EN MOLDAVIE
(14 Août.)
Rien d'intéressant à signaler aujourd'hui, ni sur le front français, ni sur le front britannique. Tout au plus mentionnerai-je une petite attaque lancée par l'ennemi contre le Chemin des Dames, vers Ailles, et qui, comme de règle, a été repoussée. C'est là monnaie courante de la longue période d'attente que nous traversons.
Le théâtre d'opérations oriental est assurément plus intéressant, car il nous donne le spectacle d'une lutte continue, ardente, opiniâtre, mais dont les émouvantes péripéties se succèdent sans amener ni mêm^ faire prévoir le dénouement, que ceux qui l'ont engagée avaient espéré plus prochain.
Les Austro-Allemands avaient monté
Ll-COLONEL ROUSSET
là une grande affaire. Il s'agissait pour eux de déblayer d'abord la Galicie et la Bukovine, ■ — ■ opération d'une portée plutôt morale que njilitaire, car rien ne dit qu'il soit dans les intentions d'Hindenburg de s'aventurer dans la direction de Kiew et d'Odessa, — ■ puis, en lâchant sur le Sereth les forces de Mackensen, de prendre l'armée roumaine des Carpathes dans les branches d'une tenaille, et de l'envelopper suivant le procédé connu.
Les débuts de l'opération avaient été assez prometteurs. L'armée russe, sur laquelle la forte main de Kornilof ne s'était pas encore appesantie, reculait presque sans combattre, abandonnant
chante. Il fallait donc aviser et on avisa. Des renforts assez importants, assuret-on, furent prélevés sur les parties du front encore somnolentes, — et il n'en manque malheureusement pas, — puis l'offensive fut reprise avec de nouveaux frais. Or, qu'en est-il résulté? Rien en Bukovine ; un léger refoulement des Roumains dans la vallée du Trotus, du côté d'Orna, et la retraite vers Marsesci des troupes de Tcherbatchef, qui ont perdu la ligne de la Putna, mais conservent le chemin de fer de Galatz-Bacau. C'est tout. Encore ces troupes ont-elles, avant de se replier, infligé à l'ennemi un coup de parade qui lui a enlevé i 200 prisonniers.
(^l, Wynahum.;
Travaux de route sous le bombardement, pendant la bataille des Flandres.
les villes précédemment conquises et les territoires enlevés de haute lutte. Sur la Putna, du côté de Focsani, Mackensen faisait, de son côté, des progrès rapides, et seule l'armée roumaine, accrochée aux passages qui convergent vers la plaine moldave, tenait ferme contre toutes les tentatives de l'archiduc Joseph. Mais c'était là un fait secondaire, puisque la manœuvre entamée tendait surtout à la déborder.
Et voici que tout à coup les choses ont changé. En Bukovine, Bœhm-Ermolli se trouvait arrêté devant le Zbrucz, sans pouvoir entamer la frontière. L'archiduc Joseph, empêtré dans d'étroites vallées, n'avançait plus. Enfin, Mackensen payait de pertes énormes des progrès beaucoup trop restreints pour une aile mar-
et cet ennemi a-t-il été forcé lui-même de rétrograder un peu plus au sud, sur le Buzeu.
Ainsi, il n'est plus question d'une de ces progressions rapides qui se faisaient naguère, non pas seulement à coups de canon, mais avec l'aide de la cavalerie de Saint-Georges. Des obstacles d'importance se dressent devant l'envahisseur, qui est obligé, pour les renverser, de dépenser ses forces et son temps. Et la manœuvre qu'il avait organisée, loin de se dessiner avec l'ampleur qu'il entendait lui donner, semble tourner tout simplement à la bataille de front.
C'est donc ^encore un répit que nous offrent les circonstances et la bravoure retrouvée des Russes. Peut-être, ' cette fois, saurons-nous en tirer profit.
U-COLONEL ROUSSET
LA GUERRE AU JOUR l.t JOUR
(Cl. Beaufrère.)
Le redan sud de Steenstraete.