‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 11 sur 124 · VALLEMAGNE VEUT ISOLER LA RUSSIE · texte numérisé non relu

VALLEMAGNE VEUT ISOLER LA RUSSIE

en même temps que ses aiermoiements calculés et ses dérobades savantes laisseront à TAutricbe le délai strictement indispensable pour ouvrir les hostilités, dans Tespoir que le Cabinet de Saint-Pétersbourg, sous la pression de Topinion, sera entraîné à quelque imprudence; puis, brusquement, comme M. Sazonof, malgré tout, ne sort pas de son calme, il lui fait annoncer par M. de Pourtalès que TAllemagne se prépare à mobiliser, — ce qui, comme le Chancelier Ta toujours déclaré^ signifie la guerre immédiate (29 juillet).

Le ^, à Paris, Fambassadeur, M. de Schoen, donne à M. Bienvenu-Martin, chargé par intérim du ministère des Affaires étrangères, lecture d'une note où rAUemagne approuve sans réserve les demandes de TAutricbe et estime qu'il s'agit d'une affaire qui doit être exclusivement réglée entre Vienne et Belgrade, « toute intervention d'une autre puissance devant, par le jeu naturel des alliances, provoquer des conséquences incalculables ». (Livre jaune, p. 49.) En face de rémotion causée par la nouvelle de cette démarche, dont la communication vient de l'ambassade d'Allemagne {Livre jaune, n** 34), M. de Schoen fait bien annoncer qu'il ne s'agit pas d^une menace adressée à la France, mais ce démenti tardif et alambiqué ne rassure personne. — Pourquoi cette sommation hâtive au quai d'Orsay, sinon pour signifier à la France que l'Allemagne verra une marque d'hostilité dans toute tentative qui aurait pour objet d'obtenir de l'Autriche les concessions strictement indispensables si l'on veut que la Russie ne soit pas contrainte de s'interposer?

Si la France recule, la Russie isolée cédera, mais elle ne nous pardonnera pas sa défaite; la Triple- Entente, qu'a déjà ébranlée l'échec de 1909, ne survivra pas à cette nouvelle épreuve, etrAllemagne,

en face d'une Europe désunie, retrouvera la prépondérance que tient en échec depuis 1891 le rapprochement franco-russe. — Aussi M. de Schoen, le 26 juillet, vient-il demander à M. Bienvenu-Martin d'agir à Saint-Pétersbourg dans un sens pacifique. {Livre jaune, n** 56.) — Très volontiers, mais à condition que vous agirez à Vienne. — C'est impossible.

— Dans ces conditions, je ne me sens pas en mesure d'agir seulement à Pétersboui^.

M. de Schoen ne se tient pas pour battu et il reparaît deux heures plus tard au Ministère. Il propose à M. Berthelot de communiquer à la presse une note dont il lui dicte les termes : l'ambassadeur et le Ministre « ont examiné dans Tesprit le plus amical et dans un sentiment de solidarité pacifique les moyens de maintenir la paix générale ». {Livre jaune, n* 57.)

— Comme M. Berthelot, naturellement, juge cette publication compromettante, il lui écrit pour le persuader (27 juillet) : — « Notez bien la phrase sur la solidarité des sentiments pacifiques. » {Livre jaune, n** 62) : — « Ce n*est pas une phrase banale », souligne M. de Schoen. — Evidemment; mais que la France accepterait une semblable ouverture, il fallait, pour le supposer, une extrême candeur ou un mépris insolent. Nous aurions consenti, non seulement à abandonner la Russie, mais à prendre parti ouvertement contre elle avec ses accusateurs, reconnu qu'elle avançait des griefs imaginaires, que ses susceptibilités oiseuses menaçaient sans raison la paix européenne.

M. Bienvenu-Martin avait immédiatement flairé le piège, constaté qu'on <c cherchait à compromettre la France vis-à-vis de la Russie, quitte, en cas d'échec, à rejeter sur la Russie et sur la France la responsabilité d'une guerre éventuelle », et il avait donné la seule réponse possible : — Nous désirons ardemment

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