LA RESISTANCE ROUMAINE POURRA-T-ELLE SE PROLONGER
(16 Août.)
C'est chez les Allemands une habitude invétérée de considérer par avance comme acquis les résultats qu'ils cherchent.
Nous en avons eu déjà maints exemples, à commencer par les cris prématurés de triomphe qui ont suivi naguère la prise de Douaumont. C'est donc sans aucun étonnement que nous voyons un journal boche, le Standaard, prédire la très prochaine évacuation de la Moldavie et même de la Bessarabie. Il ne coûte rien de s'établir diseur de bonne aventure, principalement quand on parle à des gens tout disposés à opiner du bonnet.
Seulement, il est prudent, en pareil cas, de s'assurer une ligne de retraite, et c'est ce que ne manque point de faire le journal en question, en tempérant sa prophétie par ces mots restrictifs : « Il est possible, cependant, que les Russes empêchent l'avance des coalisés, surtout si l'offensive anglaise est reprise avec vigueur sur le front des Flandres. » L'opposition de ces deux phrases, qui se suivent, montre assurément plus d'inquiétude que de confiance et de foi.
Et, en effet, les choses ne vont pas aussi vite que le Standaard voudrait le laisser entendre. Je sais bien que les communiqués allemands nous montrent l'ennemi comme commençant à céder sous les atta-
ques dans l'angle montagneux compris entre le Trotus, la Putna et le Sereth. Mais ceux de Vienne ne sont pas tout à fait aussi flambants. « La résistance de l'ennemi augmente, disent-ils, et l'adversaire livre des contre-attaques acharnées. » Ainsi, à part la prise de Panciu, que nous connaissions déjà, il n'est question que d'assauts contenus, et point du tout d'une avance, quelle qu'elle soit. La conquête de la Moldavie n'est donc, pour le moment, ni faite, ni à faire dans un court délai, et celle de la Bessarabie encore moins.
Est-ce à dire que la belle résistance opposée par les Russo-Roumains à ce que le même Standaard appelle « une offensive stratégique à grande échelle », pourra se prolonger indéfiniment, ou tout au moins jusqu'à ce que l'assaillant soit à bout de forces? Il faudrait, pour l'affirmer, connaître exactement les ressources dont disposent les défenseurs, et les renforts sur lesquels ils peuvent compter.
De ceux-ci, les Allemands ont à peu / près autant qu'ils veulent, puisque, rien ne bougeant sur le reste du front oriental, on peut dégarnir celui-ci sur nombre de points. Il est donc à craindre, si la situation générale ne change pas, que le nombre finisse par l'emporter. Mais même si ce malheur arrivait, la manœuvre imaginée
U-COLONEL ROUSSET
(Cl. Wydham et Medem.)
PENDANT LA BATAILLE DES FLANDRES, — 1. Prisonniers blessés traversant le canal de VYser. — 2. Après la bataille, près de Pilkem.
U~COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Sur la Meuse. — La lutte d'artillerie devient de plus en plus vive au nord de Verdun.
L'ennemi qui nous avait enlevé quelques tranchées du bois des Caurières, dans la nuit du 16 au 17, en est chassé par une brillante contre-attaque et notre ligne se trouve intégralement rétablie.
Devant Lens. — Les troupes britanniques repouS' sent une série de violentes contre-attaques lancées sur leurs nouvelles positions à l'est et au sud-est deLoos.
Front roumain. — L'héroïque résistance de nos alliés dans la vallée du Trotus et au nord de Panciu, où les hauteurs de la cote 334 sont plusieurs fois reprises à l'ennemi, continue à retarder les progrès de l offensive austro-allemande et la situation reste à peu près stationnaire.
Le Japon et les Etats-Uni.s. — Une mission spéciale envoyé par le Mikado au président Wilson est en route pour Washington.
Dans les Flandres. — Avance anglaise aux abords de la route d'Ypres à Poelcapelle : enlèvement d une série de fermes solidement fortifiées par les Allemands-
En Lorraine et dans les Vosges. — Echec d une série de coups de main tentés par l ennemi au bois Le Prêtre, à l'est de Badonvillers et au nord de Cellessur-Plaine.
Front d'Italie. — Première journée de la bataille, que les Autrichiens appellent la onzième bataille de l'Isonzo. Les Italiens franchissent le fleuve sur quatorze ponts jetés au nord de Plava et commencent l'attaque des positions du plateau de Bainsizza qui s'étend entre l'Isonzo et la vallée de Chiapovano.
Sur le Carso, l'armée du duc d'Aoste reprend l'ofsive contre les positions formidables de l' Hermcda, et, dans le golfe de Trieste, les monitors anglais et italiens bombardent l arrière des lignes autrichiennes et les établissements militaitres de Trieste.
par Hindenburg pour annihiler d'un coup les forces roumaines aurait très prochainement échoué, à moins d'incidents imprévus, et, comme cela est arrivé déjà, les forces
qu'il aurait battues se retrouveraient plus loin. Ce qui ne veut pas dire, bien loin de là, qu'on ait le droit de rien négliger pour leur porter secours.