L'ALLEMAGNE ET LA NOTE AUTRICHIENNE
n'est qu'un démarquage du commentaire autrichien ^ Le même jour, le président du conseil bavarois, — par une inadvertance singulière, à moins qu'elle ne cache une arrière-pensée qu'il serait fort intéressant de préciser, — dit à notre ministre qu' « il a connaissance de la note autrichienne ». {Livre jaune^ n^2i.) Quelques officieux allemands ont timidement contesté Taffirmation de M. AUizé, notre chargé d'affaires à Munich. Mais, M. Allizé maintient formellement l'exactitude de son rapport, qui est daté du 23 et dont l'authenticité ne saurait être mise en doute. Personne d'ailleurs n'ignore dans le monde diplomatique que la Bavière n'a pas suivi sans peine la Prusse dans la voie fatale où l'engageait l'Empereur. Nous avons enfin l'aveu du gouvernement allemand qu'il avait approuvé et encouragé l'attitude de l'Autriche et qu'il en avait prévu et accepté toutes les conséquences : a Nous nous rendions parfaitement compte, lisons-nous dans le préambule du Livre blancy qu'une intervention militaire de l'Autriche contre la Serbie pouvait amener l'entrée en scène de la Russie et, par suite de notre alliance, nous impliquer dans une guerre. Mais, en présence des intérêts vitaux de l'Autriche qui étaient engagés, nous ne pouvions ni conseiller à notre alliée une condescendance incompatible avec sa dignité, ni lui refuser notre concours dans ce moment difficile. Nous avons donc laissé à l'Autriche une pleine liberté dans son action. » {Livre blanc ^ p. 4.)
La confession est dénuée d*artifice. Elle confirme pleinement les révélations de M. Dillon, le correspondant du Daily Télégraphe initié de très près aux secrets du Ballplatz. D'après lui, la note du 23 juillet
1. Cette similitade aTait aussi frappé M. Ferrero. — {Revue de$ Iknx Mofulei, i** déc 1914.)
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n^aurait pas été cmnmuniquée au gouvernement ailemand, mais télégraphiée à TEmpereur qui en aurait lourdement aggravé les termes et qui aurait fixé le délai de quarante-huit heures. Cette explication est d'autant plus vraisemblable qu'elle concorde exactement avec les habitudes de la diplomatie germanique et rappelle trait pour trait les procédés du mattre, Bismarck, à propos de la candidature de Léopold de Hohenzollern. Il est donc certain que, dès la première heure, rAutriche et TAUemagne marchent la main dans la main. Elles rencontrent sur leur route Topposition des Slaves qui se révoltent contre les projets d'hégémonie germanique; on Técartera à tout prix*. Dès ce moment, à Berlin comme à Vienne, la guerre est résolue, et Ton est absolument décidé à ne s'arrêter que devant une capitulation sans conditions, non seulement de Belgrade, mais de Pétersbourg.
Le succès serait naturellement moins coûteux si l'on réussissait à isoler la Russie. — Pour cela, il est prudent de ménager les apparences et de rejeter sur le Tsar la faute de la rupture. Tout en faisant avorter les propositions qui seraient de nature à amener une détente, M. de Betiimann-Hollweg affectera donc une vague complaisance, qui, sans l'engager en rien^ pourrait servir de prétexte à la France et surtout à l'Angleterre pour se tenir à l'écart des événements. Il cherchera, par des propositions fallacieuses, à jeter la suspicion entre les Puissances de la Triple-Entente,
1. Dé pèche de M. Beanmont, chargé d'affaires de Grande-Bretagne à Gonstantinople : « Je crois comprendre qne l«s projets «ntrichiens pourraient aller beaucoup plus loin que le sandjak et une occupation punitive du territoire serbe... (L'ambassadeur d'Autriche) parlait de la déplorable situation économique de Salonique, de la population musulmane mécontente dn régime serbe .» — {Livre bleu, n* 82.)
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