NOUS AVONS RÉTABLI NOTRE ANCIENNE SITUATION DEVANT VERDUN
(3 Août.)
Nous voici entrés, devant Verdun, dans la période des contre-attaques. Il fallait s'attendre à celles-ci, et je peux bien dire qu'on y était préparé, car on ne leur laisse même pas le temps de se dessiner complètement. Sauf une, en effet, qui un moment a pu atteindre, du côté du Mort-Homme, nos tranchées de première ligne, mais sans pouvoir s'y enraciner, toutes ont été brisées dans l'œuf. Pendant ce temps, nos troupes faisaient tache d'huile, et, débordant Cumières et la côte de l'Oie d'une part, Champneuville et Louvemont de l'autre, atteignaient Samogneux et poussaient, jusqu'au ruisseau de Forges, leurs patrouilles qui enclouaient
huit mortiers ennemis. La progression calculée de l'armée Guillaumat, laquelle avance avec une méthode très sûre, n'est donc entravée en rien. On a même cueilU en passant quelque six mille prisonniers valides, dont 174 officiers, et un matériel considérable, dont une bonne partie dans les fameux tunnels du Mort-Homme, véritables souricières pour leurs occupants. Et je ne compte ni les blessés recueillis ni les hommes qui, d'heure en heure, continuent à se rendre. Ceux-ci ne pourront être dénombrés que plus tard.
Chose assez curieuse, . le kronprinz, si rudement accroché qu'il soit sur la Meuse, ne renonce pas à ses attaques du Chemin
LES FAITS
Front de Verdun. — Accalmie : l'ennemi ne réagit plus que par son artillerie et ne fait aucune tentative con're nos positions nouvelles. Une de nos pièces lourdes abat le pylme observatoire installé à Romagnesous-les-Côtes.
En Belgique. — Vifs combats à l'est et au nord est d'Ypres: les troupes britanniques attaquent une ligne de points d'appui et de fermes organisés par les Allemands, des deux côtés de la route d'Ypres à Menin. L'ennemi oppose la plus énergique résistance et la plupart des objectifs ne peuvent être atteints qu'après une lutte prolongée, dans laquelle on ne fait pas de prisonniers.
L'empereur Guillaume II passe la journée sur U front des Flandres et harangue ses troupes, en leur parlant des terribles combats qu elles ont à soutenir contre les forces anglaises et en déclarant une fois de plus que l'Angleterre est l'ermemi à abattre.
Devant Lens. — Combats autour du « Crassier Vert », importante position allemande organisée aux abords immédiats de la ville dans le secteur sud. Les troupes britanniques y prennent pied au début de la matinée, mais l'ennemi revient à la charge à plusie rs reprises et la lutte se prolonge très longtemps
Ces crassiers ou amas de scories se prêtent admirablement à la défense par la facilité qu'ils donnent de creuser des galeries et des abris: on s'y bat dans des corps à corps acharnés où les adversaires font un grand usage de grenades et de bombes à main de tous modèles.
Front d'Italie. — La bataille continue très violente au nord de Gorizia devant les positions autrichiennes de Vels et sur le Carso, <iil y a eu, dit le communiqué autrichien, des corps à corps qui ont duré des heures".
r ans le golfe de Trieste les forces navales autrichiennes et anglaises continuen leur action sans que la flotte autrichienne réfugiée à Pela essaie d'intervenir.
des Dames. Dans la nuit de mercredi à jeudi, il en a encore lancé trois ou quatre depuis l'est de Braye jusqu'au plateau de Californie. Inutile de dire qu'elles ont eu le sort de toutes les autres ; car on ne peut plus répéter cette phrase sans tomber dans ^e lieu commun.
De fort bonnes nouvelles nous arrivent également d'Italie, où les soldats du général Cadorna sont en train de refouler la gauche ennemie au sud de Castagnevizza, eu où des monitors Ce. la marine royale ont bonjbardé avec succès les chantiers de Trieste. Le chiffre des prisonniers faits par nos alliés dépasse lo ooo à l'heure actuelle, et la bataille se développe
favorablement, malgré les diversions, d'ailleurs assez timides, que l'ennemi a essayé de faire en Carniole et dans le Trentin. Je crois bien que le temps est passé où l'abondance des ressources permettait à Hcetzendorf de courir plusieurs lièvres en même temps.
Dirai-je encore, pour ne rien omettre, que nos alliés britanniques ont sensible ment progressé autour de Lens et qu'en Moldavie les progrès des Austro- Allemands sont toujours aussi lents et aussi coûteux? Je pense que tout cela est fort bon à connaître, au moment où les amateurs de la paix fourrée essayent de vider le fond de leur sac.