CHAMPS D'ENTONNOIRS
(24 Août.)
Un peu estomaqués de l'affaire de Verdun, qui nous a rendu, en deux jours, la presque totalité des positions que les Allemands avaient mis plusieurs mois à nous enlever, et donné plus de huit mille prisonniers avec un matériel qui compte, Hindenburg et son compère LudendorfE essayent de plastronner. « Penh ! dit le premier, on ne nous a pris qu'un champ d'entonnoirs. » Et le second répète, comme Pandore : « Brigadier, vous avez raison. »
Je veux bien admettre qu'après les rafales d'artillerie qui précèdent et accompagnent chaque attaque, le terrain devienne assez semblable à un champ d'entonnoirs.
Mais ceux-ci ne sont pas tous des trous inertes, à preuve le mal que les Allemands s'étaient donné pour les prendre et les efforts coûteux qu'ils ont faits inutilement pour les garder. Ce qu 'Hindenburg qualifie dédaigneusement de « petits succès locaux )> est, en réalité, la reconstitution progressive d'une ligne de défense que l'ennemi considérait commme particulièrement importante, puisqu'il a naguère dirigé contre elle la plus formidable poussée qu'on ait jamais connue. C'est aussi • — et le fait vaut d'être signalé — la création, à notre usage, d'une base offensive puissante pour des actions qui pourront venir
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en leur temps. Et tout cela, on le sait parfaitement dans le camp allemand comme dans le nôtre. Seulement, on a, là-bas, toutes les raisons du monde pour ne pas l'avouer.
Il en va de même en ce qui concerne la victoire franco-anglaise de Belgique et les progrès, encore accentues ces jours derniers, que nos alliés font, d'une façon presque continue, autour de Lens et à
n'en soufifle mot dans son télégramme à Michaëlis. Pas davantage il ne parle des. difficultés toujours fort grandes que Mackensen rencontre en Moldavie, où l'avance austro-allemande est à peine sensible.
Mais il s'étend complaisamment sur les affaires de Galicie et de Bukovine, qui sont déjà de l'histoire ancienne, et dont mieux que personne il connaît les ressorts cachés. Tout cela est de la comédie, à
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Les généraux Franchet d'Esperey et Brissaut- Desmaillets, après la revue d^une division de chasseurs alpins qu'ils viennent de passer.
l'est d'Ypres, des deux côtés de la route de Menin. Ici, le major général allemand cesse de côtoyer le mensonge. Il y entre tout botté. « L'ennemi, dit-il, n'a pas pu sortir des entonnoirs situés devant nos positions. » Décidément le terme lui plaît et il en fait son tarte à la crème. Mais les termes ne valent que par leur propriété absolue et leur adaptation concrète aux faits qu'ils expriment. Or, ici, l'antinomie est formelle, et il faudra bien que d'ici peu on trouve une façon moins recherchée, mais plus exacte, de confesser la vérité. Quant à la tape que les Autrichiens sont en train de prendre sur l'Isonzo, et qui paraît devoir être dure, Hindenburg
laquelle seront seuls pris ceux qui le voudront bien.
Quelque chose de plus intéressant est le remue-ménage que l'on signale du côté de Riga, où déjà les avant-postes russes ont dû reculer aux abords du lac Tiroul et de la rivière Aa, L'attaque, dont on a tant de fois parlé, va-t-elle enfin se dessiner cette fois? Il n'est pas encore possible de le dire. Tout ce que nous savons est que Letchitsky vient d'être nommé au commandement en chef de ce secteur, et que le vainqueur de Czernowitz et de Stanislau est un adversaire redoutable... quand les soviets ne s'occupent pas de lui lier les bras.
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(Cl. L. B.)
Dans les ruines de Langemarch : la partie arrière du couvent.