NOUS AVONS REPRIS LA COTE
(25 Août.)
La cote 304, fameuse dans l'histoire, • st tout entière en notre possession. Les Allemands qui, lorsqu'ils nous en chas-
trent au mois de mai de l'année dernière, ( n faisaient une « position dominante de la plus haute valeur », vont-ils aujourd'hui la quahfier d'entonnoir comme le reste? C'est très possible, leurs points de vue se modifiant assez fréquemment, suivant les changements de fortune, et des points d'appui qui .sont signalés comme étant de tout premier ordre quand ils les prennent, passant généralement, quand ils les perdent, en arrière du second.
Toujours est-il qu'après s'être longtemps t scrimés pour déboucher de celui-ci, les voici maintenant obligés de l'abandonner
t de reculer sur ses pentes, jusqu'au ruis-
•au de Forges, entre Haucourt et Béthincourt. Plus à l'est, ils ont également rétrogradé d'un bon kilomètre, dégageant les
ii)ords occidentaux du bois des Corbeaux ' t, ainsi, leur nouveau front se trouve à peu près à la même hauteur sur les deux rives de il Meu.se. Seulement, il est maintenant
n retrait de plus de 2 000 mètres sur celui qu'ils occupaient il y a à peine quatre jours.
De leur côté, les troupes britanniques
userrent Lens de plus en plus étroitement, et refoulent par de vigoureux
corps à corps les réserves de choix que le prince Ruprecht engouffre dans la ville. Au sud de celle-ci, la position dite du Crassier-Vert est soumise à un véritable siège. La garde, qu'on fait donner dans les grandes circonstances et qui est venue renforcer les défenseurs, s'entête à garder les réduits que le canon anglais met successivement en miettes. La situation de l'ennemi, directement menacé et gêné par l'avance anglo-française qui se continue lentement en Flandre, entre dans une phase critique, en sorte que le kronprinz de Bavière aura, je présume, quelque peine à soutenir son confrère prussien, si, comme l'affirme une dépêche anglaise, celui-ci le lui a demandé.
La bataille de Verdun et celle d'Artois sont solidaires. Les coups qu'elles portent peuvent n'être pas toujours simultanés, mais ils sont concordants et se répondent à travers l'espace comme ceux d'un marteau-pilon qui frapperait les deux bouts d'une, immense barre de fer. Et celle-ci en est ébranlée tout entière, au point que, si les choses continuent de la sorte, elle finira peut-être par rompre en son milieu.
N'ayant pas toujours été suffisamment ménager de ses forces, qu'il a prodiguées dans des attaques stériles et dispersées, le jeune Guillaume, aujourd'hui fort mal-
LES FAITS
La victoire de Verdun. — La colline de la cote 304, SI âprement disputée depuis les premiers mois de 1916, est emportée, dans un magnifique élan, par les divi' sions Pauffin de Saint-Morel et Gratier,
La prise du bois d'Avocourt et du Mort-Homme dans la journée du 21 avait rendu critique la situation de l'ennemi à la cote 304, mais il nous restait à franchir un terrain balayé par les obus des batteries ailemandes installées dans la forêt de Montfaucon. Notre artillerie avait donc préparé la marche de l'infanterie par de violents tirs de destruction sur les batteries de Montfaucon.
Sur les pentes nord de la cote 304, nos soldats emportent tout le système des tranchées accumulées par l'adversaire, et, réalisant une avance de 2 kilomètres en profondeur, arrivent jusqu'à la ligne du ruisseau de Forges, entre Haucourt et Béthincourt, sur nos anciennes positions de février 1916.
La victoire de Verdun. — Le général Pétain est nommé Grand-Croix de la Légion d'honneur et le ministre de la Guerre lui transmet les félicitations du pays pour les généraux, les officiers et les troupes de l'armée du général Guillaumat.
Le commandant en chef adresse de son côté à cette armée un ordre du jour où il déclare que l'armée française toute entière a suivi avec émotion les combats glorieux qui viennent de se dér ouler : Une fois de plus, ajoute-t-il, vous avez parcouru d'un seul bond ces chemins héroïques où tant de vos camarades ont retenu l'etmeri pied à pied, pendant les longs mois de son orgueilleuse poussée vers Verdun.*
En Italie. — Le drapeau italien flotte depuis hier sur la cime du Monte Santo. Cette victoire est célébrée partout avec enthousiasme : elle constitue pour nos alliés un succès d'une grande importance militaire, mais son effet moral est également considérable.
mené, ne peut ni compter sur le secours du voisin, ni secourir d'une manière quelconque ce voisin dans la détresse. Quant aux réserves concentrées en Belgique, je crois bien qu'elles sont aux trois quarts épuisées, et qu'il est devenu extrêmement difficile de les reconstituer, en raison de l'incertitude qui plane toujours sur les événements du front oriental.
Celui-ci est toujours à peu près stationnaire, sauf peut-être dans sa partie nord, où se produit un remue-ménage encore mystérieux. Mais oserait-on le dégarnir?
C'est peu vraisemblable, car ce pourrait être là une grave imprudence, surtout si l'armée de Macédoine se mettait un jour à montrer les dents. Et les Autrichiens sont trop rudement pressés en Italie pour s'occuper d'autre chose que de leur propre salut. Le kaiser avait donc bien raison de dire , il y a quelques jours, que Dieu, ou, pour parler plus exactement, lui-même, avait mis l'armée et le peuple allemands à une rude épreuve. Mais il faut que celle-ci soit bien poignante pour lui inspirer un langage aussi peu rassurant.