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VICTOIRE DEVANT VERDUN

(21 Août.)

Depuis plusieurs jours déjà, la lutte d'artillerie avait pris, sur les deux rives de la Meuse, devant Verdun, une acuité grandissante, et dont la persistance ne pouvait passer pour accidentelle. De telle rafales précèdent toujours quelque grand orage, et en sont comme le signal avant-coureur, de sorte que nous n'avions aucun doute sur l'éventualité très prochaine d'une action offensive dans ces parages. Mais, par contre, nous avions toutes raisons de n'en point parler.

Aujourd'hui que l'affaire est entamée par un succès qui a des allures de victoire, je ne crains pas de dire qu'elle est particulièrement opportune, tant à cause de ses résultats directs, qui seront l'élargissement, devenu nécessaire, de nos positions de .l'est, que pour ses réflexes inévitables sur la bataille de Flandre. De même qu'en attaquant naguère du côté de la Somme, nous avons, en un moment particulièrement grave, décongestionné Verdun, de même en attaquant aujourd'hui à Verdun,

nous allons donner aux forces alliées d'Artois et de Belgique une liberté plusgrande, puisque nous obligerons le kronprinz à faire tête droit devant lui, au lieu de s'occuper à les contrecarrer. C'est par des balancements de cette sorte, je l'ai toujours dit, que s'afi&rme sur un même théâtre d'opérations, la solidarité de tous les éléments de bataille, dont le rôle est de concourir à l'obtention d'un même but. L'attaque entreprise lundi matin, avec cette vigueur dont nos soldats ont donné, depuis le commencement de la guerre, tant de magnifiques exemples, embrasse un front de dix-huit kilomètres, depuis la corne sud du bois d'Avocourt jusqu'à Bezonvaux. Elle a pris pour champ, d'un seul coup, toutes les avancées de Verdun, que l'ennemi, sauf une seule fois, n'avait jamais osé aborder ensemble, même à l'époque de ses efforts les plus violents. Il ne s'agit donc ici ni d'un coup de pointe ni d'une simple diversion. C'est, comme dit le communiqué lui-même, une nouvelle

(Cl. Medera.)

Anciens abris français abandonnés dans le secteur d'Ypres.

ili-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

20 AOUT (suite)

La victoire de Verdun. — Entre le bois d'Avocourt, sur la rive gauche de la Meuse, et la cote 240, au nord de Louvemont sur la rive droite, l'armée du général Guillaumat enlève les positions allemandes du bois d'Avocourt, du Mort-Homme, des bois des Corbeaux et de Cumières, de la côte de Talou, des villages de Champ et Champneuville,de la cote 344, au sud-est de Samogneux, et de la cote 240.

Sous les deux sommets du Mort-Homme, nos soldats pénètrent dans deux larges tunnels courant à 10 mètres sous terre, éclairés à la lumière électrique et longs de 400 et de 800 mètres : tunnels Bismarck c' du Kronprinz, dans lesquels les Allemands croyaient pouvoir défier toute attaque et toute surprise.

Au bois des Corbeaux, un autre tunnel qui traverse la côte de l'Oie abrite encore sa garnison allemande forte de 14 officiers et 791 hommes: tous sont faits prisonniers, heureux d'ailleurs d'être délivrés.

Bombardement d'hôpitaux. — Vers dix heures du soir et pour se Venger de leur défaite de la journée, les Allemands envoient une escadrille d'avions à Vade.hincourt, en arrière de Verdun, où nous avons installé des baraquements-hôpitaux dont tous les lits sont encombrés de blessés. Des bombes incendiaires sont jetées sur trois de ces baraquements q'ii deviennent amsitôt la proie des flammes Tandis que le personnel sanitaire s'efforce de sauver les blessés, les avions allemand' reviennent une seconde fois, à une très faible altitude^ et tirent sur les sauveteurs avec leurs mitrailleuses; sept blessés sont tués dans leurs lits, une dizaine d'autres atteints par les projectiles; une dame de la Croix-Rouge et un infirmier sont tués au chevet des blessés.

Front d'Italie. — La bataille est en plein développe ■ ment, du plateau de Bainsizza à la mer. Sur le Carso, les Italiens s'emparent du village de Selo.

bataille de Verdun qui se livre. Nous en attendrons l'issue avec la confiance entière à laquelle ont droit ceux qui, là-bas, soutiennent dignement la gloire de nos armes et l'honneur du drapeau par un coup de maître.

Tandis qu'elle se déchaîne ici, nos amis italiens lui donnent la réplique, sur un

front de 6o kilomètres, depuis Tolmino jusqu'à la mer. En Flandre, un nouveau bond se prépare, et, en Moldavie, l'ennemi est tenu en échec. Il ne manque plus qu'un effort russe pour réaliser complètement l'unité d'action tant souhaitée. En l'attendant, nous accueillons avec joie les prémisses quidéjàen apparaissent aujourd'hxii.

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