucoup tarder. Parfois même nous refoulons leurs colonnes jusqu'au delà de leur point de départ. Il n'y a nulle part, pouf le moment, d'événements de marque. Mais la preuve est faite que, d'abord le kronprinz, inconsolable d'avoir perdu des hauteurs d'où maintenant nous le dominons, s'épuise en efforts stériles pour les récupérer, et qu'ensuite nous avons des soldats capables de damer le pion à tous les siens, y compris les « stosstruppen » de la meilleure fabrique. Le récit des prouesses accomplies le 9 août par les chasseurs du général Brissaud-Desmaillet, et qui ne sont qu'un épisode au milieu de beaucoup d'autres, en fait suffisamment foi.

Je note en passant que deux de nos avions sont allés, en manière de représailles, bombarder la bonne ville de Francfort-sur-le-Mein, patrie de M. de Bethmann-Hollweg. C'est fort bien.

Quant au front oriental, il est toujours le théâtre d'une lutte violente, dont les péripéties sont assez difficiles à suivre dans des bulletins quelque peu discordants, mais qui, certainement, ne tourne pas au profit des Austro-Allemands aussi rapidement que ceux-ci l'espéraient. Partout, depuis le Pruth jusqu'à la Suchitza, ils doivent livrer des combats acharnés et sanglants pour gagner un peu de terrain, quand ils en gagnent... A ce compte, il leur faudra encore bien du temps et des sacrifices, même si rien ne se met à la traverse, pour venir à bout d'un adversaire qui semble décidément vouloir se redresser.

Page 1