L'OFFENSIVE EST REPRISE DANS LES FLANDRES
(17 Août.)
Le mauvais temps ne se lassant pas, les alliés se sont lassés d'attendre son bon plaisir et ont recommencé la bataille.
Cette reprise a d'ailleurs débuté par un succès complet, et qui est double, car chacune des deux armées, la française et l'anglaise, en a pris sa part.
Mercredi, dès l'aube, les troupes canadiennes, avec un brio et une vigueur remarquables, entamaient l'action du côté de Loos, au sud de Lens. Il y avait là une hauteur, contre laquelle s'étaient inutilement obstinés nos alliés en 1915, et qui, depuis, avait été organisée formidablement par l'ennemi. C'est la fameuse cote 70, qui domine la ville, ainsi que les cités ouvrières du Nord, et qui est longée sur ses pentes occidentales par la route de Lille. Les braves Canadiens l'ont enlevée d'un bond, refoulant les Allemands sur une longueur de 3 200 mètres et une profondeur de I 600.
En vain ceux-ci ont-ils essayé de réparer la catastrophe. Même en faisant donner la garde et en s'y reprenant à cinq fois — que dis-je, à huit fois ! car ils ont lancé pendant la nuit trois nouvelles
contre-attaques, — il leur a fallu renoncer à reprendre quoi que ce soit. Mais on juge de ce que doivent être leurs pertes. Celles des Anglais, grâce au nettoyage préalablement effectué par une artillerie aidée de nombreux avions, sont relativement légères.
Ceci d'ailleurs n'était que le premier acte, car le commandement allié, élargissant son programme aux dimensions qu'exige la véritable conception de la guerre, entendait ne point s'en tenir à ce seul coup de massue, et il en préparait un autre tout aussi rude, afin de bien montrer au prince Ruprecht que" nous sommes actuellement de taille à l'attaquer où nous voulons, quand nous voulons, comme nous voulons. Il ne s'agit plus, en effet, de simples froissements de fer, ni de feintes préparatoires, mais d'un engagement général visant toutes ses forces à la fois.
Jeudi matin donc, dès l'aube, les troupes du général Anthoine, donnant la main à celles du général Plumer, qui forment la gauche anglaise, sortaient de leurs tranchées et se jetaient sur les positions ennemies situées de part et d'autre de la
U-COLONEL ROUSSET
route de Steenstraete à Dixmude, enfonçaient tout sous leur choc et franchissaient la petite rivière de Steenbeck, affluent de l'Yser qui prend sa source dans la forêt l'Houthulst. En même temps, les canton- •ments ennemis que couvrait cette lorêt étaient copieusement bombardés par nos avions, qui allaient également mettre à mal la gare de Lichtervelde, sur la voie ferrée de Roulers à Dixmude. Dans le cours de la journée, les succès franco-
assez assombrie dont le colonel Gaedtke envisageait, ces jours-ci, les résultats que sa perte possible entraînerait pour l'Allemagne. Elle suggère à la Gazette populaire de Cologne cette réflexion plutôt alarmiste : «Nous sommes à la veille de graves événements. Attendons-les avec un courage viril et avec résolution. » Quant au grand état-major, il doit se dire que la conquête de la Moldavie, fût-elle assurée, ce qui n'est pas, ne compenserait en aucune ma-
(Cl. Trampus.)
Tranchée de soutien britannique, pendant la victoire des Flandres.
britanniques se sont poursuivis par la prise de Langemarck. A l'heure où j'écris la lutte dure encore et paraît acharnée. Jtl faut s'attendre à de violentes contreattaques. Mais nous savons que quand les soldats français et anglais tiennent quelque chose, ils ne le lâchent pas facilement. Voici donc la bataille de Flandre ralhimée. Elle préoccupe beaucoup les esprits allemands, si l'on en juge par la façon
nière la perte absolument irréparable des côtes belges et des. tjases fournies aux sous-marins par les ports de la mer du Nord. Aussi, à côté de ces grands événements celui qui vient de se produire au sud d'Aillés, oii nous avons bousculé les Allemands sur un front de i ooo mètres, est-il peu de chose. Je le cite cependant, parce que rien n'est négligeable de ce qui peut affirmer notre supériorité sur l'ennemi.