L'OFFENSIVE AUSTRO-ALLEMANDE CONTENUE EN MOLDAVIE
(15 Août.)
La bataille de Moldavie prend des proportions considérables. Elle est, de beaucoup, la plus importante qui ait encore été engagée depuis l'entrée en ligne de nos alliés roumains. Seulement, elle se différencie des précédentes en ce que les Austro- Allemands n'ont plus à compter avec les manœuvres obliques et extra-militaires dont ils avaient pu tirer naguère d'appréciables profits. Il s'agit maintenant pour eux de lutter à frorlt découvert, sans les concours ténébreux et subreptices qu'ils avaient su s'assurer d'abord. Et cette obligation nouvelle semble les prendre un peu au dépourvu.
Bœhm-Ermolli étant arrêté en Bukovine, et l'archiduc Joseph n'arrivant qu'à grand 'peine à se dégager des Carpathes — encore peut-on dire qu'il lui reste fort à faire pour en saisir les débouchés — c'est sur Mackensen, opérant en rase campagne, que retombe tout le poids de l'opération, maintenant unilatérale, qu'Hindenburg avait voulu dessiner de deux côtés à la fois.
Depuis le 6 août, il se bat avec frénésie. Dix divisions, dont huit allemandes, sont tombées sur l'armée de Tcherbatchef qui, obligée de s'étaler pour garder le Danube, se trouve probablement en état d'infério-
rité numérique, le gros de l'armée roumaine étant rassemblé, plus au nord, pour couvrir Jassy, entre le Nemtu et l'Oituz. Qu'ont-elles gagné à cette sanglante bataille de huit jours? I^e franchissement de la Susita et la prise de la petite ville de Panciu, à l'est de Maresesci. C'est peu, pour qui comptait, d'un bond, forcer le passage du Sereth. Pendant ce temps, les Russes contre-attaquent, non sans succès, l'aile droite de cette même armée, au sud de la Putna. En sorte que, comme je l'indiquais déjà hier, les conceptions osées d'Hindenburg s'effacent insensiblement dans les fluctuations vulgaires d'une bataille parallèle et linéaire, ce qui, pour un capitaine de sa renommée, équivaut à une véritable humiliation.
Tant que les choses dureront de la sorte — et il n'y point de raisons immédiates pour qu'elles changent, puisque, au moins de ce côté, l'armée russe paraît décidément s'être retrouvée — le péril qu'on avait pu un moment redouter se trouvera prorogé. Il pourrait même être définitivement détourné si, sur quelque autre point du front mo'scovite, cessait de régner une torpeur qui dure vraiment depuis bien longtemps.
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
16 AOUT (suite)
Bataille des Flandres. — Reprise de l'offensive franco-britannique :
L'armée française du général Anthoine, opérant des deux côtés de la route de Steenstraete à Dixmude, chasse l'ennemi de la bande de terrain comprise entre le canal de l'Yser et le Steenbeck-Martjewart. Les Allemands avaient organisé dans ce secteur une série de centres de résistance formés par des fermes isolées transformées en forteresses et ce sont ces fermes que nos troupes enlèvent avec un magnifique élan.
Les troupes britanniques attaquent au nord de la route d'Ypres à Menin et une lutte acharnée, marquée par des alternatives diverses, s'engage pour la possession des hauteurs de cette région. L'aile gauche anglaise marque un succès important en enlevant le village de Langemarck et en poussant jusqu'à 800 mètres au-delà.
Dans les Flandres. — Les troupes françaises et britanniques consolident les positions conquises hier: l'armée du général Anthoine achève de réduire quelques îlots de résistance conservés par l'ennemi; elle a capturé 1 5 canons et un grand nombre de mitrailleuses- Parmi les fermes enlevées hier, l'une d'elles, la ferme Champaubert, armée de nombreuses mitrailleuses et transformée en redoute cimentée,a opposé une résistance tenace; les défenseurs ne se sont rendus que sur les ruines de l'ouvrage.
La bataille du 16 aoiït a confirmé la nouvelle tactique allemande pour l'organisation de contre-attaques immédiates menées avec des forces massées d'avance en arrière des premières lignes relativement sacrifiées. Si les circonstances atmosphériques ou autres ne permettent pas aux aviateurs et à l'artillerie d'apercevoir les troupes ainsi massées, la contre-attaque a des chances de réussir.